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Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 10:21

On ne peut parler de ce livre sans évoquer la préface suivante datant de 1853. Elle résume parfaitement l'état d'esprit dans lequel se trouve Victor Hugo à cette époque. On ne peut d'ailleurs qu'être d'accord avec ses pensées :

Il a été publié à Bruxelles une édition tronquée de ce livre, précédée de lignes que voici :

"Le faux serment est un crime.

Le guet-apens est un crime.

La séquestration arbitraire est un crime.

La subornation de fonctionnaires publics est un crime.

La subornation de juges est un crime.

Ce sera un des plus douloureux étonnements de l'avenir que, dans de nobles pays qui, au milieu de la prostration de l'Europe, avaient maintenu leur constitution et semblaient être les derniers et sacrés asiles de la probité et de la liberté, ce sera, disons-nous, l'étonnement de l'avenir que dans ces pays-là il ait été fait des lois pour protéger ce que toutes les lois humaines, d'accord avec toutes les lois divines, ont dans tous les temps appelé crime.

L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal.

Pourtant, que les patriotes qui défendent la liberté, que les généreux peuples auxquels la force voudrait imposer l'immoralité, ne désespèrent pas ; que, d'un autre côté, les coupables, en apparence tout-puissants, ne se hâtent pas trop de triompher en voyant les pages tronquées de ce livre.

Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres du peuple et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier.

La toute-puissance du mal n'a jamais abouti qu'à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l'étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d'une forme dans l'autre. Le flambeau rayonne ; si on l'éteint, si on l'engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l'on ne bâillonne pas la lumière.

Rien ne dompte la conscience de l'homme, car la conscience de l'homme, c'est la pensée de Dieu."

"Les quelques lignes qu'on vient de lire, préface d'un livre mutilé, contenaient l'engagement de publier le livre complet. Cet engagement, nous le tenons aujourd'hui."

Victor Hugo, Jersey

Au moment de rentrer en France (31 août 1870)

Qui peut, en ce instant où Dieu peut-être échoue,
Deviner
Si c'est du côté sombre ou joyeux que la roue
Va tourner ?

Qu'est-ce qui va sortir de ta main qui se voile,
Ô destin ?
Sera-ce l'ombre infâme et sinistre, ou l'étoile
Du matin ?

Je vois en même temps le meilleur et le pire ;
Noir tableau !
Car la France mérite Austerlitz, et l'empire
Waterloo.

J'irai, je rentrerai dans ta muraille sainte,
Ô Paris !
Je te rapporterai l'âme jamais éteinte
Des proscrits.

Puisque c'est l'heure où tous doivent se mettre à l'oeuvre,
Fiers, ardents,
Écraser au dehors le tigre, et la couleuvre
Au dedans ;

Puisque l'idéal pur, n'ayant pu nous convaincre,
S'engloutit ;
Puisque nul n'est trop grand pour mourir, ni pour vaincre
Trop petit ;

Puisqu'on voit dans les cieux poindre l'aurore noire
Du plus fort ;
Puisque tout devant nous maintenant est la gloire
Ou la mort ;

Puisqu'en ce jour le sang ruisselle, les toits brûlent,
Jour sacré !
Puisque c'est le moment où les lâches reculent,
J'accourrai.

Et mon ambition, quand vient sur la frontière
L'étranger,
La voici : Part aucune au pouvoir, part entière
Au danger.

Puisque ces ennemis, hier encor nos hôtes,
Sont chez nous,
J'irai, je me mettrai, France, devant tes fautes
À genoux !

J'insulterai leurs chants, leurs aigles noirs, leurs serres,
Leurs défis ;
Je te demanderai ma part de tes misères,
Moi ton fils.

Farouche, vénérant, sous leurs affronts infâmes,
Tes malheurs,
Je baiserai tes pieds, France, l'oeil plein de flammes
Et de pleurs.

France, tu verras bien qu'humble tête éclipsée
J'avais foi,
Et que je n'eus jamais dans l'âme une pensée
Que pour toi.

Tu me permettras d'être en sortant des ténèbres
Ton enfant ;
Et tandis que rira ce tas d'hommes funèbres
Triomphant,

Tu ne trouveras pas mauvais que je t'adore,
En priant,
Ébloui par ton front invincible, que dore
L'Orient.

Naguère, aux jours d'orgie où l'homme joyeux brille,
Et croit peu,
Pareil aux durs sarments desséchés où pétille
Un grand feu,

Quand, ivre de splendeur, de triomphe et de songes,
Tu dansais
Et tu chantais, en proie aux éclatants mensonges
Du succès,

Alors qu'on entendait ta fanfare de fête
Retentir,
Ô Paris, je t'ai fui comme le noir prophète
Fuyait Tyr.

Quand l'empire en Gomorrhe avait changé Lutèce,
Morne, amer,
Je me suis envolé dans la grande tristesse
De la mer.

