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Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 02:18

Voilà un poème que j'ai réellement trouvé intéressant, merci à Marie-Laure de me l'avoir fait découvrir. Ses auteurs sont Kim et Alison McMillen, elles l'ont rédigé en 2001...

Bonne lecture et bonne thérapie en même temps...

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris qu’en toutes circonstances,
j’étais à la bonne place, au bon moment.
Et alors, j’ai pu me relaxer.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle …
l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle
n’étaient rien d’autre qu’un signal
lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.
Aujourd’hui je sais que cela s’appelle …
l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de vouloir une vie différente
et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive
contribue à ma croissance personnelle.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appel
le… la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à percevoir l’abus
dans le fait de forcer une situation ou une personne,
dans le seul but d’obtenir ce que je veux,
sachant très bien que ni la personne ni moi-même
ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…
Aujourd’hui, je sais que cel
a s’appelle… le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire,
personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie.
Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme.
Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle…
l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé d’avoir peur du temps libre
et j’ai arrêté de faire de grands plans,
j’ai abandonné les méga-projets du futur.
Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime
quand cela me plaît et à mon rythme.
Aujourd’hui, je sais que cela s
’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison,
et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.
Aujourd’hui, j’ai découvert …
l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.
Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.
Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois.
Et cela s’appell
e… la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai,
j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.
Mais si je la mets au service de mon cœur,
elle devient une alliée très précieuse !
Tout ceci, c’est…
le Savoir vivre.

Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter.
Du chaos naissent des étoi
les.

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Published by Satine - dans vague à l'âme
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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 00:34

Je sors juste de la séance et dès la moitié du film je savais que j'allais écrire un article dessus. Des mots dans ma tête se chevauchaient, se bagarraient pour chercher la justesse, pour être à la hauteur des messages, des sentiments, de l'explosion de vies que j'avais sous les yeux. Un phénomène rare pour moi car j'écris peu sur les films ; j'aime parfois juste retranscrire quelques citations, quelques dialogues qui m'ont marquée ou touchée mais là c'est de l'oeuvre entière dont je veux parler.

Quel film !

Quelles tranches de vies !

Une famille.

Pas la vôtre, pas la mienne, une mère, des frères, une soeur, une épouse.

Et pourtant, on vit avec eux et on les voit se déchirer, on les entend s'aimer et se détester, on est en chacun d'eux. On se retrouve là dans cette maison, dans ce huis clos oppressant, asphyxiant, en spectateur bousculé, en réalisateur voyeur, en scénariste patient. Les gros plans constants sur les visages nous invitent à être de la famille, les disputes, les agressions nous obligent à prendre nos distances et les longs silences qui font tant de bien font aussi tant de mal.

Il ne faut pas omettre ces dialogues à deux, ces conversations discrètes, secrètes. Ce long et calme échange entre la mère et le fils si inoubliable, si lourd de sens qui s'oppose à la tension entre les frères.

Une famille et pourtant seuls les deux étrangers se comprennent, s'allient presque, se défendent et s'apprécient parce qu'ils se ressemblent, parce qu'ils sont à l'écart, parce qu'ils sont discrets. Quant aux autres, ceux qui se connaissent, se côtoient, il n'y a pas d'entente possible, pas d'écoute, aucune compréhension, une surenchère constante de mots, de phrases, d'insultes.

La brutalité face à la passivité, le flot de paroles face à trois mots, l'agressivité face à la retenue.

Et moi dans tout ce bruit, moi qui suis elle, lui, moi qui ai envie de crever l'abcès mais qui ne peux pas, moi qui ne sais pas mais qui veux savoir ou pas, moi qui n'ai plus. L'absence est lourde, pesante, invalidante, culpabilisante mais elle était nécessaire. Doit-elle l'être encore ?

Et cette attente tout le long du film qui pèse sur les épaules de chacun des personnages, ce besoin de comprendre ou de dire qui humidifie les regards, crispe les sourires et les corps de plus en plus. Les acteurs sont bluffants, une réelle performance pour chacun d'entre eux. Ils nous transmettent tant d'émotions par leurs regards, leurs postures, leurs respirations. Il n'y a pas besoin de parler, il n'y a qu'à être.

Purée, ce film fait mal et pourtant il fera du bien parce qu'il est une image de tout ce qu'on se cache, comme une caméra sous un voile, un trou de serrure dans nos vies. Il vous chuchote : "regardez ce que vos décisions, ce que vos mots, ce que vos silences provoquent chez l'un, chez l'autre."

Et puis qu'est-ce qu'une famille ? Comment chaque membre y évolue, y survit ?

Que dire ? Quand le dire ? Comment le dire ? Faut-il le dire ? Pourquoi le dire ?

Simplement écoutons-nous, parlons ensemble, communiquons. Parce qu'il vaut mieux lancer un petit pétard qui démange que laisser s'installer une bombe à retardement qui provoquera des ravages.

Cessons les faux-semblants et commençons par être vrais.

Stoppons les silences de politesse, les sourires de façade et mettons nos sentiments sur la table pour comprendre et être compris, pour ne plus être finalement des étrangers sous un même toit.

Bref un très bon film sur le poids des non-dits, la lourdeur des silences...

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Published by Satine - dans Extraits cinéma
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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 02:28

Insidieusement tu t'es emparée de moi

Alors qu'il n'y avait rien de sombre dans mon aura ;

Pourquoi viens-tu perturber un si bel équilibre :

Amour sincère, métier apprécié, joie de vivre ?

Fourbe, tu m'entraînes dans les bas fonds,

Tu me laisses m'y noyer, je m'y morfonds,

Je ne suis plus qu'une fontaine à larmes,

Je suis démunie, vide, triste, sans arme.

J'exècre cet oursin au fond de ma gorge,

Rien ne l'élimine, rien ne le déloge,

Il s'ancre davantage chaque jour qui passe,

Il me terrorise, m'humilie, me menace.

