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Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 08:27

Un premier poème totalement poignant dont la fin ne vous laissera pas de marbre, donc même si la tristesse s'empare de vous, trouvez le courage de le lire jusqu'au bout... Le second est plus subtil. Bonne lecture !

 

 

Le revenant

 

Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus. 
Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus, 
Parfois au même nid rend la même colombe. 
Ô mères ! le berceau communique à la tombe. 
L'éternité contient plus d'un divin secret. 

La mère dont je vais vous parler demeurait 
À Blois ; je l'ai connue en un temps plus prospère ; 
Et sa maison touchait à celle de mon père. 
Elle avait tous les biens que Dieu donne ou permet. 
On l'avait mariée à l'homme qu'elle aimait. 
Elle eut un fils ; ce fut une ineffable joie. 

Ce premier-né couchait dans un berceau de soie ; 
Sa mère l'allaitait ; il faisait un doux bruit 
À côté du chevet nuptial ; et, la nuit, 
La mère ouvrait son âme aux chimères sans nombre, 
Pauvre mère, et ses yeux resplendissaient dans l'ombre 
Quand, sans souffle, sans voix, renonçant au sommeil, 
Penchée, elle écoutait dormir l'enfant vermeil. 
Dès l'aube, elle chantait, ravie et toute fière. 

Elle se renversait sur sa chaise en arrière, 
Son fichu laissant voir son sein gonflé de lait, 
Et souriait au faible enfant, et l'appelait 
Ange, trésor, amour ; et mille folles choses. 
Oh ! comme elle baisait ces beaux petits pieds roses ! 
Comme elle leur parlait ! L'enfant, charmant et nu, 
Riait, et par se mains sous les bras soutenu, 
Joyeux, de ses genoux montait jusqu'à sa bouche. 

Tremblant comme le daim qu'une feuille effarouche, 
Il grandit. Pour l'enfant, grandir, c'est chanceler. 
Il se mit à marcher, il se mit à parler. 
Il eut trois ans ; doux âge, où déjà la parole, 
Comme le jeune oiseau, bat de l'aile et s'envole. 
Et la disait :  Mon fils ! - et reprenait : 
- Voyez comme il est grand ! Il apprend ; il connaît 
Ses lettres. C'est un diable ! Il veut que je l'habille 
En homme ; il ne veut plus de ses robes de fille. 
C'est déjà très méchant, ces petits hommes-là ! 
C'est égal, il lit bien ; il ira loin ; il a 
De l'esprit ; je lui fais épeler l'Évangile.- 
Et ses yeux adoraient cette tête fragile, 
Et, femme heureuse, et mère au regard triomphant, 
Elle sentait son coeur battre dans son enfant. 

Un jour, - nous avons tous de ces dates funèbres ! - 
Le croup, monstre hideux, épervier des ténèbres, 
Sur la blanche maison brusquement s'abattit, 
Horrible, et, se ruant sur le pauvre petit, 
Le saisit à la gorge. O noire maladie ! 
De l'air par qui l'on vit sinistre perfidie ! 
Qui n'a vu se débattre, hélas, ces doux enfants 
Qu'étreint le croup féroce en ses doigts étouffants ! 
Ils luttent ; l'ombre emplit lentement leurs yeux d'ange, 
Et de leur bouche froide il sort un râle étrange, 
Et si mystérieux, qu'il semble qu'on entend, 
Dans leur poitrine, où meurt le souffle haletant, 
L'affreux coq du tombeau chanter son aube obscure. 
Tel qu'un fruit qui du givre a senti la piqûre, 
L'enfant mourut. La mort entra comme un voleur 
Et le prit. - Une mère, un père, la douleur, 
Le noir cercueil, le front qui se heurte aux murailles, 
Les lugubres sanglots qui sortent des entrailles, 
Oh ! la parole expire où commence le cri ; 
Silence aux mots humains ! 

                                   La mère au coeur meurtri, 
Pendant qu'à ses côtés pleurait le père sombre, 
Resta trois mois sinistre, immobile dans l'ombre, 
L'oeil fixe, murmurant on ne sait quoi d'obscur, 
Et regardant toujours le même angle du mur. 
Elle ne mangeait pas ; sa vie était sa fièvre ; 
Elle ne répondait à personne ; sa lèvre 
Tremblait ; on l'entendait, avec un morne effroi, 
Qui disait à voix basse à quelqu'un : Rends-le moi ! 
Et le médecin dit au père : Il faut distraire 
Ce coeur triste, et donner à l'enfant mort un frère.-
Le temps passa ; les jours, les semaines, les mois. 

Elle se sentit mère une seconde fois. 

Devant le berceau froid de son ange éphémère, 
Se rappelant l'accent dont il disait : - Ma mère,-
Elle songeait, muette, assise sur son lit. 
Le jour où, tout à coup, dans son flanc tressaillit 
L'être inconnu promis à notre aube mortelle, 
Elle pâlit. - Quel est cet étranger ? dit-elle. 
Puis elle cria, sombre et tombant à genoux : 
- Non, non, je ne veux pas ! non ! tu serais jaloux ! 
Ô mon doux endormi, toi que la terre glace, 
Tu dirais : On m'oublie ; un autre a pris ma place ; 
Ma mère l'aime, et rit ; elle le trouve beau, 
Elle l'embrasse, et, moi, je suis dans mon tombeau ! 
Non, non !-

                        Ainsi pleurait cette douleur profonde. 

Le jour vint ; elle mit un autre enfant au monde, 
Et le père joyeux cria : C'est un garçon. 
Mais le père était seul joyeux dans la maison ; 
La mère restait morne, et la pâle accouchée, 
Sur l'ancien souvenir tout entière penchée, 
Rêvait ; on lui porta l'enfant sur un coussin ; 
Elle se laissa faire et lui donna le sein ; 
Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée, 
Pensant au fils nouveau moins qu'à l'âme envolée, 
Hélas ! et songeant moins aux anges qu'au linceul, 
Elle disait : Cet ange en son sépulcre est seul ! 
- Ô doux miracle ! ô mère au bonheur revenue !- 
Elle entendit, avec une voix bien connue, 
Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras, 
Et tout bas murmurer : C'est moi. Ne le dis pas.

                                   Août 1843

 

 

I

Pure Innocence ! Vertu sainte !

O les deux sommets d'ici-bas !

Où croissent, sans ombre et sans crainte,

Les deux palmes des deux combats !

 

Palme du combat Ignorance !

Palme du combat Vérité !

L'âme, à travers sa transparence,

Voit trembler leur double clarté.

 

Innocence ! Vertu ! sublimes

Même pour l'oeil mort du méchant !

On voit dans l'azur ces deux cimes,

L'une au levant, l'autre au couchant.

 

Elles guident la nef qui sombre ;

L'une est phare, et l'autre est flambeau ;

L'une a le berceau dans son ombre,

L'autre en son ombre a le tombeau.

 

C'est sous la terre infortunée

Que commence, obscure à nos yeux,

La ligne de la destinée ;

Elles l'achèvent dans les cieux.

 

Elles montrent, malgré les voiles

Et l'ombre du fatal milieu,

Nos âmes touchant les étoiles

Et la candeur mêlée au bleu.

 

Elles éclairent les problèmes ;

Elles disent le lendemain ;

Elles sont les blancheurs suprêmes

De tout le sombre gouffre humain.

 

L'archange effleure de son aile

Ce faîte où Jéhovah s'assied ;

Et sur cette neige éternelle

On voit l'empreinte d'un seul pied.

 

Cette trace qui nous enseigne,

Ce pied blanc, ce pied fait de jour,

Ce pied rose, hélas ! car il saigne,

Ce pied nu, c'est le tien, amour !