Là, tragique, écoutant ta chanson, ton délire,
Bruits confus,
J'opposais à ton luxe, à ton rêve, à ton rire,
Un refus.

Mais aujourd'hui qu'arrive avec sa sombre foule
Attila,
Aujourd'hui que le monde autour de toi s'écroule,
Me voilà.

France, être sur ta claie à l'heure où l'on te traîne
Aux cheveux,
Ô ma mère, et porter mon anneau de ta chaîne,
Je le veux !

J'accours, puisque sur toi la bombe et la mitraille
Ont craché ;
Tu me regarderas debout sur ta muraille,
Ou couché.

Et peut-être, en ta terre où brille l'espérance,
Pur flambeau,
Pour prix de mon exil, tu m'accorderas, France,
Un tombeau.
Bruxelles, 31 août 1870.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 19:47

Epoustouflant ! Ce roman est absolument à lire.

C'est une descente dans l'esprit tortueux et machiavéliques de plusieurs individus assoiffés de meurtre, mais aussi une immersion dans les techniques d'investigation de plusieurs policiers, spécialistes des tueurs en série. C'est à vous retourner la tête tant tout paraît si réel, si cruel, si humain... Comme cela est précisé sur la quatrième de couverture, l'auteur a d'ailleurs été mis en examen par le FBI pour qu'il livre les sources lui ayant permis d'être aussi proche de la réalité. Ces problèmes judiciaires sont la raison pour laquelle ce livre est culte aux Etats-Unis.

Quatrième de couverture : « La plupart des tueurs en série n’ont rien à voir avec les mythes qu’ils ont engendrés. Ils ne vivent pas isolés, au milieu des bois ou au fin fond d’un asile. Ce sont vos propres voisins. Comme Bundy, Statler, Gacey, Williams, Merrin et des centaines d’autres sur cette liste, ce sont des individus que vous croisez aux réunions de parents d’élèves ou aux matchs de base-ball, ils prennent le bus avec vous, leurs enfants jouent avec les vôtres, et ils récitent peut-être même le Notre Père avec vous, lors de vos réunions de famille.» Ainsi parle Jack Scott, directeur du département fédéral en charge des crimes violents et spécialiste des serial killers. Lorsqu’une mère et ses deux filles sont sauvagement assassinées dans une mise en scène macabre, c’est le début d’une chasse à l’homme impitoyable. Jack, qui pensait avoir tout enduré, va entreprendre la chasse à l'homme la plus délicate, et la plus perverse, de sa longue carrière.

Ainsi commence ce roman. Nous vivons en direct les pensées, les envies, les idées lugubres du meurtrier de cette famille. Et ça glace, ça révulse, c'est inimaginable d'être aussi pervers. Puis ce sera le tour d'une autre famille dont la petite fille a disparu. Puis encore deux autres jeunes filles qui se feront kidnapper par deux hommes, deux amis aux besoins irrépressibles de meurtre. Où va le monde ? Que faire ? Doit-on nous enfermer chez nous, priver nos enfants de sortir ?

C'est impossible bien évidemment. Comme le précise à de nombreuses reprises Jack Scott, les tueurs en série sont inidentifiables, ils peuvent être n'importe qui. Heureusement que des hommes comme lui existent vraiment. Ces hommes sacrifient leur vie, leur santé mentale, leurs nuits devenues des cauchemars par toutes les horreurs qu'ils ont vu, entendu. Ils sont souvent à bout, exténués, fatigués de courir après tant de cruauté, de subir les peines atroces des familles des victimes, d'être le bouc émissaire sur lequel ces familles vont se défouler par nécessité car ils n'ont aucune autre alternative que d'attendre, d'espérer.

Cette prise en compte de la difficulté du métier de policier ou de spécialiste en criminologie est brillamment mise en lumière ici. On nous montre comment deux policiers opposés par leur âge, leurs expériences du terrain réagissent face aux crimes, aux familles des victimes, aux recherches pour coincer le coupable. C'est vraiment très intéressant surtout quand ces deux hommes vont tenter ensemble de résoudre les enquêtes.

Extrait 1 : Il traversa la pelouse, toujours confiant, toujours à l'aise. Il aperçut le crachotement muet d'une télévision projetant son halo, des hommes comme des papillons de nuit collés à une ampoule électrique, songea-t-il, des existences vides papillonnant de stupidité.

Et il les connaissait tous par leurs noms. En passant de maison en maison, rangée par rangée, il était capable d'énumérer leurs problèmes les plus intimes. Un couple avait un idiot de village pour fils. Un autre un épagneul affligé d'indigestion. Une femme s'était fait violer dans sa jeunesse. Une autre était sur le point de prendre sa retraite.

Marchant d'un pas nonchalant, flanquant un coup de pied dans un amas de feuilles, il se sentait comme un roi, comme si c'était son village, comme s'ils étaient ses sujets.

