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Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 00:38

J’adore cet auteur dont je vous ai déjà parlé à deux reprises avec « un employé modèle » et « un père idéal ». Avec « nécrologie », il poursuit son ascension auprès des grands romanciers, mais cela reste mon opinion. Cette nouvelle histoire se déroule toujours à Christchurch en Nouvelle-Zélande, patrie de l’auteur, Paul Cleave va nous balader dans cette ville et nous faire découvrir des personnages étranges, suspects les uns après les autres.telechargement-copie-3.jpg

 

Quatrième de couverture :

A la suite d’un drame personnel, Théodore Tate, un ancien flic, s’est reconverti en détective privé. Alors que la police s'active pour chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c’est lui qu’on mandate pour s’occuper d’une banale exhumation, celle du corps d’un directeur de banque dont la veuve est suspectée d’homicide. Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S’agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’œuvre ? Lorsqu’en plus on découvre dans le cercueil, à la place du corps de l’honorable banquier, celui d’une jeune inconnue, c’est le début d’un engrenage infernal pour Théodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui… et sur ses terribles secrets.

Après Un employé modèle, Paul Cleave nous emmène une nouvelle fois arpenter la face obscure de Christchurch, où, en dépit des apparences si tranquilles, même les morts ne sont plus en sécurité. Noir et glaçant.

Des cadavres, encore des cadavres… A croire que Christchurch est un nid à tueurs en série. Mais pour notre plus grand plaisir de lecteur de thrillers, on en redemande…

Quatre cadavres d’un coup cette fois-ci et en plus pas le corps attendu, ça démarre fort ! Des jeunes femmes enterrées dans d’autres cercueils, une énigme macabre qu’il va falloir résoudre, le chemin sera long et compliqué comme d’habitude et c’est ce que tout bon thriller doit offrir à ses lecteurs.

Théodore Tate est un anti-héros. Bon flic, sa vie bascule lorsqu’il perd sa fille dans un accident et que sa femme se retrouve dans un interminable coma. Il devient alcoolique, perd son boulot et se reconvertit en détective privé. Il a conservé quelques liens tendus avec ses collègues d’autant plus qu’aujourd’hui ils doivent travailler en parallèle.

Tout au long du roman, c’est un chassé-croisé entre les découvertes de Tate et celles de la police. Une journaliste ambitieuse vient bien entendu noircir le tableau et semer la zizanie entre eux, elle ne cherche qu’à évincer Tate de l’affaire car son passé trouble et son alcoolisme ne plaident pas en sa faveur.

Pour mener au mieux son enquête, Tate n’hésitera pas à « voler » des indices, à cacher des informations, et à secouer des témoins pour trouver le coupable mais au fur et à mesure de l’histoire, cette détermination lui coûtera plus cher qu’il ne le pressentait. Son passé nous sera dévoilé comme celui de nombreux personnages et décidément rien n’est tout rose à Christchurch…

 

 

A lire, bien entendu, comme tous les autres romans de cet auteur qui sait nous surprendre, maintenir le suspense à son comble et nous perdre dans les méandres sombres et effrayants de cette ville sinistre.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 20:34

Encore un long extrait, comment sélectionner quelque chose dans toute cette beauté, c'était impossible...

 

Le monde et le siècle

 

[…]

À quoi bon incliner sur ses axes mobiles
Ce globe monstrueux avec toutes ses villes,
Et ses monts et ses mers qui flottent alentour,
À quoi bon, ô Seigneur, l'incliner tour à tour,
Pour que l'ombre l'éteigne ou que le jour le dore,
Tantôt vers la nuit sombre et tantôt vers l'aurore ?
À quoi vous sert le flot, le nuage, le bruit
Qu'en secret dans la fleur fait le germe du fruit ?
À quoi bon féconder les éthers et les ondes,
Faire à tous les soleils des ceintures de mondes,
Peupler d'astres errants l'arche énorme des cieux,
Seigneur ! et sur nos fronts, d'où rayonnent nos yeux,
Entasser en tous sens des millions de lieues
Et du vague infini poser les plaines bleues ?
Pourquoi sur les hauteurs et dans les profondeurs
Cet amas effrayant d'ombres et de splendeurs ?
À quoi bon parfumer, chauffer, nourrir et luire,
Tout aimer, et, Dieu bon ! incessamment traduire,
Pour l'oeil intérieur comme pour l'oeil charnel,
L'éternelle pensée en spectacle éternel ?
Si c'est pour qu'en ce siècle où la loi tombe en cendre
L'homme passe sans voir, sans croire, sans comprendre,
Sans rien chercher dans l'ombre, et sans lever les yeux
Vers les conseils divins qui flottent dans les cieux,
Sous la forme sacrée ou sous l'éclatant voile
Tantôt d'une nuée et tantôt d'une étoile !
Si c'est pour que ce temps fasse, en son morne ennui,
De l'opprimé d'hier l'oppresseur d'aujourd'hui ;
Pour que l'on s'entre-déchire à propos de cent rêves ;
Pour que le peuple, foule où dorment tant de sèves,
Aussi bien que les rois, - grave et haute leçon ! -
Ait la brutalité pour dernière raison,
Et réponde, troupeau qu'on tue ou qui lapide,
À l'aveugle boulet par le pavé stupide !
Si c'est pour que l'émeute ébranle la cité !
Pour que tout soit tyran, même la liberté !
Si c'est pour que l'honneur des anciens gentilshommes,
Par eux-même amené dans l’ornière où nous sommes,

Aux projets des partis s'attelle tristement ;
Si c'est pour qu'à sa haine on ajoute un serment
Comme à son vieux poignard on remet une lame ;
Si c'est pour que le prince, homme né d'une femme,
Né pour briller bien vite et pour vivre bien peu,
S'imagine être roi comme vous êtes Dieu !
Si c'est pour que la joie aux justes soit ravie ;
Pour que l'iniquité règne, pour que l'envie,
Emplissant tant de fronts de brasiers dévorants,
Fasse petits des coeurs que l'amour ferait grands !
Si c'est pour que le prêtre, infirme et triste apôtre,
Marche avec ses deux yeux, ouvrant l'un fermant l'autre,
Insulte à la nature au nom du verbe écrit,
Et ne comprenne pas qu'ici tout est l'esprit,
Que Dieu met comme en nous son souffle dans l'argile,
Et que l'arbre et la fleur commentent l'Évangile !
Si c'est pour que personne enfin, grand ou petit,
Pas même le vieillard que l'âge appesantit,
Personne, du tombeau sondant les avenues,
N'ait l'austère souci des choses inconnues,
Et que, pareil au boeuf par l'instinct assoupi,
Chacun trace un sillon sans songer à l'épi !
Car l'humanité, morne et manquant de prophètes,
Perd l'admiration des oeuvres que vous faites ;
L'homme ne sent plus luire en son coeur triomphant
Ni l'aube, ni le lys, ni l'ange, ni l'enfant,
Ni l'âme, ce rayon fait de lumière pure,
Ni la création, cette immense figure !