J'ai beau combattre, il m'étouffe sournoisement,

Chaque sourire est balayé instinctivement,

Chaque rire se bloque automatiquement,

Chaque bonheur est démoli effrontément.

J'ai si honte de cette soudaine faiblesse

Qui me pousse à l'inertie, à la paresse,

Je ne sens plus capable de rien,

Tout m'effraie y compris mon quotidien.

Pourquoi inviter des amis à la maison ?

Le repas sera loupé, rien ne sera bon.

C'est plus simple de refuser toutes les sorties :

Quelle horreur de pleurer comme une petite fille.

Comment expliquer aux autres ce qui m'arrive

Quand moi-même je ne le comprends pas ?

Comment lutter contre cette dérive

Quand j'ignore contre quoi mener mon combat ?

On me demande de rester dans le présent,

D'accepter cette épreuve que mon corps ressent,

Mon inconscient a pris le contrôle de mon être,

Seule la patience me fera réapparaître.

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Published by Satine - dans vague à l'âme
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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 07:23

Un petit sujet de philo : à quoi sert le mot ? Votre professeur sera l'illustre Victor Hugo, qui mieux que lui pour en parler ?

Puis pour bien reposer votre cerveau après cette longue discussion, un petit peu de printemps avant l'automne...

Bonne lecture

Suite

Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant ;
La plume, qui d'une aile allongeait l'envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d'où venu,
Face de l'invisible, aspect de l'inconnu ;
Créé, par qui ? forgé, par qui ? jailli de l'ombre ;
Montant et descendant dans notre tête sombre,
Trouvant toujours le sens comme l'eau le niveau ;
Formule des lueurs flot
tantes du cerveau.


Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
Le mot veut, ne veut pas, accourt, fée ou bacchante,
S'offre, se donne ou fuit ; devant Néron qui chante
Ou Charles-Neuf qui rime, il recule hagard ;
Tel mot est un sourire, et tel autre un regard ;
De quelque mot profond tout homme est le disciple ;
Toute force ici-bas à le mot pour multiple ;
Moulé sur le cerveau, vif ou lent, grave ou bref,
Le creux du crâne humain lui donne son relief ;
La vieille empreinte y reste auprès de la nouvelle ;
Ce qu'un mot ne sait pas, un autre le révèle ;
Les mots heurtent le front comme l'eau le récif ;
Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes ;
Comme en un âtre noir errent des étincelles,
Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous ;
Les mot
s sont les passants mystérieux de l'âme.

Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme ;
Chacun d'eux du cerveau garde une région ;
Pourquoi ? c'est que le mot s'appelle Légion ;
C'est que chacun, selon l'éclair qui le traverse,
Dans le labeur commun fait une oeuvre diverse ;
C'est que, de ce troupeau de signes et de sons
Qu'écrivant ou parlant, devant nous nous chassons,
Naissent les cris, les chants, les soupirs, les harangues ;
C'est que, présent partout, nain caché sous les langues,
Le mot tient sous ses pieds le globe et l'asservit ;
Et, de même que l'homme est l'animal où vit
L'âme, clarté d'en haut par le corps possédée,
C'est que Dieu fait d
u mot la bête de l'idée.

[...]

Jersey, octobre 1854.

Premier mai

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants.
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !
Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les ch
ênes mouvants
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

Saint-Germain, 1er mai 18...

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 13:33

Ma soeur Michèle et mon beau-frère Fabrice ont fêté leurs 40 ans ce weekend. Du coup je leur ai concocté une p'tite chanson, parodiant l'oeuvre de Teri Moïse "Dans les poèmes de Michèle", histoire de faire rire les convives. Ma soeur et mon beauf' sont des fêtards, ils aiment recevoir du monde à la maison, sortir, faire la fête, vivre quoi donc j'ai exagéré un peu leur vie tumultueuse. Leurs deux enfants ont joué aussi le jeu et ont mimé les paroles pour que ce soit encore plus drôle...

Michèl' , Fabric'

Vous fêtez aujourd'hui vos quarant' ans

Plus jeun' , plus liss'

Vos visag' se flétriss' sous le poids des ans

Ca coût' cher, un bras

Pour fair' un bon lifting et changer

Refrain :

Dans les soirées chez Michèl'

Les bouteilles rend' bell'

Viv' l'alcool, l'alcool, l'alcool

C'est lorsque l'on se couch'

Que tout devient trop louch'

C'est pas d'bol, pas d'bol, pas d'bol

Fabric' est trist'

La cav' à vin se vid' mêm' si il résist'

Amis, famill'

Sont des vorac' qui picol' toute la nuit

C' qu'il faut, c'est sûr

C'est déménager loin, très loin

Refrain 2 :

Dans les dîners chez Fabric'

Les fronts, les yeux se pliss'

C'est trop dur, trop dur, trop dur

Se lever et marcher

Just' pour aller pisser

Sur les murs, les murs, les murs

Avec ces mots si drôl'

Vous n' devez rien changer, changer

Refrain 3 :

Quand chez Fabric' et Michèl'

Il nous pousse des ail'

Faut voler, voler, voler

C'est quand on atterrit

Qu'on s' couche dans nos lits

Pour rêver, rêver, rêver

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Published by Satine - dans parodies
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 03:29

Un très long poème vous attend, j'ai dû le couper un peu pour ne pas vous démotiver d'avance... Courage, il en vaut la peine, vous avez bien quelques minutes à perdre pour la beauté de la langue non ?

Réponse à un acte d'accusation

Donc, c'est moi qui suis l'ogre et le bouc émissaire.
[..
.]

J'en conviens, oui, je suis cet abominable homme ;
Et, quoique, en vérité, je pense avoir commis
D'autres crimes encor que vous avez omis,
Avoir un peu touché les questions obscures,
Avoir sondé les maux, avoir cherché les cures,
De la vieille ânerie insulté les vieux bâts,
Secoué le passé du haut jusques en bas,
Et saccagé le fond tout autant que la forme,
Je me borne à ceci : je suis ce monstre énorme,
Je suis le démagogue horrible et débordé,
Et le dévastateur du viei
l A B C D ;
Causons.