Extrait 2 : "En 1985, 14516 meurtres ont été commis en Amérique, classés Sans mobile apparent, autrement dit, il s'agit là d'homicides perpétrés par de complets inconnus, des individus qui n'en retirent rien, si ce n'est le meurtre en soi et pour soi. Pour répondre à ces meurtres, seuls seize suspects ont pu être appréhendés. Neuf ont été condamnés et, comme je suis convaincu qu'aucun de nous ici ce soir ne s'imagine que neuf hommes aient pu accomplir autant de forfaits en aussi peu de temps, on en tirera les conclusions qui s'imposent. Notons également que ce chiffre n'inclut pas les cinq mille cadavres supplémentaires qui relèvent chaque année de la catégorie des Personnes non identifiées, et il s'agit apparemment là de victimes de meurtres. Il convient donc de noter que ce sont là des estimations prudentes."

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 20:01

Finissons en beauté les poèmes de Mister Betjeman, il y a encore des étendues britanniques à visiter... Bon voyage avant un doux retour chez vous.

4) L’Est : Norfolk – Cambridge – Westgate on Sea

5) L’Ouest : de la Cornouailles en remontant jusqu’à Dawley

Golf en bord de mer

Comme elle a volé bien droit, comme elle a volé longtemps,

Elle a franchi la piste extérieure

Et s’élevant dans les airs, elle a disparu loin devant

Bien au-delà de la zone du bunker –

Un drive glorieux, toutes voiles dehors, et bondissant,

Qui m’a rendu heureux d’avoir été vivant.

Et au bout du fairway, là-bas au loin

Elle luisait dans sa blancheur nue ;

J’ai joué un fer puissant et serein

Et l’ai projetée hors de ma vue,

Et malgré les talus herbeux qui nous séparaient

Je savais que, sur le green, je la retrouverais.

Et c’est ce qui arriva. Elle reposait satisfaite

A deux pas du drapeau ;

Un putt régulier et sur ces entrefaites

Oh, la voilà définitivement entrée.

Le gazon lui-même s’est réjoui en voyant

Ce trois presque sans précédent.

Ah ! les grottes sablonneuses aux odeurs de varech

Les bouffées de brume et de serpolet,

La marée montante, les vagues de l’Atlantique

Giflant les falaises ensoleillées,

Le chant de l’alouette et les bruits de la mer

Et la splendeur, en tout lieu la splendeur.

5) Des femmes

6) Nostalgie

Floraison tardive du désir

Dégarnie est ma tête, fétide est mon haleine,

Mon menton n’est pas rasé,

Je n’ai plus aujourd’hui les joies qui furent miennes

Quand j’étais novice dans le péché.

Je fais courir mes doigts sur ta robe tout du long

Sous influence certaine du brandy

Et à ma caresse tu réponds

Et peut-être ressens-tu la même chose aussi.

Mais j’ai une image ne tête

De cette assemblée en soirée,

Où l’on voit deux squelettes

L’un contre l’autre serrés ;

Obscures, les orbites fixent la vacuité

Qui fut un jour regard aimant,

La bouche qui s’ouvre pour le baiser

N’a plus de langue dedans.

Je m’accroche à toi, par la crainte attisé

Comme désormais tu t’accroches à moi,

Je sens en toi, ma chère, tant de fragilité

Et me demande ce qui adviendra –

Combien encore ? Une semaine ou vingt ans ?

Et ensuite – quel genre de disparition ?

Un combat perdu d’avance dans un terrible tourment

Ou une lutte suffocante pour chaque respiration ?

Trop longtemps, nous avons laissé s’accrocher nos corps,

Du dégoût nous ne pouvons plus nous départir

Devant toutes les pensées que nous sentons éclore

Sous l’effet de cette floraison tardive du désir.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 18:28
La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

Quatrième de couverture : Les femmes pressentent toujours ces choses-là. Lorsque Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, découvre qu'elle peut désormais s'offrir tout ce qu'elle veut, elle se pose la question : n'y a-t-il pas beaucoup plus à perdre ?

Idéal pour les vacances, ce roman est court, seulement 190 pages en livre de poche. C'est une amie Cathy qui me l'a prêté en me disant : "Tu verras il se lit vite et il est génial." Je confirme. L'écriture est tout ce que j'aime : pas de chichi, pas de fioriture, juste l'essentiel livré avec beaucoup de tendresse pour son héroïne Jocelyne. Et cette Jocelyne ! Une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire, elle pourrait être moi, toi, nous toutes car on se reconnaît en elle forcément, pas dans son intégralité certes mais il y a des passages où toute femme doit s'identifier à elle inéluctablement. Et c'est ça qui plaît. Dès les premières pages, cette Jocelyne on l'aime car elle nous ressemble et parce que c'est une femme bien, une épouse aimante, une mère dévouée, une femme simple qui tient une mercerie et qui vit dans une petite maison.