De là vient que souvent je rêve et que je dis :
-- Est-ce que nous serions condamnés et maudits ?
Est-ce que ces vivants, chétivement prospères,
Seraient déshérités du souffle de leurs pères ?
Ô Dieu ! considérez les hommes de ce temps,
Aveugles, loin de vous sous tant d'ombres flottants.
Éteignez vos soleils, ou rallumez leur flamme !
Reprenez votre monde, ou donnez-leur une âme !

 

                                   17 juin 1839

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 18:45

Ce livre m’a été conseillé par un ami avec lequel je partage beaucoup de goûts littéraires. Et quand la quatrième de couverture débute ainsi : « Un véritable aboutissement du genre. Des fanfares devraient saluer l’arrivée d’un thriller de cette ambition, de cette puissance et de cette maîtrise. » the Guardian, on se dit qu’on a tout intérêt à se laisser séduire.

Même si je n’ai pas lu les deux premiers livres de l’auteur « Seul le silence » et « Vendetta », ce n’est pas grave, ce troisième ouvrage n’a aucun rapport avec les autres…

 telechargement-copie-2.jpg

Quatrième de couverture :

Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l'oeuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain.

 

Ce livre n’est pas la résolution d’une enquête. Préparez-vous à être embarqué dans plusieurs missions, soyez prêts à poursuivre de multiples quêtes, rentrez dans la vie réelle, découvrez les mystères cachés par les gouvernements, certaines horreurs sont parfois vraiment arrivées.

Comment résoudre une enquête quand on n’a aucun indice ?

Comment identifier un coupable qui ne laisse aucune trace de son passage ?

Comment découvrir le nom des victimes quand leur identité première est complètement fausse ?

C’est à cette impasse que sont confrontés Miller et son équipe.

Je ne vous cache pas que c’est un thriller surprenant car durant les cents premières pages, ben clairement, on nage autant que les enquêteurs. On est perdus, on ne sait pas quoi faire ni comment avancer, créer des liens entre les victimes, émettre des suppositions sur les suspects, dresser un profil du tueur en série… Pourquoi ces femmes ? Pourquoi un tel acharnement contre elles ?

Puis arrive un premier témoignage. Enfin ! Mais pourtant, peut-on l’utiliser vraiment ? A-t-il réellement un lien avec les meurtres ? Peut-on s’y fier ? Et c’est reparti pour l’embrouille.

Un homme. Bizarre. Etrange. Un autre témoignage. Se drogue-t-il ? A-t-il toute sa raison ? Son comportement est agaçant. Ces propos nous freinent, nous perturbent. Que veut-il ? Qu’attend-il de nous ?

 

Voilà un rapide résumé de ce que vous réserve cet ouvrage. Original. Inédit. Enervant mais passionnant. Frustrant mais intéressant. Lent et parfois compliqué mais le final vaut le détour et comme moi vous resterez scotchés.

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 05:09

Ce recueil est un petit bijou. Pour l’instant c’est celui que je préfère et pour lequel le choix des extraits a été rude. Sur les 44 poèmes présentés, je vous en propose 10. Certains seront en entier (les plus courts), pour d’autres il n’y aura que des extraits.

Le premier poème par exemple est absolument magnifique, Hugo y parle de son métier avec tant de passion et d’enthousiasme qu’il s’étale sur 39 strophes, je ne vous en ai sélectionnées que 10.

En espérant que mes choix vous satisferont, bonne lecture !

 

Fonction du poëte

 

[…]

Le poëte en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

Il est l’homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C’est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes,

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,

Comme une torche qu’il secoue,

Faire flamboyer l’avenir !

 

Il voit, quand les peuples végètent !

Ses rêves, toujours pleins d’amour,

Sont faits des ombres que lui jettent

Les choses qui seront un jour.

On le raille. Qu’importe ! il pense.

Plus d’une âme inscrit en silence

Ce que la foule n’entend pas.

Il plaint ses contempteurs frivoles ;

Et maint faux sage à ses paroles

Rit tout haut et songe tout bas !

 

[…]

O générations ! courage !

Vous qui venez comme à regret,

Avec le bruit que fait l’orage

Dans les arbres de la forêt !

 

Douteurs errant sans but ni trêve,

Qui croyez, étendant la main,

Voir les formes de votre rêve

Dans les ténèbres du chemin !

 

Philosophes dont l’esprit souffre,

Et qui, pleins d’un effroi divin,

Vous cramponnez au bord du gouffre,

Pendus aux ronces du ravin !

 

[…]

Courage ! _ Dans l’ombre et l’écume

Le but apparaîtra bientôt !

Le genre humain dans une brume,

C’est l’énigme et non pas le mot !

 

Assez de nuit et de tempête

A passé sur vos fronts penchés.

Le vez les yeux ! levez la tête !

La lumière est là-haut ! marchez !

 

Peuples ! écoutez le poëte !

Ecoutez le rêveur sacré !

Dans votre nuit, sans lui complète,

Lui seul a le front éclairé.

Des temps futurs perçants les ombres,

Lui seul distingue en leurs flancs sombres

Le germe qui n’est pas éclos.

Homme, il est doux comme une femme.

Dieu parle à voix basse à son âme

Comme aux forêts et comme aux flots.