Quand je sortis du collège, du thème,
Des vers latins, farouche, espèce d'enfant blême
Et grave, au front penchant, aux membres appauvris,
Quand, tâchant de comprendre et de juger, j'ouvris
Les yeux sur la nature et sur l'art, l'idiome,
Peuple et noblesse, était l'image du royaume ;
La poésie était la monarchie ; un mot
Etait un duc et pair, ou n'était qu'un g
rimaud ;
[...]

Alors, brigand, je vins ; je m'écriai : Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière ?
Et sur l'Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l'encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l'essaim blanc des idées ;
Et je dis : Pas de mot où l'idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d'azur !
Discours affreux ! – Syllepse, hypallage, litote,
Frémirent ; je montai sur la borne Aristote,
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.
[...]
Force mots, pa
r Restaut peignés tous les matins,

Et de Louis-Quatorze ayant gardé l'allure,
Portaient encor perruque ; à cette chevelure
La Révolution, du haut de son beffroi,
Cria : "Transforme-toi ! c'est l'heure. Remplis-toi
"De l'âme de ces mots que tu tiens prisonnière !"
Et la perruque alors rugit, et fut crinière.
Liberté ! c'est ainsi qu'en nos rébellions,
Avec des épagneuls nous fîmes des lions,
Et que, sous l'ouragan maudit que nous soufflâmes,
Toutes sortes de mots se couvrirent de flammes.
J'affichai sur Lhomond des proclamations.
On y lisait : " - Il faut que nous en finissions !
"Au panier les Bouhours, les Batteux, les Brossettes !
"À la pensée humaine ils ont mis les poucettes.
"Aux armes, prose et vers ! formez vos bataillons !
"Voyez où l'on en est : la strophe a des bâillons !
"L'ode a les fers aux pieds, le drame est en cellule.
"Sur le Racine mort le Campistron pullule !"
Boileau grinça des dents ; je lui dis : Ci-devant,
Silence ! et je criai dans la foudre et le vent :
Guerre à la
rhétorique et paix à la syntaxe !
[...]

On les vit déterrer le songe d'Athalie ;
Ils jetèrent au vent les cendres du récit
De Théramène ; et l'astre Institut s'obscurcit.
Oui, de l'ancien régime ils ont fait tables rases,
Et j'ai battu des mains, buveur du sang des phrases,
Quand j'ai vu, par la strophe écumante et disant
Les choses dans un style énorme et rugissant,
L'Art poétique pris au collet dans la rue,
Et quand j'ai vu, parmi la foule qui se rue,
Pendre, par tous les mots que le bon goût proscrit,
La lettre aristocrate à la lanterne esprit.
Oui, je suis ce Danton ! je suis ce Robespierre !
J'ai, contre le mot noble à la longue rapière,
Insurgé le vocable ignoble, son valet,
Et j'ai, sur Dangeau mort, égorgé Richelet.
Oui, c'est vrai, ce sont là quelques-uns de mes crimes.
J'ai pris et démoli la bastille des rimes.
J'ai fait plus : j'ai brisé tous les carcans de fer
Qui liaient le mot peuple, et tiré de l'enfer
Tous les vieux mots damnés, légions sépulcrales ;
J'ai de la périphrase écrasé les spirales,
Et mêlé, confondu, nivelé sous le ciel
L'alphabet, sombre tour qui naquit de Babel ;
Et je n'ignorais pas que la main co
urroucée
Qui délivre le mot, délivre la pensée.

L'unité, des efforts de l'homme est l'attribut.
Tout est la même flèche et frappe au même bu
t.

Donc, j'en conviens, voilà, déduits en style honnête,
Plusieurs de mes forfaits, et j'apporte ma tête.
Vous devez être vieux, par conséquent, papa,
Pour la dixième fois j'en
fais mea culpa.
Oui, si Beauzée est dieu, c'est vrai, je suis athée.
La langue était en ordre, auguste, époussetée,
Fleurs de lys d'or, Tristan et Boileau, plafond bleu,
Les quarante fauteuils et le trône au milieu ;
Je l'ai troublée, et j'ai, dans ce salon illustre,
Même un peu cassé tout ; le mot propre, ce rustre,
N'était que caporal : je l'ai fait colonel ;
J'ai fait un jacobin du pronom personnel,
Du participe, esclave à la tête blanchie,
Une hyène, et du verbe une hydre d'anarchie.
Vous tenez le reum confitentem. Tonnez !
J'ai dit à la narine : Eh mais ! tu n'es qu'un nez !
J'ai dit au long fruit d'or : Mais tu n'es qu'une poire !
J'ai dit à Vaugelas : Tu n'es qu'une mâchoire !
J'ai dit aux mots : Soyez république ! soyez
La fourmilière immense, et travaillez ! croyez,
Aimez, vivez ! – J'ai mis tout en branle, et, morose,
J'ai jeté le vers noble a
ux chiens noirs de la prose.
[...]

Tous les mots à présent planent dans la clarté.
Les écrivains ont mis la langue en liberté.
Et, grâce à ces bandits, grâce à ces terroristes,
Le vrai, chassant l'essaim des pédagogues tristes,
L'imagination, tapageuse aux cent voix,
Qui casse des carreaux dans l'esprit des bourgeois ;
La poésie au front triple, qui rit, soupire
Et chante, raille et croit ; que Plaute et que Shakespeare
Semaient, l'un sur la plebs, et l'autre su
r le mob ;
[...]