L'auteur va d'abord nous la présenter dans le présent puis dans le passé en nous racontant son enfance, sa rencontre avec Jocelyn, l'amour de sa vie, la naissance de leurs enfants... Alors on s'attache à elle encore davantage car comme nous toutes, elle a vécu des hauts et des bas, des orages parfois violents avec son époux, des moments de profonde solitude, des périodes qui sont douloureuses même pour nous simples lecteurs, mais elle a tenu bon. Elle s'est battue, n'a jamais renoncé pour son couple et ses enfants, c'est une femme forte alors même qu'elle nous paraît si sensible.

Puis arrive le jour J. Un jour que l'on attend peut-être tous mais que l'on craint aussi : elle va gagner une grosse somme d'argent au loto. D'où le titre. Que faire de tout cet argent ? Il y en a trop ! Alors elle fait une liste très simple, trop même et ça nous fait sourire. Elle y inscrit bien évidemment des choses pour elle mais surtout pour les autres car c'est une femme bonne et généreuse. Pourtant malgré ses petites envies, elle a peur de cette fortune et décide d'aller chercher le chèque le dernier jour et de ne pas l'encaisser tout de suite, ça l'effraie. Comment les autres vont-ils la percevoir ? Sera-t-elle à jamais sollicitée ? Les sentiments à son égard vont-ils changer ? Et son mari, comment va-t-il le prendre ? L'aimera-t-il plus pour son argent que pour elle ? Va-t-il tout dilapider sans compter ? Devra-t-elle changer de maison, de train de vie ? Tout cela elle ne le souhaite pas, elle aime sa petite vie comme elle est. Jusqu'au jour où... Chut, pas un mot de plus, juste une consigne :

LISEZ-LE AU PLUS VITE !

C'est bien la première fois que je vais écrire cela mais je tiens à remercier l'auteur. Un homme, que j'ai longtemps cru être une femme dissimulée, un pseudo pour masquer la vérité, mais la postface m'a convaincue que j'avais tort, c'est bien un homme. Mais alors comment peut-il si bien nous connaître ? Si bien nous mettre en valeur, nous comprendre, nous toucher ? Ce livre est un petit bijou pour nous autres demoiselles, on s'y sent bien, vraiment. Cette question, je ne suis apparemment pas la seule à me l'avoir posée puisqu'il répond dans sa postface qu'il nous aime parce qu'il est entouré de femmes dans sa vie et qu'il leur doit beaucoup... Cette Jocelyne est donc un hommage à sa mère tout simplement, un très bel, doux et tendre hommage à partager absolument.

Extrait : Je suis heureuse avec Jo. Il n'oublie aucun de nos anniversaires. Le week-end, il aime bricoler au garage. Il fabrique des petits meubles que nous vendons dans les brocantes. Il y a trois mois, il a installé le wifi parce que j'avais décidé d'écrire un blog sur mes tricots. Parfois, après avoir mangé, il me pince la joue en disant, t'es gentille toi Jo, t'es une bonne petite. Je sais. Ca peut vous sembler un brin machiste, mais ça vient de son coeur. Il est comme ça, Jo. La finesse, la légèreté, la subtilité des mots, il ne connaît pas bien. Il n'a pas lu beaucoup de livres ; il préfère les résumés aux raisonnements ; les images aux légendes. Il aimait bien les épisodes de Columbo parce que dès le début, on connaissait l'assassin.

Moi, les mots, j'aime bien. J'aime bien les phrases longues, les soupirs qui s'éternisent. J'aime bien quand les mots cachent parfois ce qu'ils disent ; ou le disent d'une manière nouvelle.

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 20:28

Avant dernière escale au côté de notre auteur so english, direction le Sud mes amis, un peu de soleil et de plaisir, ça vous tente ?

3) Le Sud : Le Dorset, le Hampshire et le Sussex

Cadre

Je suis un jeune cadre. Sans rival pour la propreté de mes poignets de chemise ;

J’ai un porte-documents Slimline et je roule dans la Cortina de l’entreprise.

D’ici à Burgess Hill, dans toutes les auberges au bord des routes

Les maîtres d’hôtel me connaissent tous et me laissent signer la note.

Vous me demandez quelle est mon activité. Et bien, concrètement, je m’explique,

Je suis un peu homme de liaison, un peu chargé de relations publiques

Principalement, j’assure la campagne export actuellement en vigueur

Et fondamentalement je suis opérationnel de dix heures jusqu’à cinq heures.

Pour les à-côtés fondamentaux – ce qui revient à parler transport –

J’ai une Aston-Martin écarlate – A-t-elle du punch ? Elle a le diable au corps !

Les piétons, les chats, les chiens – on les inscrit au carnage.

Je possède également un hors-bord, qui n’a jamais vu la plage.

Il est en fibres de verre, évidemment. Je l’ai appelé « Mandy Jane »,

Souvenir d’une oiselle que je fréquentais – Pur, s’il vous plait, sans soda –

Et comment l’ai-je acquis ? pour vous en faire la causette

Et vous en brosser le portrait, je dois changer la casquette.

Je suis un promoteur. Les sites que je recherche

Sont des bourgs de campagne tranquilles plutôt dans la dèche.