 

C’est lui qui, malgré les épines,

L’envie et la dérision,

Marche, courbé dans vos ruines,

Ramassant la tradition.

De la tradition féconde

Sort tout ce qui couvre le monde,

Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée, humaine ou divine,

Qui prend le passé pour racine

A pour feuillage l’avenir.

 

Il rayonne ! il jette sa flamme

Sur l’éternelle vérité !

Il la fait resplendir pour l’âme

D’une merveilleuse clarté.

Il inonde de sa lumière

Ville et désert, Louvre et chaumière,

Et les plaines et les hauteurs ;

A tous d’en haut il la dévoile ;

Car la poésie est l’étoile

Qui mène à Dieu rois et pasteurs !

 

                                   25 mars – 1er avril 1839

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 01:46

C'est flatteur d'être contactée par un éditeur qui souhaite avoir votre avis sur un ouvrage. Un petit mail qui égaie votre journée, voilà ce qui m'est arrivé il y a quelques mois. Pourquoi moi ? Parce que j'aime les écrits de Shakespeare et car j'en fais part sur mon blog et sur Babelio.

Le titre de l'ouvrage proposé ? Roméo et Juliette avant Shakespeare, les éditions Aux Forges de Vulcain.

Comment résister ? Ben c'est tout simplement impossible donc on achète le livre et on le lit.

 

Commençons par une citation des éditions elles-mêmes à la fin de l'ouvrage : "Les Editions Aux forges de Vulcain forgent patiemment les outils de demain. Elles produisent des textes. Elles ne croient pas au génie, elles croient au travail. Elles ne croient pas à la solitude de l'artiste, mais à la bienveillance mutuelle des artisans. Elles espèrent plaire et instruire. Elles souhaitent changer la figure du monde."

Ben c'est réussi ! Shakespeare est en fait un copieur ! J'en tombe des nues et je ne serai pas la seule, croyez-moi sur parole. Mais comment cela est-il possible ?

C'est très simple et c'est le thème principal de l'ouvrage : Shakespeare s'est appuyé sur des romans existants pour écrire certaines de ses oeuvres. Du pompage pur et simple ? Non quand même pas, il ne faut pas exagérer ! Il a gardé les trames, les noms des personnages parfois et les a mixés à sa sauce. J'entends par là qu'il a ajouté ses plus beaux verbes et vers, son humour, son engagement auprès de la cause féminine bref tout son talent indéniable pour enjoliver les romans originaux.

Et le livre le prouve pour six oeuvres en tout cas puisqu'il met en lumière ces romans oubliés, volés à William Painter, Geoffrey Fenton, Richard Tarlton, George Whestone et Barnabe Rich des auteurs du XVIème siècle.

J'ai tout dévoré avec curiosité, cherchant les similitudes et les variantes d'avec les oeuvres de Shakespeare et je dois avouer que c'était un travail très intéressant. Jusqu'où Shakespeare a-t-il été dans le plagiat si je peux appeler ça ainsi, c'est un peu fort peut-être... Pour Roméo et Juliette par exemple de William Painter, c'est absolument déconcertant et effarant. Ce roman représente le tiers de l'ouvrage et c'est clairement la même histoire, le même titre, les mêmes prénoms mais les noms des familles sont Capellet et Montesque, ça change beaucoup... Ca m'a poignardé mon petit coeur, une petite déception envers mon seigneur et maître, je l'admets. Heureusement, les cinq autres oeuvres (La Joyeuse Epouse, le Capitaine jaloux, Tout est bien qui finit bien, Mesure pour mesure et Apolonius et Silla) sont quand même bien différentes de celles de Shakespeare, nettement plus courtes déjà, rudement moins intéressantes car il y a peu de dialogues, beaucoup trop de descriptions ce qui rend l'ensemble long, mou et moins accrocheur. L'humour de Shakespeare est aussi absent et c'est dommage mais je reconnais que les trames sont parfois quasi-identiques.

 

Alors Shakespeare dans tout ça... Pour Roméo et Juliette, il s'est énormément inspiré du roman publié ici mais il a ajouté sa petite touche personnelle, ses rimes, ses phrases souples et suaves, lourdes de sentiments et de métaphores et c'est pour cela que j'ai choisi l'extrait qui va suivre. Painter avait du talent, c'est sûr et j'ai aimé le lire ; mais il n'avait pas la beauté irréprochable de Shakespeare comme vous pourrez vous en rendre compte par vous-même.

La joyeuse Epouse de Richard Tarlton était agréable à lire. Un humour un peu loupé de nos jours mais sûrement drôle à l'époque. C'était léger et rapide. Shakespeare s'en est peut-être un peu inspiré pour "les joyeuses commères de Windsor".

Le capitaine jaloux de Geoffrey Fenton était franchement laborieux. Je me suis ennuyée, les phrases sont longues, lourdes et freinent vraiment le rythme de l'histoire. On est bien loin d'Othello...

Pour Tout est bien qui finit bien, on retrouve le talent de Painter et c'est à nouveau plaisant à lire. Il parvient encore à capter notre attention et à nous émouvoir du début à la fin. Shakespeare a conservé le titre de cette oeuvre mais a procédé à pas mal de changements quand même.

Mesure pour mesure de George Whestone est une histoire captivante car pleine de rebondissements. La lecture est fluide mais il y a trop de remarques inutiles dans la marge. Mêmes remarques que précédemment pour l'utilisation qu'en a fait Shakespeare.

Pour finir, Apolonius et Silla de Barnabe Rich se lit avec aisance et légèreté, les émotions sont présentes et je reconnais une certaine beauté dans les dialogues. Shakespeare a pu s'en inspirer pour "la nuit des rois".

 

En résumé, à l'exception de Roméo et Juliette, Shakespeare a quand même fait son job. Certes, il a utilisé quelques idées, des bribes par ci, par là mais ses oeuvres sont quand même un bon cran au-dessus. En privilégiant les dialogues aux descriptions, il a su donner un rythme à ses romans, ajouter une touche d'humour souvent présente, bien évidemment beaucoup de beautés et de poésie dans ses textes mais surtout et c'est ce qui manque cruellement dans les cinq derniers ouvrages cités, la femme n'y est pas mise à l'honneur comme Shakespeare sait le faire...