                                   Janvier 1843.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 08:23

 

Un choix plus professionnel que personnel pour une fois, merci à Babelio pour cet envoi encore une fois.

 

 

 

Ne pas faire de fautes lorsqu'on écrit un texte... Aujourd'hui pour de plus en plus de personnes, ceci tient du miracle. La faute à l'Education Nationale, à ses programmes trop lourds, aux enseignants de primaire ou de collège trop laxistes ou trop sévères, aux parents de moins en moins présents auprès de leurs enfants ou aux enfants eux-mêmes moins motivés, moins concentrés ? Qui pourrait le dire ?

Y aurait-il une solution pour stopper net les fautes lors des rédactions ?

 

L'auteur du livre dont nous allons parler est Anne-Marie Gaignard. Pédagogue et formatrice, elle reçoit des enfants en difficulté au sein de son centre de formation "Plus jamais zéro". Elle connaît donc son sujet.

Sa méthode repose sur une histoire, dans laquelle les enfants pourront se projeter aisément, puisqu'il s'agit d'un petit garçon, Hugo, qui a régulièrement des zéros à ses dictées et qui subit les brimades de ses camarades de classe. Il va alors être aidé par la fée Nina qui lui fournira des conseils, des techniques divers et variés pour ne plus faire de fautes ainsi qu'une mission : gagner cinq clefs magiques qu'il obtiendra au fur et à mesure de ses progrès.

 

L'histoire, les illustrations sont effectivement sympa. Le récit utilise un vocabulaire simple, compréhensible, il y a de multiples exemples pour mieux appréhender les notions étudiées, ainsi que des petits exercices (avec corrections) pour s'entraîner à la fin de chaque conseil donné. Ce livre peut être lu rapidement, il est attractif et éducatif. C'est un bon point. Un départ intéressant. Un support utile.

 

Maintenant qu'en est-il des conseils donnés ?

1) Le premier chapitre évoque l'accord du participe passé avec être qui est loin d'être évident, on doit bien l'avouer. La technique est originale, elle consiste à faire attention aux mots qui se terminent en -é, -i, -u (sans toutefois préciser le mot verbe ou participe passé, ce qui est dommage) et à regarder l'auxiliaire qui est devant. Si c'est le roi Etre qui est gentil et s'intéresse à ses sujets, il faudra se demander "qui est-ce qui ?" pour trouver le sujet et accorder le participe passé correctement.

Personnifier l'auxiliaire être de la sorte est une bonne idée, repérer les trois sons des participes passés aussi, mais encore faut-il que les enfants soulignent bien les participes passés au départ et pas n'importe quel nom se terminant par -é, -i ou -u. Ensuite la conjugaison de l'auxiliaire être est si difficile car différente en fonction des sujets ne serait-ce qu'au présent, que certains enfants ont du mal à le repérer dans une phrase. Peut-être sera-t-il plus facile de l'identifier avec cette aide supplémentaire qu'est le repérage des trois sons précités....

 

2) Le second chapitre est sensiblement identique sauf que cette fois-ci le roi Etre joue à cache-cache et n'apparaît pas dans la phrase (les bonnets enfoncés, les joues rougies). En trouvant à nouveau le sujet, on accorde correctement. Ce chapitre me semble plus évident et plus facilement applicable.

 

3) Le chapitre trois, plus difficile, traite des participes passés se terminant en -s, -t ou des adjectifs finissant par une lettre muette. Ici l'utilisation d'un féminin est préconisée avec à nouveau la recherche du sujet pour accorder les participes passés associés à l'auxiliaire être. Le conseil est judicieux, les exemples nombreux et utiles, par contre les exercices d'application sont pauvres et c'est dommage.

 

4) Le chapitre 4 est très court. Il mêle les deux auxiliaires avec un participe passé : les chasseurs ont été poursuivis. Ici le roi gentil gagne la bataille sur le roi méchant donc on accorde avec le sujet. Ca se comprend vite et bien avec les aides précédentes. Ce n'était effectivement pas la peine de s'étaler sur cette difficulté.

 

5) Le roi méchant n'est traité qu'au chapitre 5. L'auxiliaire avoir est un roi d'humeur changeante qui défie les petits malins. Le challenge est lancé !

Ca commence gentiment par l'accord de l'auxiliaire avec ses sujets pour rappeler que lui aussi à une conjugaison difficile. Puis le défi devient réel et il est de taille, de la taille d'un mur même ! Un mur qui se dresse après le participe passé. La question à poser est alors qui ou quoi. Si la réponse à cette question est après le mur, on n'accorde pas le participe passé mais si elle est avant le mur on doit faire l'accord. (Les jaguars ont gagné (mur : quoi ?) la course./ La gazelle que le lion a attendue (mur : quoi ?) dort encore.)

Je ne connaissais pas du tout cette technique du mur et je la trouve véritablement intéressante car elle illustre davantage la question du quoi,  la place du COD par rapport à l'auxiliaire. C'est une idée que je vais utiliser dorénavant en classe en espérant qu'elle sera plus facilement applicable par mes élèves.

Seul regret, la quantité d'exercices d'application est bien pauvre alors que la notion est plutôt complexe.

 

6) Le chapitre 6 a été pour moi une véritable surprise. Il aborde les différentes graphies du son é en -é, -er, -ez. On a l'habitude de remplacer le verbe de la phrase par vendre, vendu, vendait pour savoir s'il s'agit d'un infinitif, d'un participe passé ou du verbe conjugué. A partir du moment où les enfants prennent le temps de cette réflexion, les résultats sont plutôt bons, c'est pourquoi j'ai gardé cette technique.

Ici je trouve que c'est plus compliqué. En résumé, quand deux verbes se suivent, le second est en costume d'infinitif sauf si le premier verbe est un auxiliaire, dans ce cas c'est le costume du participe passé. Mais il y a une escorte aux verbes (à, de, pour, sans) qui appelle un infinitif. Ce n'est pas un mauvais conseil, loin de là, l'escorte est d'ailleurs sympa mais je trouve que le cheminement est trop long et le repérage difficile des auxiliaires demeure.

 

7) La bête noire se cache au chapitre 7. Elle s'intitule l'accord du participe passé avec un verbe pronominal. Pour nous les adultes c'est déjà compliqué, alors pour les enfants...

Ici on doit utiliser plusieurs questions qui est-ce qui pour trouver le sujet puis à qui/pour qui pour savoir si le roi avoir est caché et ainsi utiliser le mur dressé précédemment.

(Ma soeur s'est acheté (à qui ?) des bonbons → elle a acheté (mur : quoi ?) des bonbons)

Si la question à qui/pour qui ne marche pas, c'est l'auxiliaire être et donc on accorde.

(Alice s'est levée tôt)

C'est toujours aussi complexe pour moi malgré les nombreux exemples et exercices fournis. Personnellement je préfère utiliser ma technique qui est de trouver la question pour le "se" : à qui pas d'accord, qui : accord

(ils se sont adressé un mot (ils ont adressé à qui) et elle s'est couchée tôt (elle a couché qui))

 

8) Le chapitre 8 évoque la recherche des sujets longs ou complexes : aucun des habitants du royaume ne souhaitait voir Hugo.

Il faut poser la question qui est-ce qui et réfléchir à la signification des mots comme aucun, rien, n'importe quel, tout, chacun, ceux, certains... pour savoir si le verbe doit être mis au singulier ou au pluriel. Ce chapitre est vraiment très bien expliqué, il est clair et bien illustré.