Grâce à toi, progrès saint, la Révolution
Vibre aujourd'hui dans l'air, dans la voix, dans le livre.
Dans le mot palpitant le lecteur la sent vivre.
Elle crie, elle chante, elle enseigne, elle rit.
Sa langue est déliée ainsi que son esprit.
Elle est dans le roman, parlant tout bas aux femmes.
Elle ouvre maintenant deux yeux où sont deux flammes,
L'un sur le citoyen, l'autre sur le penseur.
Elle prend par la main la Liberté, sa sœur,
Et la fait dans tout homme entrer par tous les pores.
Les préjugés, formés, comme les madrépores,
Du sombre entassement des abus sous les temps,
Se dissolvent au choc de tous les mots flottants
Pleins de sa volonté, de son but, de son âme.
Elle est la prose, elle est le vers, elle est le drame ;
Elle est l'expression, elle est le sentiment,
Lanterne dans la rue, étoile au firmament.
Elle entre aux profondeurs du langage insondable ;
Elle souffle dans l'art, porte-voix formidable ;
Et, c'est Dieu qui le veut, après avoir rempli
De ses fiertés le peuple, effacé le vieux pli
Des fronts, et relevé la foule dégradée,

Et s'être faite droit, elle se fait idée !

Paris, janvier 1834.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 00:55

Le livre de poche de la collection Folio théâtre que j'ai acheté est plus que complet. Il débute par une longue préface d'Yves Bonnefoy qui analyse certaines parties de l'histoire à l'aide d'autres de Shakespeare. Le roman, quant à lui est bilingue ici : l'oeuvre originale à gauche, l'oeuvre traduite en français par Bonnefoy à droite. Ceci est très intéressant d'ailleurs car on se demande d'abord pourquoi les vers en français ont cette coupe un peu aléatoire, mais on se rend compte qu'elle est identique en anglais et que ce n'est pas à cause des rimes car il n'y en a pas. Un dossier complet finit le livre, Bonnefoy y relate la bibliographie de Shakespeare, les sources et références ainsi que de nombreuses notes sur les représentations de la pièce à l'époque de Shakespeare mais aussi sur les choix des traductions qu'il a faits.

Résumé : L'ancien duc de Milan Prospéro et sa petite fille ont été exilés sur une île déserte. Prospéro a été trahi par son propre frère qui lui a volé son poste. Il survit pendant de nombreuses années sur cette île avec sa fille Miranda et un esprit Ariel doté de pouvoirs magiques. Prospéro va alors utiliser plusieurs sortilèges pour faire échouer le bateau transportant ses ennemis et les ramener sur l'île afin d'assouvir sa vengeance.

Cette histoire est plus qu'originale pour Shakespeare pour plusieurs raisons.

Si le terrible naufrage n'est pas une nouveauté puisqu'il a déjà été exploité dans "le soir des rois", il est ici bien plus malveillant, plus sombre car les rescapés se retrouvent sur une île déserte où ils doivent survivre, dispersés, pensant que les autres sont tous morts. C'est d'ailleurs un judicieux parallèle avec ce qui s'était passé des années auparavant pour Prospéro et sa fille Miranda.

Le rôle de la seule femme est ici mineure alors que bien souvent Shakespeare met les femmes de ses romans en avant.

La magie est employée dans toute sa splendeur, les sortilèges sont le sang de cette histoire. C'était le seul moyen pour Prospéro, perdu sur une île déserte, d'assouvir sa vengeance, de faire payer aux responsables son exil forcé avec sa fille. Par quel autre moyen aurait-il pu accéder aux vies humaines sur le bateau lointain pour leur tendre son piège machiavélique ?

Il est difficile au début de retrouver toute la beauté et la malice de Shakespeare. Mais plus on avance dans la lecture, plus les monologues deviennent subtils et beaux, certaines répliques sont vraiment drôles et dans mes choix pour les extraits ci-dessous j'ai essayé de vous mettre un joli panachage de ce qui m'a plu. J'ai trouvé que par rapport aux autres oeuvres lues, l'histoire mettait plus de temps à se mettre en place et à passionner le lecteur mais le milieu et la fin sont vraiment intéressants, donc soyez patients et laissez-vous sublimer par les pouvoirs de Prospéro. Bon spectacle !

Extraits :

Acte I Scène 2 :

Prospéro à Miranda :

Mon art, repose ici.

Et toi, essuie tes yeux, console-toi,

Car l'horrible spectacle de ce naufrage

Qui éveilla ta compassion, si vertueuse,

Mon art, ma clairvoyance l'ont réglé

Si précautionneusement que pas une âme

N'en a pâti ; et que sur ce vaisseau

Où l'on criait si fort et que tu vis sombrer

Personne n'a perdu pas même un cheveu.

Ton oncle, quand un jour il fut passé maître

Dans l'art de satisfaire ou de rejeter les requêtes,

Favorisant un tel, empêchant tel autre

De se pousser trop haut, eh bien, il fit siens mes hommes,

Il les changea, il en fit d'autres êtres,

Il eut la clef du clerc comme du bureau,

Il fit de tous les coeurs, partout dans l'Etat,

Les cordes de sa musique, bref, il devint

Li lierre qui couvrit mon tronc princier,

Et en tarit la sève...

[...]

Fais bien attention, je te prie !

Comme je négligeais les choses du monde,

Tout à cette retraite dont j'attendais

Le perfectionnement de mon esprit

Par cette science qui, d'être trop secrète,

Passe certes l'entendement des gens du commun,

J'éveillai dans mon frère, ce déloyal,

Sa mauvaise nature ; ma confiance même,

Comme celle d'un trop bon père, fit naître en lui

En sens inverse, une traîtrise égale

A cette fois qui n'avait pas de bornes,

Hélas, non, pas de bornes ! Et lui, le maître

Ainsi de tout, prérogatives, revenus,

Et qui mentait si bien qu'à force de mentir

Il corrompit sa mémoire elle-même

Qui l'assura qu'était vrai son mensonge,

Lui, donc, ne douta plus qu'il était le duc

Donc il avait les dehors, le pouvoir,

Et, ambitieusement, de plus en plus...

[...]

Miranda

Mais comment se fait-il

Qu'on ne nous ait pas tués, cette nuit-là ?