Pour finir, je remercie les Editions "Aux forges de Vulcain" de m'avoir informée de cette parution étrange et surprenante. J'ai vraiment eu plaisir à lire ces romans apparemment "motivateurs", c'était une sympathique découverte que je vous invite à partager.

 

Extrait 1 : Roméo et Juliette : premiers échanges :

"Mercutio, toujours audacieux avec les femmes, tel un lion parmi les agneaux, s'empara soudain de la main de Juliette - Juliette aux mains froides comme glace de montagne, été comme hiver, même à proximité du feu. Assis à la gauche de Juliette, Roméo s'aperçut que Mercutio la tenait par la main droite et, pour éviter d'être supplanté dans son intention, lui prit l'autre main et la serra un peu ; ému par cette faveur singulière, il demeura interdit, incapable de s'exprimer. Lorsqu'elle le vit changer de couleur, elle comprit que la faute en revenait à la force de son amour et, désireuse de lui parler, elle se tourna vers lui et lui dit, d'une voix tremblante où se mêlaient la pudeur virginale et une certaine timidité :

- Béni soit l'instant où vous vous êtes approché.

Elle allait poursuivre sur le même tom mais l'amour lui scella les lèvres et elle ne put achever son propos. Alors le jeune homme, transporté par une joyeuse satisfaction, lui demanda en soupirant à quoi il devait cette heureuse chance ; Juliette, que les regards poignants et l'abord souriant de Roméo avaient enhardie, lui dit alors :

- Monsieur, rien d'étonnant à ce que je me réjouisse de votre venue, quand messire Mercutio, qui me tient la main depuis un moment, m'a transmis le gel de ses mains glacées, alors que par votre courtoisie vous l'avez réchauffée.

Ce à quoi Roméo rétorqua :

 

- Madame, si les cieux m'accordent la faveur de vous rendre service, moi que le hasard a conduit ici en compagnie d'autres messieurs, je m'estime heureux et je ne réclame d'autre récompense pour me combler de satisfaction dans ce monde que de vous servir, vous obéir et vous honorer aussi longtemps que durera ma vie, ce que l'expérience vous prouvera amplement quand vous souhaiterez éprouver mon dévouement. En outre, si ma main en touchant la vôtre a pu vous transmettre la moindre chaleur, sachez que ces flammes sont mortes en comparaison des étincelles jaillissantes que jettent vos beaux yeux quand ils émettent ce feu violent qui a si farouchement enflammé les parties les plus sensibles de mon corps : si vos bonnes grâces ne se portent pas à mon secours, je ne peux manquer de me consumer complètement.

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Published by Satine - dans Shakespeare
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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 10:24

Dernière partie des voix intérieures. De jolies déclarations d'Hugo à ses enfants qu'il aimait tant...
A venir des rayons et des ombres.

 

 

A des oiseaux envolés

 

Enfants ! – oh ! revenez ! Tout à l’heure, imprudent,
Je vous ai de ma chambre exilés en grondant,
Rauque et tout hérissé de paroles moroses.
Et qu’aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses ?
Quel crime ? quel exploit ? quel forfait insensé ?
Quel vase du Japon en mille éclats brisé ?
Quel vieux portrait crevé ? quel beau missel gothique
Enrichi par vos mains d’un dessin fantastique ?
Non, rien de tout cela. Vous aviez seulement,
Ce matin, restés seuls dans ma chambre un moment,
Pris, parmi ces papiers que mon esprit colore,
Quelques vers, groupe informe, embryons près d’éclore,
Puis vous les aviez mis, prompts à vous accorder,
Dans le feu, pour jouer, pour voir, pour regarder
Dans une cendre noire errer des étincelles,
Comme brillent sur l’eau de nocturnes nacelles,
Ou comme, de fenêtre en fenêtre, on peut voir
Des lumières courir dans les maisons le soir.
Voilà tout. Vous jouiez et vous croyiez bien faire.

Belle perte, en effet ! beau sujet de colère !
Une strophe, mal née au doux bruit de vos jeux,
Qui remuait les mots d’un vol trop orageux !
Une ode qui chargeait d’une rime gonflée
Sa stance paresseuse en marchant essoufflée !
De lourds alexandrins l’un sur l’autre enjambant
Comme des écoliers qui sortent de leur banc !
[…]
 

J’ai donc eu tort. C’est dit. Mais c’est assez punir,
Mais il faut pardonner, mais il faut revenir.
Voyons, faisons la paix, je vous prie à mains jointes.
Tenez, crayons, papiers, mon vieux compas sans pointes,
Mes laques et mes grès, qu’une vitre défend,
Tous ces hochets de l’homme enviés par l’enfant,
Mes gros chinois ventrus faits comme des concombres,
Mon vieux tableau, trouvé sous d’antiques décombres,
Je vous livrerai tout, vous toucherez à tout !
Vous pourrez sur ma table être assis ou debout,
Et chanter, et traîner, sans que je me récrie,
Mon grand fauteuil de chêne et de tapisserie,
Et sur mon banc sculpté jeter tous à la fois
Vos jouets anguleux qui déchirent le bois !
[…]
 

Je vous dirais : _ Enfants, ne touchez que des yeux
A ces vers qui demain s’envoleront aux cieux.
Ces papiers, c’est le nid, retraite caressée,
Où du poëte ailé rampe encor la pensée.
Oh ! n’en approchez pas ! car les vers nouveau-nés,
Au manuscrit natal encore emprisonnés,
Souffrent entre vos mains innocemment cruelles.
Vous leur blessez le pied, vous leur froissez les ailes,
Et, sans vous en douter, vous leur faites ces maux
Que les petits enfants font aux petits oiseaux._
 
Mais qu’importe les miens ! _ Toute ma poésie,
C’est vous, et mon esprit suit votre fantaisie.
Vous êtes les reflets et les rayonnements
Dont j’éclaire mon vers si sombre par moments.
[…]

  •                                    23 avril 1837

 

XXIII

 

A quoi je songe ? _ Hélas ! loin du toit où vous êtes,
Enfants, je songe à vous ! à vous, mes jeunes têtes,
Espoir de mon été déjà penchant et mûr,
Rameaux dont, tous les ans, l’ombre croît sur mon mur !
Douces âmes à peine au jour épanouies,
Des rayons de votre aube encor tout éblouies !
Je songe aux deux petits qui pleurent en riant,
Et qui font gazouiller sur le seuil verdoyant,
Comme deux jeunes fleurs qui se heurtent entre elles,
Leurs jeux charmants mêlés de charmantes querelles !
Et puis, père inquiet, je rêve aux deux aînés
Qui s’avancent déjà de plus de flot baignés,
Laissant pencher parfois leur tête encor naïve,
L’un déjà curieux, l’autre déjà pensive !
 