Un déjeuner et un ou deux verres, un peu de savoir-faire –

Et je mets dans la poche le responsable de l’urbanisme, le secrétaire de mairie et le maire.

Pour le cas où quelques défenseurs de l’environnement essaieraient d’interférer

Un arrêté de « péril en la demeure » du service technique de la municipalité

Viendra, en cas de problème, régler toute question de bâtiment –

Le style moderne, monsieur, sauf votre respect, s’implantera durablement.

Soleil et plaisir (chanson d’une propriétaire de night-club)

J’ai fait quelques pas dans le night-club ce matin ;

La poignée de porte et ses traces de Kummel,

Les cendriers qui n’étaient pas vidés,

Le ménage auquel on n’avait pas touché,

Et un sandwich à la tomate écrasé sur le sol.

J’ai ramené sur les côtés les épais rideaux magenta

Tellement Régence, tellement Régence, ma chère –

Et toute une meute de petites araignées

A fait la course entre les cidres embouteillés

Jusqu’à une caisse de mini Pollies près des bières.

Oh, dans l’été qui défile, soleil sur la rocade

Où tout se précipite vers la mer,

Et, chose par-dessus tout extraordinaire,

Ici où les camions font un bruit de tonnerre

Le soleil qui parvient à filtrer jusqu’à moi.

Quand Boris me rendait visite dans sa Sedanca,

Quand Teddy m’emmenait dans sa propriété

Quand mon nez inspirait la passion

Quand je suivais la mode de ma génération,

Quand je faisais attendre mes beaux tant que je voulais,

Il y avait suffisamment de soleil pour paresser sur le sable,

Il y avait suffisamment de plaisir jusque tard dans la nuit.

Mais aujourd’hui je meurs et mes jours sont comptés,

A quoi donc a servi ce bon temps dépensé ?

Me voilà vieille, malade, terrifiée et cuite.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 19:44
Petit dictionnaire amoureux des chats

L'auteur Frédéric Vitoux est né en 1944, romancier, essayiste et chroniqueur littéraire au Nouvel Observateur, il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels figurent Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline (1976), La Comédie de Terracina (1994), Grand Prix du roman de l'Académie française, Chats (2007) ou encore Clarisse (2008). En 2001, il a été élu à l'Académie française.

 

Frédéric Vitoux est un passionné des chats, d'ailleurs il dédie son livre de la façon suivante : "A la mémoire des cinq ou six chattes sauvages de l'espèce Felis silvestris libyca - elles n'étaient pas plus nombreuses ! - qui, il y a dix mille ans environ, décidèrent pour la première fois de se rapprocher des hommes devenus depuis peu sédentaires, quelque part au Moyen-Orient, et de vivre en bonne intelligence auprès d'eux... Avec ma reconnaissance un peu émerveillée. Et à Zelda..."

 

Avant de vous livrer quelques extraits de ce livre offert par une de mes amies (merci Marie-France), autant préciser son fonctionnement... Comme tout dictionnaire qui se respecte, il y a un ordre alphabétique. Pour chaque lettre, l'auteur aborde plusieurs thèmes : une race de chat, un titre de livre ou de film, un personnage célèbre, un comportement, une émotion, une fête, une ville... Ce dictionnaire traite donc du sujet "chat" dans toute sa splendeur, dans toute son immensité et nous révèle tant de mystères qu'on s'y love avec bonheur. Quand par chance en lisant cet ouvrage, on a notre propre chat qui ronronne à nos côtés sous nos caresses agiles, on est vraiment au paradis de nos amis mini-félins... En résumé c'est un livre très intéressant pour ceux qui aiment les chats, on y apprend vraiment beaucoup de choses dans plein de domaines différents mais surtout la relation homme-chat est mise à l'honneur avec beaucoup d'amour, de sincérité, de tendresse.

 

Bébert

Adopté tout d'abord par Robert le Vigan, fils de vétérinaire, qui parlait chat avec lui, Bébert souffrit des disputes entre Robert et sa compagne Tinou à tel point qu'il grossissait ou maigrissait à vue d'oeil en fonction des humeurs du couple. A leur séparation, Lucette, l'épouse de Louis-Ferdinand Céline recueillit le chat contre l'avis de son mari. Mais elle tint bon et quelques jours plus tard, le chat devint l'indispensable compagnon de l'écrivain. [...]

Bébert a été le compagnon de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894 - 1961). Il l'a escorté dans les épisodes les plus mouvementés de sa vie. Avec lui et avec son épouse Lucette, il a partagé la bohème de Montmartre, tutoyé l'écrivain Marcel Aymé, le peintre Gen Paul et l'acteur Robbert le Vigan, il a connu l'exode, il a observé l'Allemagne hitlérienne noyée sous les bombes et les incendies dans les derniers mois de la guerre, il a pris le train, il a déraillé, il a toisé des officiers supérieurs de la Wehrmacht et le maréchal Pétain dans les coulisses du château de Sigmarigen, il s'est réfugié au Danemark, il s'est caché... dans une prison, il a trempé ses pattes dans l'eau peu clémente de la Baltique, il a connu l'exil, il a pris l'avion, il a retrouvé la France en juillet 1951, il a villégiaturé à Menton, sur la Riviera, avant de finir ses jours dans le pavillon du Bas-Meudon, route des Gardes, où ils s'installèrent à la fin de cette année-là. C'est un destin. Ou, mieux, une odyssée.