Prospéro

Bonne question, ma fille. Mon récit

Y incite, c'est sûr. Ils n'osèrent pas, mon aimée,

Mon peuple m'aimait trop. Ils se gardèrent

De teindre leur méfait de sang, ils voulurent peindre

Un horrible projet de belles couleurs,

Bref, ils nous ont jetés dans une barque

Et conduit à des lieues au large, où attendait

Par leurs soins un rafiot, coque pourrie,

Sans voilure, sans mâts, et que les rats même

Avaient abandonnée, d'instinct. Là ils nous laissèrent

A pleurer dans la mer qui, en retour,

Nous hurlait ses clameurs ; à gémir dans les vents

Dont la pitié, c'était de gémir de même

Mais sans trop nous secouer, comme avec amour.

Miranda

Las, quelle gêne

Je dus être pour vous !

Prospéro

Tu fus un ange,

C'est toi qui me sauvas. Tu souriais,

Forte d'une assurance venue des cieux,

Alors que moi j'agrémentais la mer

D'un supplément de sel avec les larmes

Que mon fardeau m'arrachait. C'est toi

Qui me mis coeur au ventre, qui me donnas

L'énergie d'affronter ce qui allait suivre.

Acte II Scène 1

Alonso

Tais-toi, de grâce ! Tes discours ne me sont de rien.

Gonzalo

J'en crois aisément Votre Grandeur. Et je ne parlais de la sorte que pour donner occasion de plaisanter à ces gentilshommes, qui ont la rate si sensible et primesautière que c'est leur habitude de rire à propos de rien.

Antonio

De rien, en effet, puisque c'est de vous que nous rions.

Gonzalo

De moi qui ne suis rien auprès de vous pour le persiflage, en effet. Si bien que vous pouvez continuer de rire à propos de rien.

Antonio

Voilà qui est porter un bon coup !

[...]

Ariel qui chante à l'oreille de Gonzalo

Pendant que tu dors ici

D'autres veillent, qui ont ourdi

Un complot contre ta vie.

Si tu tiens à ton existence

Réveille-toi, prends conscience.

Debout, debout !

Acte II Scène 2

Stéphano

Si tu es bien Trinculo, sors de là-dessous. Je vais te tirer par tes jambes les plus courtes... Si jambes de Trinculo il y a, il faut que ce soit celles-là. (Il le tire de sous le manteau) Trinculo ! Du pur Trinculo, ma parole ! Comment t'y es-tu pris pour te faire l'étron de ce rejeton de la lune ? Est-ce qu'il chierait des Trinculos ?

Acte III Scène 1

Ferdinand

Il est des exercices bien éprouvants

Mais dont pourtant la durée rehausse

Un plaisir qu'on y trouve ; des abaissements

Que l'on endure sans déchoir ; et d'extrêmes misères

Qui peuvent enrichir. Cette basse besogne

Me serait aussi accablante qu'odieuse

Si la maîtresse que je sers ne donnait vie

A la mort même, et ne transformait mon épreuve

En véritables délices.

[...]

Ferdinand

Miranda admirable ! La cime

De mon pouvoir d'admirer ! Miranda l'égale

De tout ce qui au monde a le plus de prix !

J'ai regardé bien des dames avec faveur,

Et bien des fois mon oreille trop prompte

S'est asservie à la musique de leur voix.

Pour diverses vertus j'ai aimé plusieurs femmes,

Jamais pourtant d'un coeur assez comblé

Pour ne pas voir que tel défaut, tel autre,

En combattraient, en désarmaient la grâce.

Mais vous, mais vous ! Parfaite, incomparable,

Vous êtes faite du meilleur de tous les êtres.

Miranda

Je n'en connais aucun autre.

D'aucun visage de femme je n'ai mémoire

Si ce n'est du mien, en miroir. Et je n'ai vu non plus

Aucun être que je puisse nommer un homme

Sauf vous, mon doux ami, et mon cher père.

A quoi ressemble-t-on ailleurs qu'ici,

Je n'en sais rien ; mais ma virginité

En soit témoin, qui est mon seul joyau,

Je ne voudrais d'autre compagnon, dans ce monde,

Que vous ; et je n'imagine aucune figure

Que je puisse aimer, sauf la vôtre... Mais j'ai parlé

Trop impulsivement, et j'en ai oublié

Les prescriptions de mon père.

Ferdinand

De mon état je suis prince, Miranda,

Et je crois même, bien à regret,

Que je suis roi maintenant ; et pas davantage

Fait pour souffrir cette corvée de bois

Que garder sur ma bouche la mouche à viande.

Mais écoute ce que mon âme te déclare.

Dès le premier instant où je t'ai vue

Mon coeur fut à tes pieds. C'est pour te servir

Qu'il m'y retient, ton esclave. Et c'est pour toi

Que je suis ce patient déplaceur de bûches.

Miranda

M'aimez-vous donc ?

Ferdinand

O ciel, ô terre, soyez témoins de ma parole

Et donnez-lui fortune aussi favorable

Que sa pensée est sincère ! Mentirais-je,

Que meurent mes plus hautes espérances !

Oui, je vous aime, je vous estime, je vous honore

Par-dessus tout ce qui existe au monde.

Miranda

Quelle folle je suis !

Pleurer à ce qui me fait tant plaisir !

Prospéro à part

Belle, heureuse rencontre

De coeurs de la qualité la plus rare !

Puisse le Ciel verser toutes ses grâces

Sur ce qui prend naissance entre ces deux êtres !

Acte IV Scène 1

Prospéro

Si j'ai châtié avec trop de rigueur,

Te voici bien dédommagé ! Car moi,

C'est un tiers de ma vie que je te donne,

Sinon sa raison d'être : bien, reçois-la

De mes mains, à nouveau. Toutes ces vexations

N'étaient que pour sonder ton amour, et tu as

Supporté l'épreuve à merveille. Devant le Ciel

Je te confirme donc mon précieux présent.

Oh, Ferdinand,

Ne souris pas que j'aie tant de fierté d'elle !

Tu le découvriras, Miranda passe toutes louanges,

Sa perfection les essouffle.