Seul et triste au milieu des chants des matelots,
Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots,
S’ouvrant et se fermant comme autant de narines,
Mêlent au vent des cieux mille haleines marines,
Où l’on entend dans l’air d’ineffables échos
Qui viennent de la terre ou qui viennent des eaux,
Ainsi je songe ! _ à vous, enfants, maison, famille,
A la table qui rit, au foyer qui pétille,
A tous les soins pieux que répandent sur vous
Votre mère si tendre et votre aïeul si doux !
Et tandis qu’à mes pieds s’étend, couvert de voiles,
Le limpide océan, ce miroir des étoiles,
Tandis que les nochers laissent errer leurs yeux
De l’infini des mers à l’infini des cieux,
Moi, rêvant à vous seuls, je contemple et je sonde
L’amour que j’ai pour vous dans mon âme profonde,
Amour doux et puissant qui toujours m’est resté,
Et cette grande mer est petite à côté !

                                   15 juillet 1837 à Fécamp au bord de la mer

 

Tentanda via est

 

Ne vous effrayez pas, douce mère inquiète
Dont la bonté partout dans la maison s’émiette,
De le voir si petit, si grave et si pensif.
Comme un pauvre oiseau blanc qui, seul sur un récif,
Voit l’océan vers lui monter du fond de l’ombre,
Il regarde déjà la vie immense et sombre.
Il rêve de la voir s’avancer pas à pas.
O mère au cœur divin, ne vous effrayez pas,
Vous en qui, _ tant votre âme est un charmant mélange !
L’ange voit un enfant et l’enfant voit un ange.

Allons, mère, sans trouble et d’un air triomphant
Baisez-moi le grand front de ce petit enfant.
Ce n’est pas un savant, ce n’est pas un prodige,
C’est un songeur ; tant mieux. Soyez fière, vous dis-je !
La méditation du génie est la sœur,
Mère, et l’enfant songeur fait un homme penseur,
Et la pensée est tout, et la pensée ardente
Donne à Milton le ciel, donne l’enfer à Dante !
 

Un jour il sera grand. L’avenir glorieux
Attend, n’en doutez pas, l’enfant mystérieux
Qui veut savoir comment chaque chose se nomme
Et questionne tout, un mur autant qu’un homme.
Qui sait si, ramassant à terre sans effort
Le ciseau colossal de Michel-Ange mort,
Il ne doit pas, livrant au granit des batailles,
Faire au marbre étonné de superbes entailles ?
Ou, comme Bonaparte ou bien François premier,
Prendre, joueur d’échecs, l’Europe pour damier ?
Qui sait s’il n’ira point, voguant à toute voile,
Ajoutant à son œil, que l’ombre humaine voile,
L’œil du long télescope au regard effrayant
Ou l’œil de la pensée encor plus clairvoyant,
Saisir, dans l’azur vaste ou dans la mer profonde,
Un astre comme Herschell, comme Colomb un monde ?
 
Qui sait ? Laissez grandir ce petit sérieux.
Il ne voit même pas nos regards curieux.
Peut-être que déjà ce pauvre enfant fragile
Rêve, comme rêvait l’enfant qui fut Virgile,
Au combat que poursuit le poëte éclatant ;
Et qu’il veut, aussi lui, tenter, vaincre, et sortant
Par un chemin nouveau de la sphère où nous sommes,
Voltiger, nom ailé, sur les bouches des hommes.

 

  •                                    9 juin 1837
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Published by Satine - dans Victor Hugo
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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 10:49

Je vous avais déjà parlé de cet auteur néo-zélandais qui m’avait scotchée avec son premier thriller : un employé modèle. Il réussit à nouveau ici à nous tenir en haleine mais en jouant cette fois-ci avec une palette d’émotions plus étendue. Son héros est un bon père de famille qui va traverser de sombres périodes et ses sentiments de colère, de haine et ses profondes tristesses vont nous traverser aussi, nous ne serons pas épargnés.

 

pere-ideal-copie-2.jpg  Quatrième de couverture : Jack Hunter a longtemps été un bon époux et un père idéal. Un homme bien sous tous rapports, hormis cette petite manie secrète et discutable : le meurtre violent de prostituées. Aussi son fils Edward ne s'attendait-il pas à ce que la police vienne un jour frapper à la porte de leur maison si tranquille pour arrêter le premier serial killer de l'histoire de Christchurch, Nouvelle-Zélande. Vingt ans plus tard, Edward est à son tour devenu un citoyen modèle. Comptable sans histoire dans un cabinet d'avocats de la ville, il a tout fait pour oublier et faire oublier ses sombres origines. Mais le jour où sa femme est sauvagement assassinée, c'est vers son père, toujours derrière les barreaux, qu'il va se tourner pour prendre conseil. Pourra-t-il faire autrement que de marcher sur ses traces ? L'instinct de tueur est-il vraiment héréditaire ? Autant de questions qu'Edward va devoir affronter durant une folle semaine qui verra sa vie bien rangée basculer dans l'horreur.