 

Cabaret du Chat noir

Je tiens à ce Chat noir-là, qui fut bien plus qu'un cabaret mais devint une légende, un lieu emblématique de la bohème des années 1880-1900 à Paris et même, soyons plus précis, à Montmartre.

L'établissement ouvrit ses portes en 1881. Maurice Donnay, dramaturge et académicien français en écrivait : "La mode était alors aux cabarets artistiques et le Chat noir avait un air de "vieux Paris" grâce à des vitraux de couleurs, grâce à des pots d'étain, des vaisseaux de cuivre, des bancs et des chaises de bois massif, le tout du plus pur style Louis XIII. [...] Chaque soir on se réunissait, on récitait des vers, on chantait des chansons ; la renommée des ces fêtes étonnantes se répandit bientôt dans Paris ; bientôt la grosse finance, la politique nantie, la noce dorée vinrent rendre visite à l'insouciante bohème et, le vendredi surtout qui devint le jour chic, on vit au Chat noir des femmes de l'aristocratie, de la grande bourgeoisie et aussi des horizontales, comme on disait en ces temps verticaux..."

L'enseigne du Chat noir représentant l'animal dans un croissant de lune fut peinte par Adolphe Willette. Que de monde a pu défiler dessous ! [...] Ce qui n'empêchait pas d'y rencontrer aussi le vieux Paul Verlaine qui évoquait, entre deux absinthes, Arthur Rimbaud "Il est parti pour des Egyptes ! " s'écriait-il avec une gravité désolée. Claude Debussy dirigeait les choeurs des convives pour des chansons... peu debussyennes ! [...] Un nom n'a été cité qu'en passant, celui d'Aristide Bruant. [...] Il n'empêche que son morceau le plus connu reste bien la Ballade du Chat noir, créée en 1884 : "Je cherche fortune, Autour du Chat noir, Au clair de la lue, A Montmartre le soir."

[...]

Une question se pose, par laquelle, à vrai dire on aurait dû commencer cet article : pourquoi "Le Chat noir', pourquoi le chat de ce nom et de cette enseigne adoptés par Rodolphe Salis ? Je n'ai pas trouvé de réponses explicites. Mieux vaut donc en revenir au vraisemblable, à l'image symbolique véhiculée par cet animal, ce chat diabolique et nocturne dont le Moyen Age avait popularisé l'image, ce chat chargé de tous les défauts du monde, l'hypocrisie, la ruse, le vol, la sexualité débridée, la lubricité, la gloutonnerie. Au XIXème siècle, tout basculait. Le chat redevenait à la mode, un peu pour ces mêmes raisons. Déjà, au tout début des années 1820, le romantisme s'était tourné vers l'époque médiévale pour mieux rompre avec le classicisme. Que vive donc le chat noir comme emblème provocateur, ce chat noir censé porté malheur et que Rodolphe Salis affichait à la porte de son cabaret en signe de complicité affectueuse et insolente !

 

Citations

Chaque chat est un chef-d'oeuvre, Léonard de Vinci

Ne jamais laisser seuls un chaton et un arbre de Noël que l'on vient de décorer. Dave Atkins

Il n'y a pas de condition si humble et si vile qui arrive à le dégrader, parce qu'il n'y consent pas et qu'il garde toujours la seule liberté qui puisse être accordée aux créatures, c'est-à-dire la volonté et la résolution arrêtée d'être libre. Théodore de Banville

Le chat est beau ; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté... Chat séraphique, chat étrange, en qui tout est, comme en en un ange, aussi subtil qu'harmonieux. Charles Baudelaire

Vous direz, un chat c'est une peau ! Pas du tout ! Un chat c'est l'ensorcellement même, le tact en ondes. Louis-Ferdinand Céline

Parfois il lui arrive de tenir en l'air une patte molle et de la contempler d'un air pensif. Ma femme pense que c'est parce qu'elle voudrait qu'on lui achète une montre-bracelet ; elle n'en a pas un besoin particulier - elle devine l'heure mieux que moi - mais il faut bien avoir quelques bijoux. Raymond Chandler

Même le chat le plus stupide semble en savoir plus long que n'importe quel chien. Eleanor Clark

Il n'y a pas de chats ordinaires. Colette

Le chat est une bête philosophique, rangée, tranquille, tenant à ses habitudes, amie de l'ordre et de la propreté et qui ne place pas ses affections à l'étourdie : il veut bien être votre ami si vous en êtes digne, mais non pas votre esclave. Théophile Gautier

Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. Alberto Giacometti

Dès qu'on a commencé à caresser le dos d'un chat, on n'a pas le droit de s'arrêter. Witold Gombrowicz

Faire la preuve que le chat a trois queues. Réponse : Aucun chat n'a deux queues. Un chat a une queue de plus qu'un aucun chat. Donc un chat a trois queues. Darwin A. Hindman

Le chat signe chacune de ses pensées avec sa queue. Ramon Gomez de la Serna

Tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat. Eugène Ionesco

Le chat est le seul animal qui soit arrivé à domestiquer l'homme. Marcel Mauss

Dieu a fait le chat pour donner à l'homme le plaisir de caresser le tigre. Joseph Méry

Les chats sont incompris parce qu'ils dédaignent de s'expliquer ; ils ne sont énigmatiques que pour ceux qui ignorent le pouvoir expressif du silence. Paul Morand

Chat échaudé craint l'eau chaude, ceux qui ébouillantent les chats devraient être refroidis. Jacques Prévert

L'idéal du calme est dans un chat assis. Jules Renard

Le chat ne nous caresse pas, il se caresse à nous. Antoine de Rivard

Il y a deux moyens d'oublier les tracas de la vie : la musique et les chats. Albert Schweitzer

J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure. Hippolyte Taine

Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j'en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage. Jules Verne

 

Lovecraft

"A la lumière de cette révélation, nous contemplons désormais dans toute sa splendeur une idole dressée sur un trône idéal de soie et d'or recouvert par un dôme chryséléphantin. Cette idole à la grâce immortelle dont les pauvres humains n'ont pas toujours su reconnaître les qualités, cet être majestueux, insoumis, mystérieux, voluptueux, babylonien, détaché, cet éternel compagnon des artistes supérieurs, ce parangon de beauté, ce frère de la poésie, doux, sérieux, au caractère de patricien : le chat."

Pour de telles lignes, comment ne pas rendre le plus vibrant des hommages à Howard Philips Lovecraft ?

 

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 19:53

Déplaçons-nous maintenant autour de Londres pour découvrir Slough et Newbury sous le regard taquin de John Betjeman... Bonne visite !

Slough

Allez-y, bombes bienfaisantes, sur Slough, il faut vous déverser

Cette terre ne convient plus aux hommes désormais,

Plus le moindre brin d’herbe en pâture à brouter

Répandez-vous, Trépas !

Allez-y, bombes, en mille morceaux pulvérisez-les

Ces cantines climatisées immaculées,

Ces fruits en boîte, viande en boîte, lait en boîte, haricots en boîte

Consciences en boîte, respiration en boîte.

Ruinez les ruines de ce qu’on prétend appeler une cité –

Pour une maison, quatre-vingt-dix-sept livres à débourser

Puis une fois par semaine, sur vingt années,

Une demi couronne,

Et visez bien cet homme au menton gras

Qui toujours trichera et toujours gagnera,

Qui lave sa peau dégoûtante de pacha

Dans les larmes des femmes,

Feu sur son bureau en chêne astiqué

Feu sur ses mains qui savent tout caresser

Faites taire son assommante blague d’obsédé

Faites-le hurler de douleur.

Mais épargnez les jeunes employés aux crânes luisants

Chargés d’additionner les profits de ce mufle puant ;

Ce n’est pas de leur faute s’ils ont l’esprit chancelant,

Ils ont goûté à l’Enfer.

Ce n’est pas de leur faute si le chant des oiseaux,

Ils n’ont pas pu l’apprendre à la radio,

Ce n’est pas de leur faute s’ils ont souvent les beaux

A Maidenhead.

S’ils parlent marques de voitures et sport

Dans différents pubs soi-disant Tudor

S’ils rotent plutôt que d’oser regarder dehors

Tout là-haut vers les étoiles.

Méticuleusement, dans des intérieurs toutes commodités,

Leurs femmes mettent en plis des cheveux oxygénés

Et à l’air synthétique les font sécher

En vernissant leurs ongles.

Tombez sur Slough, bienfaisantes bombes, allez-y !

Pour que la charrue y soit accueillie.

La récolte est pour aujourd’hui ;

La terre expire.

Jeux d’intérieur près de Newbury

Au milieu des bouleaux argentés serpente le macadam des petites routes tortueuses

Et les panneaux pour Bussock Bottom, Tussock Wood et Windy Brake,

Les pavillons à pignon, les églises aux tuiles bien accrochées, capturent les lumières de notre Lagonda

En route pour la fête de Wendy, la crème de citron et le Christmas cake.

Large gamme de moteurs vrombissants,

Une fois passée la pinède en ronronnant

Allez-y, Hupmobile, Delage !

Rapide le voyage avec vos chauffeurs,

Faisant crisser le gravier des demeures

A la sortie de leur confortable garage.