Acte V Scène 1

Prospéro

Mon entreprise en est à son point critique,

Car mes charmes ne flanchent pas ; et les esprits

M'obéissent ; et le temps porte son fardeau

Sans broncher... Où en est-il, le temps ?

[...]

Ariel

[...] Le roi de Naples

Et son frère et le vôtre continuent

Tous trois de délirer, au grand dam des autres

Qui débordent d'angoisse et de désarroi ;

Et parmi eux surtout

Celui que vous avez appelé, mon maître,

"Le bon vieux seigneur Gonzalo". Celui-là,

Ses pleurs trempent se barbe comme en hiver

L'eau de la pluie ruisselle des toits de chaume.

Vos enchantements les travaillent

Si puissamment que vous en auriez compassion

Si vous pouviez les voir en cette minute.

Prospéro

C'est vraiment là ta pensée, mon esprit ?

Ariel

Ce le serait si j'étais un être humain, monseigneur.

Prospéro

Soit, ce sera la mienne !

Car toi, qui n'es qu'une forme de l'air,

Tu es ému, leur affliction te touche ; et moi

Qui suis de leur espèce et ressens la souffrance

Aussi durement qu'eux, je n'aurais pas

Davantage de compassion ? C'est vrai qu'ils m'ont blessé

Au plus vif, de par leurs grands torts à mon égard,

Mais la part la plus noble de ma raison

Doit vaincre ma colère. Il est plus grand

D'être vertueux que de tirer vengeance.

Pour peu qu'ils se repentent je n'irai pas

Plus loin dans mon dessein, je ne froncerai pas

Le sourcil davantage. Et toi, Ariel,

Tu vas les libérer. Je désamorce mes sortilèges,

Je leur restitue la raison. A nouveau

Ils pourront être eux-mêmes.

Ariel

Je vais les chercher, mon maître.

Prospéro

Mes témoins soyez-vous, elfes des collines,

Des ruisseaux, des étangs paisibles, des bosquets,

Et vous autres aussi qui sans marquer le sable

Pourchassez Neptune en reflux, mais vous enfuyez

Dès que la marée monte ; vous, mes gracieux pantins

Qui tracez sous la lune ces cercles d'herbes

Que les brebis estiment trop amères ; vous qui aimez

Faire croître, à minuit, les champignons

Heureux d'avoir enfin entendu sonner l'heure

Solennelle du couvre-feu ! Fort de votre aide,

Aussi faibles chacun soyez-vous, petits princes,

J'ai éteint le soleil à midi, j'ai sommé

La révolte des vents de porter la guerre

Et son fracas entre le bleu du ciel et la mer verte,

Mettant à feu les voix terribles du tonnerre,

Fendant de Jupiter le plus noueux des chênes

Avec sa propre foudre ; et secouant

Le promontoire le plus massif, et déracinant

Cèdres et pins ! Les tombes, sur mon ordre,

Ont réveillé leurs morts, se sont ouvertes,

Les ont laissé sortir : tel fut mon Art,

Mon Art si redoutable. Et pourtant, voyez-le,

Cette magie primaire, je l'abjure,

Et quand j'aurai requis la musique du ciel,

Ce que je fais, en cet instant, afin

Qu'elle plie sous le charme de ses arpèges

Leurs sens à mon vouloir, je briserai

Ma baguette de magicien, je l'enfouirai

A des coudées sous terre ; et je noierai mon livre

Plus profond que ne peut atteindre aucune sonde.

Prospéro

Qu'une solennelle musique, le grand remède

De l'esprit qui s'égare, te guérisse,

Cerveau qui bout pour rien dans cette tête !

Et vous, encore sous le charme, restez-là, tous...

Vertueux Gonzalo, homme d'honneur,

Mes yeux, qu'émeut le spectacle des tiens,

Versant leurs larmes de l'amitié... L'enchantement

Qui le retient se dissipe,

Et comme le matin pénètre la nuit

Pour en chasser les ténèbres, leurs sens s'éveillent

Et la raison se lève dans ces fumées

Pour dissiper les fantasmes. Bon Gonzalo,

Toi qui fus mon salut, et restas fidèle

A ton seigneur, je récompenserai

Dûment, et en actions autant qu'en paroles,

Tes services et ta vertu. Alonso ?

Toi, c'est bien durement que tu nous traitas,

Ma fille et moi, assisté par ton frère,

Ce Sébastien que le remords tracasse, n'est-ce pas ?

Et toi, mon frère à moi, toi ma chair et mon sang,

Mais qui as sacrifié à ton ambition

Les voix de la nature et de ta conscience,

Et avec Sébastien, qui n'en souffre que davantage,

Aurais voulu tuer ton roi, et ici même !

Toi... Soit, je te pardonne,

Aussi dénaturé sois-tu... Leur entendement

S'accroît comme une marée monte, qui bientôt

Va recouvrir la plage de leur raison,

Boueuse pour l'instant, fétide. Mais aucun

Ne me regarde encore, aucun d'entre eux

Ne me reconnaîtrait. Ariel, va dans ma chambre,

Rapporte-m'en mon chapeau, mon épée.

Je veux me dépouiller de ce qui me cache

Je veux paraître

Comme jadis je fus : Milan lui-même.

Fais vite, esprit !

Avant qu'il soit long temps tu seras libre.

Epilogue dit par Prospéro

J'ai renoncé tous mes charmes

Et n'ai donc plus d'autres armes

Que ma pauvre humanité.

Vais-je ici rester confiné

Par vous, pourrai-je partir

Pour Naples ? Veuillez souffrir,

Mon duché m'étant restitué,

Le traître étant pardonné,

Que je quitte ce banc de sable

Et que vos mains secourables

Désenchevêtrent mes liens.

Faites à mes voiles le bien

De votre souffle, sinon

Mon projet ne fut rien de bon

Qui ne voulait que vous plaire.

Et il faut que je désespère,

N'ayant plus ni magie ni art

Si me manque aussi le rempart

De la prière qui prime

Sur la justice et rédime

Par le pardon toute offense.

