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Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:00

Voici deux nouveaux extraits, le deuxième est particulièrement touchant puisqu'il raconte une période de la jeunesse de Victor Hugo au côté de sa mère. Bonne lecture.

 

 

Dans le cimetière de * * *

La foule des vivants rit et suit sa folie, 
Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ; 
Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie, 
Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.

Ils savent que je suis l'homme des solitudes, 
Le promeneur pensif sous les arbres épais, 
L'esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études, 
Au seuil de tout le trouble, au fond de tout la paix !

Ils savent l'attitude attentive et penchée 
Que j'ai parmi les buis, les fosses et les croix ; 
Ils m'entendent marcher sur la feuille séchée ; 
Ils m'ont vu contempler des ombres dans les bois.

Ils comprennent ma voix, sur le monde épanchée, 
Mieux que vous, ô vivants, bruyants et querelleurs ! 
Les hymnes de la lyre en mon âme cachée, 
Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs.

Oubliés des vivants, la nature leur reste.
Dans le jardin des morts, où nous dormirons tous,
L'aube jette un regard plus calme et plus céleste,
Le lys semble plus pur, l'oiseau semble plus doux.

Moi, c'est là que je vis ! — Cueillant les roses blanches, 
Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps, 
Je passe et je reviens, je dérange les branches, 
Je fais du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents.

Là je rêve ! et, rôdant dans le champ léthargique, 
Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts, 
Se transformer mon âme en un monde magique, 
Miroir mystérieux du visible univers.

Regardant sans les voir de vagues scarabées, 
Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs, 
Là, j'ai dans l'ombre, assis sur des pierres tombées, 
Des éblouissements de rayons et de fleurs.

Là, le songe idéal qui remplit ma paupière 
Flotte, lumineux voile, entre la terre et nous ; 
Là, mes doutes ingrats se fondent en prière ; 
Je commence debout et j'achève à genoux.

Comme au creux du rocher vole l'humble colombe, 
Cherchant la goutte d'eau qui tombe avant le jour, 
Mon esprit altéré, dans l'ombre de la tombe, 
Va boire un peu de foi, d'espérance et d'amour !

                                   13 mars 1840

 

Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813

 

[...]
L'homme congédié, de ses discours frappée,
Ma mère demeura triste et préoccupée.
Que faire ? que vouloir ? qui donc avait raison :
Ou le morne collège, ou l'heureuse maison ?
Qui sait mieux de la vie accomplir l'oeuvre austère :
L'écolier turbulent, ou l'enfant solitaire ?
Problèmes ! questions ! elle hésitait beaucoup.
L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,
Ame par le destin, non par les livres faite,
De quel front repousser ce tragique prophète,
Au ton si magistral, aux gestes si certains,
Qui lui parlait au nom des grecs et des latins ?
Le prêtre était savant sans doute : mais, que sais-je ?
Apprend-on par le maître ou bien par le collège ?
Et puis enfin, - souvent ainsi nous triomphons ! -
L'homme le plus vulgaire a de grands mots profonds :
- "Il est indispensable ! - il convient ! - il importe ! "
Qui troublent quelques fois la femme la plus forte.
Pauvre mère ! lequel choisir des deux chemins ?
Tout le sort de son fils se pesait dans ses mains.
Tremblante, elle tenait cette lourde balance,
Et croyait bien la voir par moments en silence
Pencher vers le collège, hélas ! en opposant
Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.

 

Elle songeait ainsi sans sommeil et sans trêve.

 

[...]
C'est dans ces moments-là, comme je vous dis,
Que tout ce beau jardin, radieux paradis,
Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses,
Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses,
Parlèrent à ma mère avec l'onde et le vent,
Et lui dirent tout bas : "Laisse-nous cet enfant !

 

Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée !
Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée,
Cette tête au front pur qu'aucun deuil ne voila,
Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous-la !
Ne va pas la jeter au hasard dans la foule.
La foule est un torrent qui brise ce qui roule.
Ainsi que les oiseaux les enfants ont leurs peurs.
Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs,
A nos soupirs, légers comme l'aile d'un songe,
Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,
Ce sourire naïf que sa candeur défend.
O mère au coeur profond, laisse-nous cet enfant !
Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées ;
Nous changerons en jours ses lueurs commencées ;
Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés ;
Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés,
Nous sommes la nature et la source éternelle
Où toute soif s'étanche, où se lave toute aile ;
Et les bois, et les champs, du sage seul compris,
Font l'éducation de tous les grands esprits !
Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublimes.
Nous le pénètrerons de ces parfums intimes,
Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,
Qui font sortir de l'homme et monter jusqu'à Dieu,
Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vase,
L'espérance, l'amour, la prière et l'extase !
Nous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ici-bas,
Vers le secret de tout entr'ouvert sous ses pas.
D'enfant nous le ferons homme, et d'homme poëte.
Pour former de ses sens la corolle inquiète,
C'est nous qu'il faut choisir ; et nous lui montrerons
Comment, de l'aube au soir, du chêne aux moucherons,
Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,
La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines.
Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui ;
Et nous ferons germer de toutes parts en lui
Pour l'homme, triste effet perdu sous tant de causes,
Cette pitié qui naît du spectacle des choses !
Laisse-nous cet enfant ! nous lui ferons un coeur
Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur,
Où naîtront aisément le songe et la chimère,
Qui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammaire ;
Une âme, pur foyer de secrètes faveurs,
Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs,
Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées,
Jettera des rayons sur toutes les idées !"

 

Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se tait,
L'astre, la plante et l'arbre, - et ma mère écoutait.

 

Enfants ! ont-ils tenu leur promesse sacrée ?
Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée
Les crut, et, m'épargnant d'ennuyeuses prisons,
Confia ma jeune âme à leurs douces leçons.
[...]
                                   31 mai 1839

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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