 

9) Le chapitre 9 aborde le féminin des noms en -é et explique que tous les noms féminins en rapport avec une durée (matinée) ou une heure précise (marée, tournée) ou une scène réelle qu'on peut toucher sans risque (bouée, poignée mais saleté) s'écrivent -ée. Le problème se pose pour cheminée, épée qui peuvent poser des risques...

 

Le livre se termine par un épilogue évidemment heureux avec des clés et un mur détachables.

 

En résumé, l'expérience m'a beaucoup plu. Il y a des outils intéressants que j'ai envie de tester en classe. Les enfants prendront le conseil qu'ils préfèrent, celui qu'ils manipulent le plus facilement. Par contre, cet album concerne les élèves de CM1 au plus tôt, de toute façon l'accord du participe passé n'est traité qu'au CM2 surtout avec l'auxiliaire avoir (en tout cas pour l'instant).

J'admets qu'il y a des notions difficiles, que le chapitre 7 est vraiment compliqué mais les pistes proposées sont originales, attractives et je pense sincèrement qu'il serait judicieux de tester certains outils notamment celui du mur et des trois sons à repérer.

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 16:28

Encore un texte poignant de notre illustre Hugo....

Certes ce n'est pas le printemps, certes il fait beau et chaud mais même si ce texte prend aux tripes, il vaut le coup d'être lu et vécu...

 

 

 

Chose vue un jour de printemps

 

Entendant des sanglots, je poussai cette porte.


Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte.
Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard.
Sur le grabat gisait le cadavre hagard ;
C’était déjà la tombe et déjà le fantôme.
Pas de feu ; le plafond laissait passer le chaume.
Les quatre enfants songeaient comme quatre vieillards.
On voyait, comme une aube à travers des brouillards,
Aux lèvres de la morte un sinistre sourire ;
Et l’aîné, qui n’avait que six ans, semblait dire :
Regardez donc cette ombre où le sort nous a mis !

Un crime en cette chambre avait été commis.
Ce crime, le voici : – Sous le ciel qui rayonne,
Une femme est candide, intelligente, bonne ;
Dieu, qui la suit d’en haut d’un regard attendri,
La fit pour être heureuse. Humble, elle a pour mari
Un ouvrier ; tous deux, sans aigreur, sans envie,
Tirent d’un pas égal le licou de la vie.
Le choléra lui prend son mari ; la voilà
Veuve avec la misère et quatre enfants qu’elle a.
Alors, elle se met au labeur comme un homme.
Elle est active, propre, attentive, économe ;
Pas de drap à son lit, pas d’âtre à son foyer ;
Elle ne se plaint pas, sert qui veut l’employer,
Ravaude de vieux bas, fait des nattes de paille,
Tricote, file, coud, passe les nuits, travaille
Pour nourrir ses enfants ; elle est honnête enfin.
Un jour, on va chez elle, elle est morte de faim.
Oui, les buissons étaient remplis de rouges-gorges ;
Les lourds marteaux sonnaient dans la lueur des forges ;
Les masques abondaient dans les bals, et partout
Les baisers soulevaient la dentelle du loup ;
Tout vivait ; les marchands comptaient de grosses sommes ;
On entendait rouler les chars, rire les hommes ;
Les wagons ébranlaient les plaines ; le steamer
Secouait son panache au-dessus de la mer ;
Et, dans cette rumeur de joie et de lumière,
Cette femme étant seule au fond de sa chaumière,
La faim, goule effarée aux hurlements plaintifs,
Maigre et féroce, était entrée à pas furtifs,
Sans bruit, et l’avait prise à la gorge, et tuée.

La faim, c’est le regard de la prostituée,
C’est le bâton ferré du bandit, c’est la main
Du pâle enfant volant un pain sur le chemin,
C’est la fièvre du pauvre oublié, c’est le râle
Du grabat naufragé dans l’ombre sépulcrale.
Ô Dieu ! la sève abonde, et, dans ses flancs troublés,
La terre est pleine d’herbe et de fruits et de blés ;
Dès que l’arbre a fini, le sillon recommence ;
Et, pendant que tout vit, ô Dieu, dans ta clémence,
Que la mouche connaît la feuille du sureau,
Pendant que l’étang donne à boire au passereau,
Pendant que le tombeau nourrit les vautours chauves,
Pendant que la nature, en ses profondeurs fauves,
Fait manger le chacal, l’once et le basilic,
L’homme expire ! – Oh ! la faim, c’est le crime public.
C’est l’immense assassin qui sort de nos ténèbres.

Dieu ! pourquoi l’orphelin, dans ses langes funèbres,
Dit-il : J’ai faim ! L’enfant, n’est-ce pas un oiseau ?
Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau ?
                                   Avril 1840.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 16:20

Je retrouve ici l'auteur de Vertige qui m'avait beaucoup plu. Pandemia m'a offert des sentiments encore plus forts : de l'angoisse bien sûr, pour ça Thilliez est vraiment doué, de la compassion, de la colère, de la haine même parfois, bref c'est tout un panel d'émotions qui se sont bouleversées, entrechoquées, succédées au fur et à mesure des pages.

 

Quatrième de couverture : "L'homme, tel que nous le connaissons, est le pire virus de la planète. Il se reproduit, détruit, épuise ses propres réserves, sans aucun respect, sans stratégie de survie. Sans nous, cette planète court à la catastrophe. Il faut des hommes purs, sélectionnés parmi les meilleurs, et éliminer le reste. Les microbes sont la solution."

 

Voilà la pensée obscure des hommes qui vont bouleverser l'histoire de ce roman. L'homme tue sa planète de plus en plus chaque jour, l'espèce humaine est bien trop nombreuse, il faut donc l'épurer pour sauver le monde.

Ce sujet a déjà été traité dans Inferno de Dan Brown, on est obligés d'en faire un petit parallèle mais ça s'arrête là. Les deux romans ne sont pas vraiment traités de la même façon. Pandemia est bien plus sombre, plus terrifiant qu'Inferno que j'avais pourtant beaucoup aimé aussi.

 

Dès les premières pages, des cadavres d'oiseaux migrateurs sont découverts. Comme à chaque fois, des analyses sont faites pour connaître la cause de leur décès. Depuis le virus H5N1, les scientifiques sont très prudents. Les microbiologistes entrent donc en action, en particulier une femme étrange au crâne volontairement rasé, Amandine. Sa vie personnelle sera vraiment intéressante tout au long du roman.

Puis quelques pages plus loin, un cadavre humain sauvagement déchiqueté est retrouvé dans une forêt. Cette fois-ci, c'est Franck Sharko  et Lucie Henebelle, des enquêteurs du Quai des Orfèvres qui sont dépêchés sur place.

 

Bref l'histoire commence bien, on n'a pas le temps de souffler. Deux types de cadavres qui ne semblent avoir aucun lien et pourtant...

Les scientifiques vont devoir rapidement s'allier à la police lorsqu'une des microbiologistes est retrouvée sans vie à son appartement.

 

Ce roman met en lumière plusieurs types de chassé-croisé : entre le bien et le mal, entre la raison et la démesure, entre l'analyse scientifique et l'instinct policier, entre les microscopes des laboratoires et les enquêtes sur le terrain, bref chacun des corps de métier est mis en avant avec un réalisme à couper le souffle. On suit chacun des personnages avec engouement mais aussi avec angoisse. Plus les pages se tournent, plus la terreur monte, certains humains sont vraiment prêts à tout pour parvenir à leur objectif aussi abject soit-il. C'est sombre, c'est malsain et pourtant ça m'a plu au plus haut point. Du coup j'ai acheté trois autres romans plus anciens de Thilliez où Sharko et Henebelle étaient déjà présents. Bien évidemment je vous en parlerai, patience les amis.