 

Dès le départ, la question est posée et nous turlupine. La folie d’un père, ses envies de meurtre, sa violence sont-elles héréditaires ? Toute la ville en est persuadée et Edward en paiera les frais durant toutes ses jeunes années. Il sera sans cesse épié, on parlera de lui en de mauvais termes, bref on ne le laissera pas tranquille alors qu’il n’est en aucun responsable des faits et gestes de son malade de père, un père qu’il déteste aujourd’hui, un père monstrueux qui lui en fait encore baver alors qu’il est en prison depuis des années, un père qui le rend malheureux, différent aux yeux de tous, un père qui le fait rejeter dans sa propre ville et dans les villes voisines. Comment trouver sa voie, comment s’en sortir quand on fait face au quotidien à toute cette méfiance et cette haine sourde et malsaine ? L’amour. Sa femme, la mère de sa petite fille lui a fait confiance, l’a aimé, l’a épousé et l’a rendu heureux dans cette jolie maison de banlieue où sa fille adorable s’épanouit.

Mais tout bascule. Tout chavire. Tout le passé va resurgir quand sa femme se fait tuer lors d’un cambriolage de banque. Ils auraient pu ne pas s’y trouver, il aurait dû se taire, elle aurait dû être encore en vie et maintenir cet équilibre qu’il chérissait tant.

La vengeance. Inévitable. Compréhensible. Dangereuse. Edward ne pense qu’à ça. Elle l’obsède, lui fait tourner la tête, lui rappelle des flashs enfouis dans sa mémoire. Ses beaux-parents et sa fille ne pèsent pas beaucoup dans la balance. L’envie est trop forte, le besoin de soigner sa peine et sa colère doit être assouvi. Il en sera ainsi. Qu’importent les inspecteurs qui tournent autour de lui et de son passé, le psychiatre de son père qui est persuadé qu’Edward va basculer, le danger, la prison, les risques, la peur, Edward ne peut qu’écouter la Voix et lui obéir comme son père l’avait fait. Ce père qui reprend soudain contact avec lui, ce paternel qui l’encourage à céder et qui va l’aider dans sa quête de sang et de meurtres…

 

A lire, à comprendre ou pas, à subir en tout cas car ce thriller est aussi bon que le premier. Nous sommes des espions, nous voulons qu’il s’occupe de sa fille et qu’il résiste mais en même temps son inépuisable chagrin nous émeut terriblement et on comprend sa vengeance sans pour autant la pardonner.

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 15:46

Deux nouveaux extraits, puis les trois derniers suivront... Le premier extrait est assez militant puisque Victor Hugo rend hommage à son père, le second est quant à lui de toute beauté... Bonne lecture estivale !


 

A l’arc de triomphe

 

[…]

O vaste entassement ciselé par l’histoire !

Monceau de pierre assis sur un monceau de gloire !

            Edifice inouï !

Toi que l’homme par qui notre siècle commence,

De loin, dans les rayons de l’avenir immense,

            Voyait, tout ébloui !

 

[…]

A ta beauté royale il manque quelque chose.

Les siècles vont venir pour ton apothéose

            Qui te l’apporteront.

Il manque sur ta tête un sombre amas d’années

Qui pendent pêle-mêle et toutes ruinées

            Aux brèches de ton front !

 

[…]

La vieillesse couronne et la ruine achève.

Il faut à l’édifice un passé dont on rêve,

            Deuil, triomphe ou remords.

Nous voulons, en foulant son enceinte pavée,

Sentir dans la poussière à nos pieds soulevée

            De la cendre des morts !

 

Il faut que le fronton s’effeuille comme un arbre.

Il faut que le lichen, cette rouille du marbre,

De sa lèpre dorée, au loin couvre le mur ;

Et que la vétusté par qui tout art s’efface,

Prenne chaque sculpture et la ronge à la face,

Comme un avide oiseau qui dévore un fruit mûr.

 

[…]

Ce n’est pas, ce n’est pas entre des pierres neuves

Que la bise et la nuit pleurent comme des veuves.

Hélas ! d’un beau palais le débris est plus beau.

Pour que la lune émousse à travers la nuit sombre

L’ombre par le rayon et le rayon par l’ombre,

Il lui faut la ruine à défaut du tombeau !

 

[…]

Sur ce bloc triomphal où revit tout l’empire,

Où l’histoire dictait ce qu’il fallait écrire,

Où nous verrons un jour, d’un œil presque effrayé,

Surgir l’aigle de bronze immense et déployé,

Vous avez oublié, sire, un nom militaire,

Celui que je soutiens et que portait mon père !

Oui, sire, je le dis, vous avez oublié

Mon père en son tombeau peut-être humilié !

Or celui dont le nom manque à vos architraves,

C’était un vieux soldat, brave entre les plus braves,

Dont le sabre jamais ne dormait au fourreau,

Et que Napoléon enviait à Moreau !

Dans la guerre étrangère et la guerre civile,

En Vendée, en Espagne, à Naple, à Thionville,

Le fifre et le tambour, la bombe et le canon

Ont laissé des échos que réveille son nom !

Pourtant sur votre mur il est oublié, sire !

Et vous avez eu tort, et je dois vous le dire,

Car le poëte pur, de la foule éloigné,

Qui vous aborde ici de son vers indigné,

Sire ! et qui vous souhaite un long règne prospère,

N’est pas de ceux qu’on flatte en oubliant leur père !

                                   29 mars 1837

 

Dieu est toujours là

 

Quand l’été vient, le pauvre adore !

L’été, c’est la saison de feu,

C’est l’air tiède et la fraîche aurore ;

L’été, c’est le regard de Dieu.

 

L’été, la nuit bleue et profonde

S’accouple au jour limpide et clair ;

Le soir est d’or, la plaine est blonde ;

On entend des chansons dans l’air.

 

L’été, la nature éveillée

Partout se répand en tous sens

Sur l’arbre en épaisse feuillée,

Sur l’homme en bienfaits caressants.

 

Tout ombrage alors semble dire :

Voyageur, viens te reposer !

Elle met dans l’aube un sourire,

Elle met dans l’onde un baiser.

 

Elle cache et recouvre d’ombre,

Loin du monde sourd et moqueur,

Une lyre dans le bois sombre,

Une oreille dans notre cœur !

 

Elle donne vie et pensée

Aux pauvres de l’hiver sauvés,

Du soleil à pleine croisée,

Et le ciel pur qui dit : Vivez !

 

[…]

Alors l’âme du pauvre est pleine.