Vous voulez, vous, cette indulgence

Pour vos propres fautes ? Soit !

Mais d'abord délivrez-moi.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 00:12

Comme à chaque fois, Victor Hugo sait nous mettre l'eau à la bouche dès sa préface. Ici, il nous chuchote à l'oreille, nous prend dans ses bras comme un père, un grand-père, un membre de la famille, un ami pour nous avouer une chose très simple, il est comme nous. Il n'est pas un être supérieur, il n'a pas de pouvoir, ses mots sont sa force mais ils sont les nôtres. Il est nous, nous sommes lui. Il écrit pour nous, il met sur papier ce que nous pourrions penser, dire, crier, pleurer, rire, avouer, chanter, murmurer juste échanger.

Il y a couché vingt-cinq années. Il s'y livre sans pudeur, sans retenue comme toujours. On y découvrira toutes ses émotions, de la plus triste (la perte de sa fille) à la plus joyeuse, de la plus engagée à la plus détachée, de la plus intime à la plus populaire. Mais pourquoi m'épancherais-je sur cette oeuvre avec mes maigres mots quand son auteur la décrit aussi bien...

Préface :

Si un auteur pouvait avoir quelque droit d’influer sur la disposition d’esprit des lecteurs qui ouvrent son livre, l’auteur des Contemplations se bornerait à dire ceci : Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d’un mort.

Vingt-cinq années sont dans ces deux volumes. Grande mortalis ævi spatium. L’auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l’a déposé dans son cœur. Ceux qui s’y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s’est lentement amassée là, au fond d’une âme.

Qu’est-ce que les Contemplations ? C’est ce qu’on pourrait appeler, si le mot n’avait quelque prétention, les Mémoires d’une âme.

Ce sont, en effet, toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes vagues, riants ou funèbres, que peut contenir une conscience, revenus et rappelés, rayon à rayon, soupir à soupir, et mêlés dans la même nuée sombre. C’est l’existence humaine sortant de l’énigme du berceau et aboutissant à l’énigme du cercueil ; c’est un esprit qui marche de lueur en lueur en laissant derrière lui la jeunesse, l’amour, l’illusion, le combat, le désespoir, et qui s’arrête éperdu « au bord de l’infini ». Cela commence par un sourire, continue par un sanglot, et finit par un bruit du clairon de l’abîme.

Une destinée est écrite là jour à jour.

Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi !

Ce livre contient, nous le répétons, autant l’individualité du lecteur que celle de l’auteur. Homo sum. Traverser le tumulte, la rumeur, le rêve, la lutte, le plaisir, le travail, la douleur, le silence ; se reposer dans le sacrifice, et, là, contempler Dieu ; commencer à Foule et finir à Solitude, n’est-ce pas, les proportions individuelles réservées, l’histoire de tous ?

On ne s’étonnera donc pas de voir, nuance à nuance, ces deux volumes s’assombrir pour arriver, cependant, à l’azur d’une vie meilleure. La joie, cette fleur rapide de la jeunesse, s’effeuille page à page dans le tome premier, qui est l’espérance, et disparaît dans le tome second, qui est le deuil. Quel deuil ? Le vrai, l’unique : la mort ; la perte des êtres chers.

Nous venons de le dire, c’est une âme qui se raconte dans ces deux volumes : Autrefois, Aujourd’hui. Un abîme les sépare, le tombeau.

V. H.

Guernesey, mars 1856

A ma fille

O mon enfant, tu vois, je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
-- Résignée ! --

Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l'azur de tes yeux
Mets ton âme !

Nul n'est heureux et nul n'est triomphant.
L'heure est pour tous une chose incomplète
L'heure est une ombre, et notre vie, enfant,
En est faite.

Oui, de leur sort tous les hommes sont las.
Pour être heureux, à tous, -- destin morose ! --
Tout a manqué. Tout, c'est-à-dire, hélas !
Peu de chose.

Ce peu de chose est ce que, pour sa part,
Dans l'univers chacun cherche et désire :
Un mot, un nom, un peu d'or, un regard,
Un sourire !

La gaîté manque au grand roi sans amours ;
La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours
Recommence.

Vois ces penseurs que nous divinisons,
Vois ces héros dont les fronts nous dominent,
Noms dont toujours nos sombres horizons
S'illuminent !

Après avoir, comme fait un flambeau,
Ébloui tout de leurs rayons sans nombre,
Ils sont allés chercher dans le tombeau
Un peu d'ombre.

Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs
Nos aurores.

Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas,
Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes ;
Une loi sort des choses d'ici-bas,
Et des hommes !

Cette loi sainte, il faut s'y conformer.

Et la voici, toute âme y peut atteindre :
Ne rien haïr, mon enfant ; tout aimer,
Ou tout plaindre !

Paris, octobre 1842

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 02:14

Tout d'abord un grand merci à Babelio qui m'a permis de découvrir ce livre gratuitement en échange d'une critique. Comment ne pas succomber au grand maître Del Toro, d'autant plus que sa trilogie de vampires "la lignée" m'avait totalement conquise ? Ce qui me freinait au départ c'est que cet ouvrage est plutôt destiné aux adolescents, mais la quatrième de couverture m'a immédiatement intéressée alors pourquoi pas...

En 1965, des enfants disparaissent mystérieusement dans une petite ville de Californie. Jack Sturges, 13 ans, est enlevé à son tour, sous les yeux horrifiés de son frère Jim.

Quarante-cinq ans plus tard, le fil de Jim, Jim Junior, doit supporter la paranoïa de son père, qui a transformé la maison en forteresse pour protéger sa famille. Pourtant, une créature étrange réussit à se faufiler dans la chambre du garçon et le kidnappe...

Attention : des trolls sortent de l'ombre et s'attaquent aux humains, leur plat favori...