 

Extrait : Les flics se regardèrent un moment sans bouger, comme pétrifiés. Sharko avança au ralenti, incapable de déglutir. Il se tourna vers son capitaine de police qui le fixait. Franck eut l'impression qu'au plus profond de son être Nicolas savait. Qu'une parcelle de son esprit avait déjà compris mais qu'une autre refoulait cette vérité qu'il s'apprêtait à découvrir.

Le flic reprit sa marche et avança vers le grand drap suspendu, qu'il contourna avec prudence.

Vision d'horreur au milieu de l'enfer.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 01:25

A vos bons souvenirs mesdames et messieurs, les bancs de l'école résonnent-ils encore dans vos mémoires ? Quelles images, quelles émotions en gardez-vous ? De quel enseignant vous souvenez-vous en bien ou en mal ?

Petit poème cher à mon coeur, bonne lecture et bon retour dans le passé...

 

 

Le maître d'études

 

Ne le tourmentez pas, il souffre. Il est celui
Sur qui, jusqu'à ce jour, pas un rayon n'a lui ;
Oh ! ne confondez pas l'esclave avec le maître !

[...]

Apprenez à connaître, enfants qu'attend l'effort,
Les inégalités des âmes et du sort ;
Respectez-le deux fois, dans le deuil qui le mine,
Puisque de deux sommets, enfant, il vous domine,
Puisqu'il est le plus pauvre et qu'il est le plus grand.
Songez que, triste, en butte au souci dévorant,
À travers ses douleurs, ce fils de la chaumière
Vous verse la raison, le savoir, la lumière,
Et qu'il vous donne l'or, et qu'il n'a pas de pain.
Oh ! dans la longue salle aux tables de sapin,
Enfants, faites silence à la lueur des lampes !
Voyez, la morne angoisse a fait blêmir ses tempes.
Songez qu'il saigne, hélas ! sous ses pauvres habits.
L'herbe que mord la dent cruelle des brebis,
C'est lui ; vous riez, vous, et vous lui rongez l'âme.
Songez qu'il agonise, amer, sans air, sans flamme ;
Que sa colère dit : Plaignez-moi ; que ses pleurs
Ne peuvent pas couler devant vos yeux railleurs !
Aux heures du travail votre ennui le dévore,
Aux heures du plaisir vous le rongez encore ;
Sa pensée, arrachée et froissée, est à vous,
Et, pareille au papier qu'on distribue à tous,
Page blanche d'abord, devient lentement noire.
Vous feuilletez son coeur, vous videz sa mémoire ;
Vos mains, jetant chacune un bruit, un trouble, un mot,
Et raturant l'idée en lui dès qu'elle éclôt,
Toutes en même temps dans son esprit écrivent.
Si des rêves, parfois, jusqu'à son front arrivent,
Vous répandez votre encre à flots sur cet azur ;
Vos plumes, tas d'oiseaux hideux au vol obscur,
De leurs mille becs noirs lui fouillent la cervelle.
Le nuage d'ennui passe et se renouvelle.
Dormir, il ne le peut ; penser, il ne le peut.
Chaque enfant est un fil dont son coeur sent le noeud.
Oui, s'il veut songer, fuir, oublier, franchir l'ombre,
Laisser voler son âme aux chimères sans nombre,
Ces écoliers joueurs, vifs, légers et doux, aimants,
Pèsent sur lui, de l'aube au soir, à tous moments,
Et le font retomber des voûtes immortelles ;
Et tous ces papillons sont le plomb de ses ailes.
Saint et grave martyr changeant de chevalet,
Crucifié par vous, bourreaux charmants, il est
Votre souffre-douleurs et votre souffre-joies ;
Ses nuits sont vos hochets et ces jours sont vos proies ;
Il porte sur son front votre essaim orageux ;
Il a toujours vos bruits, vos rires et vos jeux
Tourbillonnant sur lui comme une âpre tempête.
Hélas ! il est le deuil dont vous êtes la fête ;
Hélas ! il est le cri dont vous êtes le chant.

Et, qui sait ? sans rien dire, austère, et se cachant
De sa bonne action comme d'une mauvaise,
Ce pauvre être qui rêve accoudé sur sa chaise,
Mal nourri, mal vêtu, qu'un mendiant plaindrait,
Peut-être a des parents qu'il soutient en secret,
Et fait de ses labeurs, de sa faim, de ses veilles,
Des siècles dont sa voix vous traduit les merveilles,
Et de cette sueur qui coule sur sa chair,
Des rubans au printemps, un peu de feu l'hiver,
Pour quelque jeune soeur ou quelque vieille mère ;
Changeant en goutte d'eau la sombre larme amère ;
De sorte que, vivant à son ombre sans bruit,
Une colombe vient la boire dans la nuit !
Songez que pour cette oeuvre, enfants, il se dévoue,
Brûle ses yeux, meurtrit son coeur, tourne la roue,
Traîne la chaîne ! Hélas, pour lui, pour son destin,
Pour ses espoirs perdus à l'horizon lointain,
Pour ses voeux, pour son âme aux fers, pour sa prunelle,
Votre cage d'un jour est prison éternelle !
Songez que c'est sur lui que marchent tous vos pas !
Songez qu'il ne rit pas, songez qu'il ne vit pas !
L'avenir, cet avril plein de fleurs, vous convie ;
Vous vous envolerez demain en pleine vie ;
Vous sortirez de l'ombre, il restera. Pour lui,
Demain sera muet et sourd comme aujourd'hui ;
Demain, même en juillet, sera toujours décembre,
Toujours l'étroit préau, toujours la pauvre chambre,
Toujours le ciel glacé, gris, blafard, pluvieux ;
Et, quand vous serez grands, enfants, il sera vieux.
Et, si quelque heureux vent ne souffle et ne l'emporte,
Toujours il sera là, seul sous la sombre porte,
Gardant les beaux enfants sous ce mur redouté,
Ayant tout de leur peine et rien de leur gaîté.
Oh ! que votre pensée aime, console, encense
Ce sublime forçat du bagne d'innocence !
Pesez ce qu'il prodigue avec ce qu'il reçoit.
Oh ! qu'il se transfigure à vos yeux, et qu'il soit
Celui qui vous grandit, celui qui vous élève,
Qui donne à vos raisons les deux tranchants du glaive,
Art et science, afin qu'en marchant au tombeau,
Vous viviez pour le vrai, vous luttiez pour le beau !
Oh ! qu'il vous soit sacré dans cette tâche auguste
De conduire à l'utile, au sage, au grand, au juste,
Vos âmes en tumulte à qui le ciel sourit !
Quand les coeurs sont troupeau, le berger est esprit.

[...]

                                   Novembre 1840

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 01:18

Cela peut être une idée surprenante de se replonger dans son enfance et de se remémorer les histoires d'amour passées. Et pourtant quand on y réfléchit bien, comment réagit parfois notre corps lorsqu'on rencontre un de nos ex par hasard ? Le visage s'empourpre, le coeur s'accélère, on a les mains moites, on transpire, on est gênée ou dégoûtée, on a envie de fuir, de l'éviter ou au contraire on va vers lui et on force la discussion... ? Tant de signaux aussi contradictoires les uns que les autres certes mais des signaux quand même, des réactions chimiques à l'intérieur de nous, indépendants de notre volonté, des miroirs de notre âme, des souvenirs, des sentiments non digérés.

Cela arrive aussi dans nos rêves. Quel choix fait-on lorsqu'on rêve d'un de nos ex ? Se laisse-t-on aller ? Le rejetons-nous ? Et quels sentiments nous envahissent au réveil ? De la culpabilité, du regret, de la mélancolie, de la peine ou simplement rien ? 