Humble, il bénit ce Dieu lointain

Dont il sent la céleste haleine

Dans tous les souffles du matin !

 

L’air le réchauffe et le pénètre.

Il fête le printemps vainqueur.

Un oiseau chante à sa fenêtre,

La gaîté chante dans son cœur !

[…]

                                   7 – 11 février 1837

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 17:49

Ma sœur m’avait vivement conseillé ce livre et je le remercie vraiment pour ce prêt, c’est un très bon thriller.

 

chuchoteur.jpgCinq petites filles ont disparu.

Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière.

Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.

Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents.

La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, experte dans les affaires d’enlèvement.

Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs.

Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure…
Un époustouflant thriller littéraire, inspiré de faits réels.

 

J’admets que le début du roman avec la découverte des petits bras est plutôt dur à encaisser. Quand on s’en prend à des enfants c’est toujours terrible et quand on nous laisse imaginer le pire, les tortures ou les violences éventuellement subies, ça retourne l’estomac.

Cependant, il est toujours rassurant de savoir que le tueur va être arrêté et puni pour ses actes infâmes. Alors on poursuit la lecture et surtout on enquête aussi pour le trouver plus vite…

L’équipe des agents est intéressante. Chaque membre a son domaine de prédilection et les liens qui les unissent, le fait qu’ils travaillent ensemble depuis longtemps les rendent efficaces. Ils n’ont pas peur de présenter des théories différentes, d’échanger, d’argumenter et c’est leur point fort. Cela m’a beaucoup fait penser à la série « esprits criminels ».

Mais malgré tous leurs efforts, ils piétinent. Les médias et leur chef leur mettent la pression, la population a peur et veut des résultats, ils se démènent, font tout ce qu’ils peuvent mais l’enquête est loin d’être évidente, le tueur est malin, il ne laisse pas d’indices et surtout il sème le trouble dans l’esprit des enquêteurs en leur livrant de « faux-coupables ».

L’arrivée d’une nouvelle enquêtrice spécialisée dans les enlèvements va un peu bouleverser l’ambiance au sein de l’équipe. Elle ne sera pas à son aise et on ne lui facilitera pas la tâche.

L’enquête va les mener dans des lieux obscurs et froids, les corps des fillettes vont être retrouvés au fur et à mesure placés dans des positions, des artifices, des mises en scène terribles et pourtant ils vont tous se battre jusqu’au bout sans jamais baisser les bras, sans jamais perdre espoir…

 

La résolution de l’enquête est vraiment épatante. L’auteur nous emmène dans une psychologie époustouflante, on ne s’attend pas à ça, c’est original, palpitant et effrayant. A lire absolument.

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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 20:42

Voici des extraits de ce livre rangés dans une thématique propre : la politique, l’histoire et bien sûr l’amour inconditionnel qu’il a pour ses enfants… Le poème « à des oiseaux envolés » est une petite merveille qui nous fait entrer dans l’intimité de la famille de Victor Hugo.


 

I

 

Ce siècle est grand et fort. Un noble instinct le mène.

Partout on voit marcher l’idée en mission ;

Et le bruit du travail, plein de parole humaine,

Se mêle au bruit divin de la création.

 

Partout, dans les cités et dans les solitudes,

L’homme est fidèle au lait dont nous le nourrissions ;

Et dans l’informe bloc des sombres multitudes

La pensée en rêvant sculpte des nations.

 

L’échafaud vieilli croule, et la Grève se lave.

L’émeute se rendort. De meilleurs jours sont prêts.

Le peuple a sa colère et le volcan sa lave

Qui dévaste d’abord et qui féconde après.

 

Des poëtes puissants, têtes par Dieu touchées,

Nous jettent les rayons de leurs fronts inspirés.

L’art a de frais vallons où les âmes penchées

Boivent la poésie à des ruisseaux sacrés.

 

Pierre à pierre, en songeant aux vieilles mœurs éteintes,

Sous la société qui chancelle à tous vents,

Le penseur reconstruit ces deux colonnes saintes,

Le respect des vieillards et l’amour des enfants.

 

Le devoir, fils du droit, sous nos toits domestiques

Habite comme un hôte auguste et sérieux.

Les mendiants groupés dans l’ombre des portiques

Ont moins de haine au cœur et moins de flamme aux yeux.

 

L’austère vérité n’a plus de portes closes.

Tout verbe est déchiffré. Notre esprit éperdu,

Chaque jour, en lisant dans le livre des choses,

Découvre à l’univers un sens inattendu.

 

O poëtes ! le fer et la vapeur ardente

Effacent de la terre, à l’heure où vous rêvez,

L’antique pesanteur, à tout objet pendante,

Qui sous ses lourds essieux broyait les durs pavés.

 

L’homme se fait servir par l’aveugle matière.

Il pense, il cherche, il crée ! A son souffle vivant

Les germes dispersés dans la nature entière

Tremblent comme frissonne une forêt au vent !

 

Oui, tout va, tout s’accroît. Les heures fugitives

Laissent toutes leur trace. Un grand siècle a surgi.

Et, contemplant de loin de lumineuses rives,

L’homme voit son destin comme un fleuve élargi.

 

Mais parmi ces progrès dont notre âge se vante,

Dans tout ce grand éclat d’un siècle éblouissant,

Une chose, ô Jésus, en secret m’épouvante,

C’est l’écho de ta voix qui va s’affaiblissant.

                                   15 avril 1837

 

 

Sunt lacrymae rerum

 

II

[…]

Soyez flétris ! canons que la guerre repousse,

Dont la voix sans terreur dans les fêtes s’émousse,

Vous qui glorifiez de votre cri profond

Ceux qui viennent, toujours, jamais ceux qui s’en vont !

Vous qui, depuis trente ans, noirs courtisans de bronze,

Avez, comme Henri quatre adorant Louis onze,

Toujours tout applaudi, toujours tout salué,

Vous taisant seulement quand le peuple a hué !

Lâches, vous préférez ceux que le sort préfère !

Dans le moule brûlant le fondeur pour vous faire

Mit l’étain et le cuivre et l’oubli du vaincu ;

Car qui meurt exilé pour vous n’a pas vécu.