Comment poursuivre une vie normale lorsqu'on voit son frère adoré, son partenaire de jeu, se faire enlever par un monstre sous ses yeux ? Ce n'est tout simplement pas possible. C'est un traumatisme gravé à jamais dans son esprit. Jim Sturges est alors persuadé que les monstres vont revenir et c'est pour cela qu'il met tout en oeuvre pour assurer la protection de sa famille privant son fils d'une certaine liberté.

Mais ce garçon Jim Junior grandit. Il a des amis qu'il a envie de fréquenter en dehors des heures de cours, des passions à assouvir, il a simplement besoin de vivre son adolescence à tout prix. En même temps, il aime son père, il ne veut pas le décevoir et le faire entrer dans des crises d'angoisse dès qu'il a cinq minutes de retard.

Cette petite vie bien ordonnée va basculer lorsque Jim Junior rencontre des créatures dans les égouts puis dans sa propre chambre. Amies ou ennemies ? Le garçon va devoir faire preuve d'un énorme courage car ce qui va s'offrir à lui est tout simplement inimaginable. Un monde entier inconnu, dangereux lui ouvre ses portes et l'incite à y rester pour mener des batailles essentielles. Avec des partenaires totalement fantastiques, il va devoir devenir un guerrier hors pair rapidement car le temps presse et que chaque seconde compte.

Je pense que ce livre fera des merveilles auprès des jeunes lecteurs. Ils pourront facilement s'identifier aux personnages, auront soif de batailles, d'aventures très bien décrites d'ailleurs. Les créatures sont dignes de Del Toro, effrayantes, inédites mais aussi attirantes. Le vocabulaire est tout à fait adapté, il y a peu de temps mort même si parfois certaines descriptions, à mon sens, sont trop longues et cassent le rythme mais heureusement cela n'est pas fréquent. Jeunes guerriers en herbe, cet ouvrage est pour vous, battez-vous et surtout n'ayez pas peur...

Extrait : Vous êtes de la nourriture. Ces muscles qui vous servent à marcher, à soulever et à parler ? Des steaks recouverts de tendons croustillants. Cette peau que vous examinez avec tant de soin devant vos miroirs ? Un mets délicieux pour qui a le palais assez fin, une fricassée de succulents tissus. Et ces os qui vous donnent la force d'avancer dans le monde ? Ils craquent sous la dent quand on aspire la moelle, et qu'elle s'écoule lentement au fond d'une gorge avide. Certes, tout cela est répugnant, mais il est utile de le savoir. Car, voyez-vous, il existe des choses qui ne sont pas du genre à rester tapies au fond de leur terrier à attendre que nous venions les capturer pour les faire rôtir au-dessus de nos feux. Non, ces choses piègent leurs proies à leur façon. Elles ont leurs propres feux... et des appétits qui n'appartiennent qu'à elles.

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 02:08

Finissons en beauté ce recueil avant de débuter les Contemplations... Une petite chanson satirique pour vous mettre de bonne humeur et un reliquat que j'ai trouvé intéressant.

Bonne lecture et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Chanson

Sa grandeur éblouit l'histoire.
Quinze ans, il fut
Le dieu que traînait la victoire
Sur un affût ;
L'Europe sous sa loi guerrière
Se débattit. -
Toi, son singe, marche derrière,
Petit, petit.

Napoléon dans la bataille,
Grave et serein,
Guidait à travers la mitraille
L'aigle d'airain.
Il entra sur le pont d'Arcole,
Il en sortit. -
Voici de l'or, viens, pille et vole,
Petit, petit.

Berlin, Vienne, étaient ses maîtresses ;
Il les forçait,
Leste, et prenant les forteresses
Par le corset.
Il triompha de cent bastilles
Qu'il investit. -
Voici pour toi, voici des filles,
Petit, petit.

Il passait les monts et les plaines,
Tenant en main
La palme, la foudre, et les rênes
Du genre humain ;
Il était ivre de sa gloire
Qui retentit. -
Voici du sang, accours, viens boire,
Petit, petit.

Quand il tomba, lâchant le monde,
L'immense mer
Ouvrit à sa chute profonde
Son gouffre amer ;
Il y plongea, sinistre archange,
Et s'engloutit. -
Toi, tu te noieras dans la fange,
Petit, petit.

Jersey. Septembre 1853.

Reliquat

Boîte aux lettres

I

L'empire et l'empirique

[...]

Je sais bien qu'on m'a dit :

-Tiens-toi tranquille, ami.

Retire-toi de tout. Sors des luttes. Verrouille

Ta porte dont le gond souhaite un peu de rouille,

Calfeutre ton volet, ferme ton paravent.

A quoi bon feuilleter l'histoire en écrivant

Sans cesse ta douleur, pitié, haine des crimes,

Anathème aux bourreaux, hymne sombre aux victimes,

En marge de ses noirs et lugubres feuillets ?

N'as-tu pas dans un coin quelques touffes d'oeillets

Et de roses au vent des mers habituées ?

Bêche sur ta montagne, au niveau des nuées,

Ton quart d'arpent de terre enclos dans ton vieux mur,

Et vis indifférent comme l'ombre et l'azur.

Alourdis-toi, tais-toi, vieillis, blanchis ; en somme

Le moment est venu de n'être qu'un bonhomme.

Prends du ventre. Ta pelle ou ta serpe à la main,

Ne t'intéresse plus qu'au cep et qu'au jasmin ;

Plante, sème. Tu peux, sur ton âpre falaise,

Jouer, si bon te semble, au vieillard du Galèse ;

Flore et Pomone sont à toi sur ton rocher ;

Va donc, taille ta vigne et greffe ton pêcher,

Brouette ton fumier, ratisse tes allées,

Eveille au point du jour l'oiseau sous les feuillées,

Regarde en paix la mer, et mêle à ses rumeurs

Ton bruit de maraîcher cultivant des primeurs.

Oui, la terre est fatale et le ciel est funeste ;

Oui, l'homme est ténébreux ; qu'importe, s'il te reste

Ton frais jardin, caché dans le creux d'un écueil ?

Le sage rit aux fleurs dans cet immense deuil.-

12 avril 1854

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