Non, soyons francs et honnêtes avec nous-mêmes, il y a parfois des rêves qui nous perturbent et c'est ce qui m'est arrivé cette nuit, quelque chose d'étrange à l'opposé du rêve de la semaine passée. Mes réactions pendant ces deux rêves et mes impressions aux réveils étaient tellement contradictoires que ça m'a d'abord laissée songeuse puis j'ai ri parce que ce n'étaient que des rêves totalement irréels d'ailleurs. Pourtant ils ont marqué mon esprit et ont fait remonter plein de souvenirs partagés avec ces garçons au collège et au lycée, des bons et des mauvais mais aussi les dialogues avec les copines ou les parents lorsque la douleur de la rupture est là. J'ai alors ressenti le besoin de prendre du recul sur ces histoires et que l'adulte que je suis aujourd'hui réconforte l'adolescente que j'étais en la faisant réfléchir sur ce qui s'était passé à l'époque pour relativiser et mieux accepter ces moments de ma vie.

Le monologue que je me suis fait ne m'est pas réservé car je ne suis sûrement pas la seule à avoir vécu des ruptures douloureuses. Il m'a fait du bien, j'en avais besoin. Je suis parvenue à trouver les mots réconfortants que j'aurais aimé entendre à l'époque, que j'ai peut-être écouté d'une oreille distraite sans en comprendre le sens véritable parce que le mal envahissait tout mon corps d'adolescente amoureuse et qu'à cet âge les adultes ne comprennent rien et que les leçons de morale nous ennuient plus qu'autre chose.

Alors voilà un petit résumé de ce que je me suis dit, j'enlève volontairement les anecdotes trop personnelles parce que je veux que ce message s'adresse au plus grand nombre d'ados en détresse, parce qu'à cet âge on se fait tout un monde du moindre mal, parce qu'on se sent perdu et incompris alors qu'on a tant besoin d'être reconnu et accepté.

 

"Ces histoires te marquent encore aujourd'hui, c'est étrange. Pourtant tu n'y penses plus à ces garçons, tu ne les as pas revus depuis presque vingt ans. Qu'est-ce qui t'as touchée dans ces rêves ? Le fait de les revoir ? Ce qu'ils t'ont dit ? Ce que tu leur as dit ? Est-ce que c'est une revanche ? Est-ce que tu aurais aimé être aussi forte à l'époque ? Penses-tu que tu as été trop gentille avec eux, que tu as trop accepté, trop donné ? Je sais que tu aurais préféré que chacune de ces deux histoires dure plus longtemps, pour la vie très certainement, on ne refera pas ton romantisme aujourd'hui, je sais aussi que tu aurais souhaité qu'ils t'aiment autant que toi tu les as aimés. Peut-être que ça a été le cas, ces histoires ont duré presque un an quand même, si ça n'avait été qu'un jeu pour eux, ils auraient coupé court avant.... Les garçons de cet âge sont immatures, ils veulent jouer les playboys, multiplier les conquêtes pour rendre jaloux les copains, ils ne sont pas fleur bleue comme certaines filles, ils ne veulent pas se caser juste vivre plusieurs expériences. Ont-ils gardé les filles suivantes ?

Non.

Tu n'as pas choisi de tomber amoureuse d'eux, c'est arrivé comme ça, ce n'est donc pas une erreur de ta part. Tu n'as pas de reproches à te faire, tu ne les as pas trompés, tu ne t'es pas moqué d'eux, tu as été honnête, sincère, tu leur as donné tout l'amour que tu avais en toi sans te soucier de ce que tu recevais en retour. Je sais que tu donnais plus que ce que tu recevais mais parce que tu es généreuse, entière, tu l'as toujours été mais les garçons ne fonctionnent pas comme ça. Montrer ses sentiments, c'est la honte surtout s'il y a des spectateurs. Tu ne peux pas demander aux autres d'être comme toi, ils sont différents, tout le monde est différent. Tous tes petits amis ont-ils été pareils ?

Non.

Quand ces histoires se sont terminées, je sais que ça a été douloureux pour toi. Tu y croyais tellement. Tu as cru que ton monde s'effondrait, que tu n'aimerais plus personne aussi fort. Et pourtant, tu as eu plusieurs relations sérieuses par la suite. Tu as vécu à nouveau des choses intenses avec d'autres garçons puis d'autres hommes. Cette impression d'abandon était certes blessante mais aujourd'hui tu sais qu'elle ne t'a pas empêchée de rencontrer d'autres gens, d'évoluer, de vivre. Une rupture ce n'est pas un effondrement, c'est un appel à un renouveau. On passe à autre chose, on tourne la page pour écrire un chapitre différent qu'on espérera plus heureux. Et tu es la seule à pouvoir le rédiger. Sur cette page blanche, tu y mettras le dessin que tu veux, les couleurs que tu souhaites, c'est ton histoire, c'est ta vie, tu es le maître, l'auteur de ta destinée. Vis ce que tu veux, partages ce que tu aimes, sois toi et suis ton coeur.

Oui.

Suis ton coeur car l'amour ne s'achète pas, il ne se décide pas, il se vit. Tu as essayé à la suite de plusieurs ruptures de changer de type de garçons, de choisir des gentils, des timides pour éviter les badboys tellement attirants mais tellement cons au final. Ca ne t'a menée nulle part, tu as eu beau t'engager avec sérieux et faire tout pour que ça marche, voir leurs bons côtés, recevoir autant que tu attendais mais tu ne les as jamais aimés et pour finir tu as dû être la méchante qui laisse tomber l'autre avant de faire plus de mal. L'amour ne se commande pas, il te tombe dessus, c'est pour cela que tu ne peux pas t'en vouloir d'être tomber amoureuse de untel, tu n'as pas été idiote, tu as vécu ce sentiment comme tu devais le vivre. Tu ne peux pas non plus en vouloir à ceux qui ont mis un terme à tes relations. Ce n'était pas contre toi, ils voulaient peut-être autre chose, quelque chose que tu n'avais pas. Ce n'est pas un reproche, c'est un fait, on est tous différents et c'est logique qu'on ait des envies, des besoins variés. Tes propres choix n'ont-ils pas évolué ?

Oui.

Tu as fini par réussir à faire le tri. A différencier l'attirance de l'amour. A prendre le recul nécessaire. Ce type est-il fait pour moi ? Nos caractères, nos envies sont-ils compatibles ? Est-ce que ces mots sont du baratin pour midinettes écervelées ? On tente ou pas ? Tu as même fini par avoir le courage et la force de rembarrer ceux qui t'avaient larguée et qui soudainement voulaient à nouveau de tes bras. Ce qui prouve à nouveau que la rupture n'était pas de ta faute mais bien de la leur. Il n'y a pas de reproches à te faire, pas de regrets à avoir, tu as été sincère, tu as été toi. Que l'histoire marche ou pas ne dépend pas que de toi. On est deux dans une relation et on ne peut pas forcer l'autre à nous aimer ou à être différent de ce qu'il est pour nous faire plaisir. Aujourd'hui, sortirais-tu avec ces deux garçons ?

Non.

Tu as donc changé, évolué. Tu as appris à mieux cerner ce qui fait ton bonheur, quel genre d'homme tu as besoin. Ce sont ces ruptures qui t'ont permis de mieux te connaître. Ces accidents certes douloureux à l'époque t'ont finalement donné l'opportunité d'essayer plusieurs types de personnes et de savoir ce dont tu as besoin. On apprend de ses erreurs dit-on. C'est vrai. Sauf que ce n'étaient pas des erreurs volontaires puisque ton coeur dictait tes pas. Tu aurais fait une erreur si tu avais laissé un garçon se moquer de toi, te maltraiter, te rabaisser, te faire du mal, t'humilier. Le manque de respect ne se pardonne pas, les violences verbales et physiques ne se tolèrent pas. Là il faut clairement s'en aller et ne jamais revenir même sous un baratin fleuri car on ne change pas les gens.