Car vos poumons de fer, où gronde une âpre haleine,

Sont muets pour Goritz comme pour Sainte-Hélène !

Soyez flétris !

                        Mais non. C’est à nous, insensés,

Que le mépris revient. Vous nous obéissez.

Vous êtes prisonniers et vous êtes esclaves.

La guerre qui vous fit des ses bouillantes laves

Vous fit pour la bataille, et nous vous avons pris

Pour vous éclabousser des fanges de Paris,

Pour vous sceller au seuil d’un palais centenaire,

Et pour vous mettre au ventre un éclair sans tonnerre !

C’est nous qu’il faut flétrir. Nous qui, déshonorés,

Donnons notre âme abjecte à ces bronzes sacrés.

Nous passons dans l’opprobre ; hélas, ils y demeurent.

Mornes captifs ! le jour où des rois proscrits meurent,

Vous ne pouvez, jetant votre fumée à flots,

Prolonger sur Paris vos éclatants sanglots,

Et, pareils à des chiens liés à des murailles,

D’un hurlement plaintif suivre leurs funérailles !

Muets, et vos longs cous baissés vers les pavés,

Vous restez là, pensifs, et, tristes, vous rêvez

Aux hommes, froids esprits, cœurs bas, âmes douteuses,

Qui font faire à l’airain tant de choses honteuses !

[…]

 

VI

Dans ces temps radieux, dans cette aube enchantée,

Dieu ! comme avec terreur leur mère épouvantée

Les eût contre son cœur pressés, pâle et sans voix,

Si quelque vision, troublant ces jours de fêtes,

Eût jeté tout à coup sur ces fragiles têtes

Ce cri terrible : _ Enfants ! vous serez rois tous trois !

 

Et la voix prophétique aurait pu dire encore :

« Enfants, que votre aurore est une triste aurore !

Que les sceptres pour vous sont d’odieux présents !

D’où vient donc que le Dieu qui punit Babylone

Vous fait à pareille heure éclore au pied du trône ?

Et qu’avez-vous donc fait, ô pauvres innocents !

 

« Beaux enfants qu’on berce et qu’on flatte,

Tout surpris, vous si purs, si doux,

Que des vieux en robe écarlate

Viennent vous parler à genoux,

Quand les sévères Malesherbes

Ont révélé leurs fronts superbes,

Vous courez jouer dans les herbes,

Sans savoir que tout doit finir,

Et que votre race qui sombre

Porte à ses deux bouts couverts d’ombre

Ravaillac dans le passé sombre,

Robespierre dans l’avenir !

 

Dans ce Louvre où de vieux murs gardent

Les portraits des rois hasardeux,

Allez voir comme vous regardent

Charles premier et Jacques deux !

Sur vous un nuage s’étale.

Sol étranger, terre natale,

L’émeute, la guerre fatale

Dévoreront vos jours maudits.

De vous trois, enfants sur qui pèse

L’antique masure française,

Le premier sera Louis seize,

Le dernier sera Charles dix !

 

Que l’aîné, peu crédule à la vie, à la gloire,

Au peuple ivre d’amour, sache d’une nuit noire

D’avance emplir son cœur de courage pourvu ;

Qu’il rêve un ciel de pluie, un tombereau qui roule,

Et là-bas, tout au fond, au-dessus de la foule,

Quelque étrange échafaud dans la brume entrevu !

 

Frères par la naissance et par le malheur frères,

Les deux autres fuiront, battus des vents contraires.

Le règne de Louis, roi de quelques bannis,

Commence dans l’exil, celui de Charles y tombe.

L’un n’aura pas de sacre et l’autre pas de tombe.

A l’un Reims doit manquer, à l’autre Saint-Denis ! »

 

VII

            Quel rêve horrible ! _ C’est l’histoire.

De nos pères couchés dans les tombeaux profonds

            Ce qu’aucun n’aurait voulu croire,

            Nous l’avons vu, nous qui vivons !

 

            Tous ces maux, et d’autres encore,

Sont tombés sur ces fronts de la main du Seigneur.

            Maintenant croyez à l’aurore !

            Maintenant croyez au bonheur !

 

            Croyez au ciel pur et sans rides !

Saluez l’avenir qui vous flatte si bien !

            L’avenir, fantôme aux mains vides

            Qui promet tout et qui n’a rien !

 

            O rois ! ô familles tronquées !

Brusques écroulements des vieilles majestés !

            O calamités embusquées

            Au tournant des prospérités !

 

            Tout colosse a des pieds de sable.

Votre abîme est, Seigneur, un abîme infini.

            Louis quinze fut le coupable,

            Louis seize fut le puni !

 

            La peine se trompe et dévie.

Celui qui fit le mal, c’est la loi du Très-Haut,

            A le trône et la longue vie,

            Et l’innocent a l’échafaud.

 

            Les fautes que l’aïeul peut faire

Te poursuivront, ô fils ! en vain tu t’en défends.

            Quand il a neigé sous le père,

            L’avalanche est pour les enfants !

 

            Révolutions ! mer profonde !

Que de choses, hélas ! pleines d’enseignement,

            Dans les ténèbres de votre onde

            On voit flotter confusément !

X

Nous, pasteurs des esprits, qui, du bord du chemin,

Regardons tous les pas que fait le genre humain,

Poëtes, par nos chants, penseurs, par nos idées,

Hâtons vers la raison les âmes attardées !

Hâtons l’ère où viendront s’unir d’un nœud loyal

Le travail populaire et le labeur royal,

Où colère et puissance auront fait leur divorce,

Où tous ceux qui sont forts auront peur de leur force,

Et d’un saint tremblement frémiront à la fois,

Rois, devant leurs devoirs, peuples, devant leurs droits !

Aidons tous ces grands faits que le Seigneur envoie

Pour ouvrir une route ou pour clore une voie,

Les révolutions dont la surface bout,

Les changements soudains qui font vaciller tout,

A dégager du fond des nuages de l’âme,

A poser au-dessus des lois comme une flamme

Ce sentiment profond en nous tous replié

Que l’homme appelle doute et la femme pitié !

[…]

                                   15 avril 1837

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