Et le passé ne se change pas non plus. Tu l'as vécu et tu dois le mettre de côté. Ca ne sert à rien de ruminer et de vouloir à tout prix le modifier. C'est le présent que tu vis, concentre-toi sur maintenant car aujourd'hui celui qui partage ta vie est bien mieux que les deux garçons qui sont venus polluer tes rêves. Il est celui qui te convient et qui t'apporte ce dont tu as besoin."

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 02:31

Une déclaration poignante, réconfortante quand aucun mot ne peut soulager le mal...

 

A la mère de l'enfant mort

 

Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
            Qu'il est d'autres anges là -haut,
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change,
            Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ;

Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
            Une tente aux riches couleurs,
Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres
            Et d'étoiles qui sont des fleurs ;

Que c'est un lieu joyeux plus qu'on ne saurait dire,
            Où toujours, se laissant charmer,
On a les chérubins pour jouer et pour rire,
            Et le bon Dieu pour nous aimer ;

Qu'il est doux d'être un coeur qui brûle comme un cierge,
            Et de vivre, en toute saison,
Près de l'enfant Jésus et de la sainte Vierge
            Dans une si belle maison !

Et puis vous n'aurez pas assez dit, pauvre mère,
            A ce fils si frêle et si doux,
Que vous étiez à lui dans cette vie amère,
            Mais aussi qu'il était à vous ;

Que, tant qu'on est petit, la mère sur nous veille,
            Mais que plus tard on la défend ;
Et qu'elle aura besoin, quand elle sera vieille,
            D'un homme qui soit son enfant ;

Vous n'aurez point assez dit à cette jeune âme
            Que Dieu veut qu'on reste ici-bas,
La femme guidant l'homme et l'homme aidant la femme,
            Pour les douleurs et les combats ;

Si bien qu'un jour, ô deuil ! irréparable perte !
            Le doux être s'en est allé !... -
Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,
            Que votre oiseau s'est envolé !

                                   Avril 1843

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 12:28

C'est un livre qui m'a été proposé par Babelio et je les remercie. Ce n'est pas vraiment le genre de livre qui m'attire au premier abord car je préfère les thrillers mais puisqu'il était offert, comment refuser....

Les addictions, comment les définir ? Comment vivre avec ? Est-il si facile de s'en débarrasser ? A-t-on conscience de cette dépendance malveillante ? C'est un sujet que je ne connaissais pas, je ne côtoie personne qui en souffre donc je me suis laissée tenter par curiosité car la quatrième de couverture était intéressante :

 

Quatrième de couverture : L'un boit, l'autre sniffe, le troisième fornique à corps perdu. Les autres ne sont pas en reste. Tous sont addicts et se trouvent embarqués dans une thérapie de groupe d'un nouveau genre. Ils y trouveront ce qui n'était pas prévu : la polyaddiction. Ca secoue. Mais pas seulement : car ces ennemis de la vie ordinaire vont aussi découvrir dans le groupe l'entraide, l'amitié, et l'amour, le bel amour.

Comédie hilarante, portée par une écriture brillante et rythmée, ce roman s'empare d'un sujet de société contemporain, l'addiction, pour mieux le détourner : un conte moderne aussi réjouissant qu'immoral.

Abstinents s'abstenir.

 

Le premier chapitre est intitulé "les épaves". Très bon choix de titre, il résume bien les différents personnages du roman qui ne vivent que pour leur addiction. S'ils sont tout à fait conscients qu'elle les détruit, qu'elle les met en marge de la société, ils ne peuvent y résister, l'envie, le besoin, la souffrance est trop forte. Succomber encore et encore fait terriblement de bien sur le coup et permet de repartir du bon pied. Je félicite d'ailleurs l'auteure pour toutes ces descriptions très précises de ses héros, on arrive facilement à entrer dans la tête des personnages, à se mettre à leur place même si d'un point de vue extérieur, d'un abstinent, on se dit que nous aurions la force de nous battre davantage pour résister. L'addict sexuel fait particulièrement froid dans le dos, les mots utilisés sont crus, sauvages, violents, c'est même douloureux à lire mais c'était sûrement la volonté de l'auteure.

 

Clarisse, l'addictologue de tous ces patients décide de tenter un nouveau protocole : une thérapie de groupe où chacun pourra parler des ses problèmes librement. Les épaves se lancent dans l'aventure en se disant qu'ils n'ont rien à perdre. C'est là que les caractères de chacun entrent en scène. Il y a ceux qui s'étalent sur leurs souffrances, ceux qui se taisent, ceux qui critiquent et rabaissent, ceux qui se moquent, ceux qui encouragent et compatissent... Bref les premières séances se passent plutôt bien et elles sont intéressantes à lire.

 

Mais les progrès ne viennent pas assez vite, les patients s'impatientent, se découragent et retombent facilement dans leurs excès. Cependant quelque chose va les lier, l'entraide, une certaine amitié, la compréhension, l'empathie vont finalement leur permettre de fuir leur solitude et de communiquer davantage. A tel point qu'ils décident de monter un coup pour gagner une grosse somme d'argent qui sera utile à chacun...

 

Et je n'en dirai pas plus. J'ai vraiment apprécié les trois quarts du roman. On parvient à s'attacher aux personnages, à certains plus qu'à d'autres je l'admets, on a envie qu'ils s'en sortent, qu'ils trouvent la force, le courage de résister et d'aller de l'avant. On apprécie leurs échanges, les liens qui se créent entre eux tout doucement. Leur idée collective est surprenante, ça a été mon premier décrochage. Avec le recul cependant, je me dis que pour les personnages, elle est finalement tout à fait logique. Mais je dois avouer que la fin m'a un peu déçue et j'en suis désolée. D'autres lecteurs, je l'espère vivement, l'apprécieront sans doute mais pour moi ça n'a pas été le cas et c'est dommage car à nouveau j'ai beaucoup aimé les trois quarts du roman.

 

Extrait : En organisant la rencontre de mes buveurs et cocaïnomanes, mes sex-addicts et mes acheteuses compulsives, je les fais sortir de leur ghetto, et c'est urgent car ce ghetto est leur honte, et cette honte est ce qui les précipite dans leur descente aux Enfers. Mon credo : tous les addicts qui décident de participer à un groupe de parole ont déjà touché le fond et sont prêts pour l'aventure de l'abstinence. Ils ont tous des stratégies. Toutes sont différentes. Leur entraide sera du jamais-vu. Moi, je les mets en synergie. J'attends des résultats époustouflants. Je prévois des réticences hiérarchiques, je sais qu'il va falloir bousculer les habitudes de notre petit milieu pris dans le formol, mais je suis prête. Convaincue que le résultat sera au rendez-vous.

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 01:20

Un long et déchirant poème vous attend ici, je me suis autorisée à faire quelques coupures. N'hésitez pas à le lire en entier, il est bouleversant... Bonne découverte !

 

Melancholia

 

Écoutez. Une femme au profil décharné,
Maigre, blême, portant un enfant étonné,
Est là qui se lamente au milieu de la rue.
La foule, pour l'entendre, autour d'elle se rue.
Elle accuse quelqu'un, une autre femme, ou bien
Son mari. Ses enfants ont faim. Elle n'a rien.
Pas d'argent. Pas de pain. A peine un lit de paille.
L'homme est au cabaret pendant qu'elle travaille.
Elle pleure, et s'en va. Quand ce spectre a passé,
Ô penseurs, au milieu de ce groupe amassé,
Qui vient de voir le fond d'un cœur qui se déchire,
Qu'entendez-vous toujours ? Un long éclat de rire.

Cette fille au doux front a cru peut-être, un jour,
Avoir droit au bonheur, à la joie, à l'amour.
Mais elle est seule, elle est sans parents, pauvre fille !
Seule ! — N'importe ! elle a du courage, une aiguille,
Elle travaille, et peut gagner dans son réduit,
En travaillant le jour, en travaillant la nuit,
Un peu de pain, un gîte, une jupe de toile.
Le soir, elle regarde en rêvant quelque étoile,
Et chante au bord du toit tant que dure l'été.
Mais l'hiver vient. Il fait bien froid, en vérité,
Dans ce logis mal clos tout en haut de la rampe ;
Les jours sont courts, il faut allumer une lampe ;
L'huile est chère, le bois est cher, le pain est cher.
Ô jeunesse ! printemps ! aube ! en proie à l'hiver !
La faim passe bientôt sa griffe sous la porte,
Décroche un vieux manteau, saisit la montre, emporte
Les meubles, prend enfin quelque humble bague d'or ;
Tout est vendu ! L'enfant travaille et lutte encor ;
Elle est honnête ; mais elle a, quand elle veille,
La misère, démon, qui lui parle à l'oreille.
L'ouvrage manque, hélas ! cela se voit souvent.
Que devenir ! Un jour, ô jour sombre ! elle vend
La pauvre croix d'honneur de son vieux père, et pleure.
Elle tousse, elle a froid. Il faut donc qu'elle meure !
A dix-sept ans ! grand Dieu ! mais que faire ?... — Voilà
Ce qui fait qu'un matin la douce fille alla
Droit au gouffre, et qu'enfin, à présent, ce qui monte
À son front, ce n'est plus la pudeur, c'est la honte.
Hélas, et maintenant, deuil et pleurs éternels !
C'est fini. Les enfants, ces innocents cruels,
La suivent dans la rue avec des cris de joie.
Malheureuse ! elle traîne une robe de soie,
Elle chante, elle rit... ah ! pauvre âme aux abois !
Et le peuple sévère, avec sa grande voix,
Souffle qui courbe un homme et qui brise une femme,
Lui dit quand elle vient : « C'est toi ? Va-t-en, infâme !

 

[...]

 

Le pesant chariot porte une énorme pierre ;
Le limonier, suant du mors à la croupière,
Tire, et le roulier fouette, et le pavé glissant
Monte, et le cheval triste à le poitrail en sang.
Il tire, traîne, geint, tire encore et s'arrête.
Le fouet noir tourbillonne au-dessus de sa tête ;
C'est lundi ; l'homme hier buvait aux Porcherons
Un vin plein de fureur, de cris et de jurons ;
Oh ! quelle est donc la loi formidable qui livre
L'être à l'être, et la bête effarée à l'homme ivre !
L'animal éperdu ne peut plus faire un pas ;
Il sent l'ombre sur lui peser ; il ne sait pas,
Sous le bloc qui l'écrase et le fouet qui l'assomme,
Ce que lui veut la pierre et ce que lui veut l'homme.
Et le roulier n'est plus qu'un orage de coups
Tombant sur ce forçat qui traîne les licous,
Qui souffre et ne connaît ni repos ni dimanche.
Si la corde se casse, il frappe avec le pied ;
Et le cheval, tremblant, hagard, estropié,
Baisse son cou lugubre et sa tête égarée ;
On entend, sous les coups de la botte ferrée,
Sonner le ventre nu du pauvre être muet ;
Il râle ; tout à l'heure encore il remuait,
Mais il ne bouge plus, et sa force est finie.
Et les coups furieux pleuvent ; son agonie
Tente un dernier effort ; son pied fait un écart,
Il tombe, et le voilà brisé sous le brancard ;
Et, dans l'ombre, pendant que son bourreau redouble,
Il regarde quelqu'un de sa prunelle trouble ;
Et l'on voit lentement s'éteindre, humble et terni,
Son œil plein des stupeurs sombres de l'infini,
Où luit vaguement l'âme effrayante des choses.

Hélas !

[...]

 

Les carrefours sont pleins de chocs et de combats.
Les multitudes vont et viennent dans les rues.
Foules ! sillons creusés par ces mornes charrues,
Nuit, douleur, deuil ! champ triste où souvent a germé
Un épi qui fait peur à ceux qui l'ont semé !
Vie et mort ! onde où l'hydre à l'infini s'enlace !
Peuple océan jetant l'écume populace !
Là sont tous les chaos et toutes les grandeurs ;
Là, fauve, avec ses maux, ses horreurs, ses laideurs,
Ses larves, désespoirs, haines, désirs, souffrances,
Qu'on distingue à travers de vagues transparences,
Ses rudes appétits, redoutables aimants,
Ses prostitutions, ses avilissements,
Et la fatalité des mœurs imperdables,
La misère épaissit ses couches formidables.
Les malheureux sont là, dans le malheur reclus.
L'indigence, flux noir, l'ignorance, reflux,
Montent, marée affreuse, et parmi les décombres,
Roulent l'obscur filet des pénalités sombres.
Le besoin fuit le mal qui le tente et le suit,
Et l'homme cherche l'homme à tâtons ; il fait nuit ;
Les petits enfants nus tendent leurs mains funèbres ;
Le crime, antre béant, s'ouvre dans ces ténèbres ;
Le vent secoue et pousse, en ses froids tourbillons,
Les âmes en lambeaux dans les corps en haillons ;
Pas de cœur où ne croisse une aveugle chimère.
Qui grince des dents ? L'homme. Et qui pleure ? La mère.
Qui sanglote ? La vierge aux yeux hagards et doux.
Qui dit :  J'ai froid ? L'aïeule. Et qui dit : J'ai faim ? Tous !
Et le fond est horreur, et la surface est joie.
Au-dessus de la faim, le festin qui flamboie,
Et sur le pâle amas des cris et des douleurs,
Les chansons et le rire et les chapeaux de fleurs !
Ceux-là sont les heureux. Ils n'ont qu'une pensée :
A quel néant jeter la journée insensée ?
Chiens, voitures, chevaux ! cendre au reflet vermeil !
Poussière dont les grains semblent d'or au soleil !
Leur vie est aux plaisirs sans fin, sans but, sans trêve,
Et se passe à tâcher d'oublier dans un rêve
L'enfer au-dessous d'eux et le ciel au-dessus.
Quand on voile Lazare, on efface Jésus.
Ils ne regardent pas dans les ombres moroses.
Ils n'admettent que l'air tout parfumé de roses,
La volupté, l'orgueil, l'ivresse et le laquais
Ce spectre galonné du pauvre, à leurs banquets.
Les fleurs couvrent les seins et débordent des vases.
Le bal, tout frissonnant de souffles et d'extases,
Rayonne, étourdissant ce qui s'évanouit ;
Éden étrange fait de lumière et de nuit.
Les lustres aux plafonds laissent pendre leurs flammes,
Et semblent la racine ardente et pleine d'âmes
De quelque arbre céleste épanoui plus haut.
Noir paradis dansant sur l'immense cachot !
Ils savourent, ravis, l'éblouissement sombre
Des beautés, des splendeurs, des quadrilles sans nombre,
Des couples, des amours, des yeux bleus, des yeux noirs.
Les valses, visions, passent dans les miroirs.
Parfois, comme aux forêts la fuite des cavales,
Les galops effrénés courent ; par intervalles,
Le bal reprend haleine ; on s'interrompt, on fuit,
On erre, deux à deux, sous les arbres sans bruit ;
Puis, folle, et rappelant les ombres éloignées,
La musique, jetant les notes à poignées,
Revient, et les regards s'allument, et l'archet,
Bondissant, ressaisit la foule qui marchait.
Ô délire ! et d'encens et de bruit enivrées,
L'heure emporte en riant les rapides soirées,
Et les nuits et les jours, feuilles mortes des cieux.
D'autres, toute la nuit, roulent les dés joyeux,
Ou bien, âpre, et mêlant les cartes qu'ils caressent,
Où des spectres riants ou sanglants apparaissent,
Leur soif de l'or, penchée autour d'un tapis vert,
Jusqu'à ce qu'au volet le jour bâille entr'ouvert,
Poursuit le pharaon, le lansquenet ou l'hombre ;
Et, pendant qu'on gémit et qu'on frémit dans l'ombre,
Pendant que les greniers grelottent sous les toits,
Que les fleuves, passants pleins de lugubres voix,
Heurtent aux grands quais blancs les glaçons qu'ils charrient,
Tous ces hommes contents de vivre, boivent, rient,
Chantent ; et, par moments, on voit, au-dessus d'eux
Deux poteaux soutenant un triangle hideux
Qui sortent lentement du noir pavé des villes... —

Ô forêts ! bois profonds ! solitudes ! asiles !
                                   Paris, juillet 1838.

 

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 01:17

Quand comptes-tu t'en aller ? Cela fait huit mois que tu envahis mon corps, mon coeur, ma tête. Pour qui te prends-tu ? Tu n'as pas le droit de pourrir mon existence de la sorte. Je n'ai rien fait de mal, rien ne justifie ta présence, je n'ai rien à me reprocher. Je suis une femme aimante avec des valeurs justes, une enseignante efficace qui prend soin de ses élèves et les encourage à progresser, je suis altruiste et empathique, je partage, j'aime la compagnie des autres, je fais ce qui me semble juste et je me bats contre les injustices.

Je n'ai pas mérité ce qui m'arrive, tu n'as aucun droit de venir polluer mon être, mon atmosphère. Tu n'es pas la bienvenue. Si encore, tu me disais la raison de ta présence ! On pourrait en discuter, trouver ensemble une solution pour nous soulager mais non, tu t'incrustes, tu plantes ta tente, tes sardines acérées dans mon coeur, dans ma gorge tu me laisses souffrir depuis des mois et tu te tais.

Ni le yoga, ni la relaxation, ni l'acupuncture, ni les médicaments homéopathiques, ni la psychothérapie ne révèlent le pourquoi de ta présence. Que faire ? Me shooter aux médocs, être une de plus sur la longue liste des gens qui absorbent antidépresseurs, anxiolytiques pour aller bosser et tenir le coup ?

Si j'ai fait quelque chose de mal, si je n'ai pas digéré quelque chose, si j'ai peur ou si j'angoisse pour quelque chose, il suffit de me le dire, donne-moi des pistes de travail, montre-toi moins vicieuse, efface-toi de temps en temps pour me dire si je suis sur la bonne voie.

Faire semblant d'être heureuse, sourire, rassurer, tout cela m'épuise. Et pourtant j'y arrive, je donne le change et parfois même ça me fait du bien, car alors je ne pense pas à toi, je ne te sens plus brûler ma gorge et serrer mon coeur. Je crois alors que je t'ai vaincue, je reprends espoir. Mais ce n'était qu'une bataille, tu prends ta revanche à chaque fois. Je fléchis sous tes assauts, je me dis souvent que tu es plus forte que moi, que mon inconscient me domine en m'aveuglant, que se battre encore et encore ne sert à rien. Les témoignages de mes proches, les sourires, les mots de soutien, les surprises de mon mari, les ronronnements et les câlins de mes chats m'aident sur le moment mais ils disparaissent sous ton emprise.

J'ai le droit d'être heureuse !

Je veux à nouveau être cette jeune femme dynamique, pleine de vie, qui offrait ses sourires et ses plaisanteries, qui faisait son boulot avec plaisir et envie, qui invitait des amis, des proches pour faire la fête à la maison et leur concoctait un menu sympa parce que j'aimais cuisiner et goûter de bonnes choses. Je veux être moi, pleinement moi. J'étais parfois dure avec moi-même mais je savais aussi me féliciter et mettre en valeur mes qualités.

Tu m'as attaquée à un moment de ma vie où tout allait pour le mieux. Est-ce là le problème ? Je n'ai pas le droit d'être pleinement heureuse et de savourer le fruit de mes combats ? Je n'ai pas le droit d'être une épouse comblée, une enseignante félicitée, une fille, une soeur, une amie, une collègue appréciées ? Je ne suis pas autorisée à me sentir bien dans mes baskets ? Le bonheur me fait-il peur ? Ai-je l'angoisse de tout perdre ? Est-ce que mes initiatives, mes luttes pour arriver à cela m'ont épuisée et que maintenant j'en paie le prix ? J'ai relevé tous les défis, je me suis relevée à chaque défaite, je n'ai jamais baissé les bras et pourtant aujourd'hui je plie, je subis, je n'ai plus confiance en moi. Je ne me reconnais plus.

J'aimerais reprendre le boulot mais j'ai si peur de trébucher et de ne plus me relever. Comment s'occuper de vingt-cinq enfants quand on a du mal à se gérer soi-même ? Comment leur donner l'envie de se battre pour progresser quand on n'y arrive pas ? Comment prendre le temps de se soigner, de comprendre ce qui se passe dans notre tête quand on vous refuse un congé longue maladie, qu'on vous verse un demi-salaire qui vous culpabilise encore plus et qu'on vous dit : "prenez des médocs et retournez bosser !"

Je sais bien que je m'entraîne dans une spirale nauséabonde. Mes doutes, mes peurs, mon manque de confiance, ma démotivation sont mes ennemis. Je suis la proie d'idées noires qui se multiplient et me tirent vers le fond. Elles me noient dans mon propre corps. Je nage à contre-courant, j'hyper ventile pour mieux m'étouffer, je culpabilise pour mieux m'étrangler.

Et pourtant je me bats encore. Je refuse de me suicider parce que je ne veux pas faire du mal à mon entourage, je ne veux pas prendre de médocs parce que j'espère un rayon de soleil qui illuminerait la voie que je dois emprunter, le ring du combat que je dois mener, je mets en application les conseils que l'on me donne en me disant que ça finira par payer. J'attends, j'attends encore et j'espère.

Sinon j'avalerai des médicaments mais pour combien de temps ?

Je rage de te vaincre, je m'adonne au sport pour expulser ma colère, je médite pour accepter ta vile présence et te combattre de l'intérieur aussi sournoisement que toi. La patience devient petit à petit mon amie, je dois t'accueillir pour mieux te cerner et comprendre ce qui te déclenche, il me faut avancer avec toi plutôt que reculer devant toi et te laisser prendre toute la place. Un état d'esprit totalement nouveau s'offre à moi : lâcher prise, respirer, me détendre, libérer mon esprit, relativiser, ne plus penser négativement, toujours rechercher le positif, ne pas envisager l'avenir mais le laisser venir, être dans le présent, ne pas ruminer le passé, ne penser qu'à moi, m'offrir des moments de zénitude absolue, me poser, oublier... C'est ainsi que je me retrouverai, doucement, sereinement, calmement, paisiblement, alors tu n'auras plus ta place et tu t'en iras.

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Published by Satine - dans prose
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