Oh Wendy, au moment où le tapis s’écrasait sous mes chaussons

Tu apparaissais là, dans la rivière de tes cheveux dorés,

Ravissante dans la lumière brillante de l’entrée

Tu te tenais là et aussitôt tu m’entraînais dans un jeu de clumps

Puis le nouveau Victrola se mettait à jouer

Et ton original d’oncle à annoncer

« Choisissez vos partenaires pour un fox-trot ! Dansez jusqu’à l’heure du thé !

Allez, jeunesse, et que ça swing ! »

Etait-ce la chance qui nous réunissait avec adresse,

Moi, qui t’aimais de toute ma tendresse,

Toi, qui me serrais tout contre toi, bien fort contre ta robe de soirée ?

« Rejoins-moi après le goûter ! » Ainsi nous rejoignions-nous et personne ne nous trouvait.

Oh ce placard sombre et douillet pendant que les autres jouaient à cache-cache !

Mains jointes dans le silence de la chambre autour de nous, nos deux cœurs qui battaient,

Mains jointes et entendant à peine les pas soudains, le bruit assourdi et les cris perçants.

Amour trop profondément enraciné pour s’embrasser –

« Où est Wendy ? Wendy nous a quittés ! »

Amour si pur qu’il ne pouvait durer ainsi,

Amour si puissant que, de peur, je demeurai transi

Quand tu serrais si fort mes doigts sans répit

Et murmurais dans ton étreinte « je suis ton amie ».

Good-bye Wendy ! Fées, elfes des pins et gnomes des mélèzes, à vous de jouer,

Les étoiles aux yeux de paillettes jettent de furtifs éclats

Sur le parcours glissé de la luxueuse Lagonda

Qui redescend les chemins sinueux du bitume vers les carreaux éclairés du foyer.

Là, au milieu des bouleaux argentés,

Toutes les cloches de tous les clochers

Ont retenti dans le reste du bain se vidant dans le frimas.

Wendy qui m’a fait me déshabiller à toute vitesse,

Wendy qui du drap devient la caresse

Wendy inclinée qui me bénit avec tendresse,

M’accompagne comme je dérive au pays des songes, sain et sauf dans mon pyjama.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 06:42

Voilà, un chapitre se tourne, c'est le dernier extrait, pour autant ne vous inquiétez pas, d'autres extraits des Châtiments d'Hugo suivront... Faites-moi confiance...

Bonne lecture !

XXX

[...]

Puisqu'un Dieu saigne au calvaire,

Ne nous plaignons pas, crois-moi.

Souffrons ! c'est la loi sévère.

Aimons ! c'est la douce loi.

Aimons ! soyons deux ! Le sage

N'est pas seul dans son vaisseau.

Les deux yeux font le visage ;

Les deux ailes font l'oiseau.

Soyons deux ! - Tout nous convie

A nous aimer jusqu'au soir.

N'ayons à deux qu'une vie !

N'ayons à deux qu'un espoir !

Dans ce monde de mensonges,

Moi, j'aimerai mes douleurs,

Si mes rêves sont tes songes,

Si mes larmes sont tes pleurs !

20 mai 1838

Caeruleum mare

Quand je rêve sur la falaise,
Ou dans les bois, les soirs d'été,
Sachant que la vie est mauvaise,
Je contemple l'éternité.

A travers mon sort mêlé d'ombres,
J'aperçois Dieu distinctement,
Comme à travers des branches sombres
On entrevoit le firmament !

Le firmament ! où les faux sages
Cherchent comme nous des conseils !
Le firmament plein de nuages,
Le firmament plein de soleils !

Un souffle épure notre fange.
Le monde est à Dieu, je le sens.
Toute fleur est une louange,
Et tout parfum est un encens.

La nuit, on croit sentir Dieu même
Penché sur l'homme palpitant.
La terre prie et le ciel aime.
Quelqu'un parle et quelqu'un entend.

Pourtant, toujours à notre extase,
Ô Seigneur, tu te dérobas !
Hélas ! tu mets là-haut le vase,
Et tu laisses l
a lèvre en bas !

Mais un jour ton œuvre profonde,
Nous la saurons, Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde
S'épanouir ton unité !

[...]


Nous pourrons comparer, poëtes,
Penseurs croyant en nos raisons,
A tous les mondes que vous faites
Tous les rêves que nous faisons !

En attendant, sur cette terre,
Nous errons, troupeau désuni,
Portant en nous ce grand mystèr
e :
Œil borné, regard infini.

[...]


Hélas ! tout penseur semble avide
D'épouvanter l'homme orphelin :
Le savant dit : Le ciel est vide !
Le prêtre dit : L'enfe
r est plein !

[...]

Il faut aimer ! l'ombre en vain couvre
L'œil de notre esprit, quel qu'il soit.
Croyez, et la paupière s'ouvre !
Aimez, et la prun
elle voit !

[...]


La nuit, nul regard ne sait lire
Aux seuls feux des astres vermeils ;
Mais l'amour près de nous vient luire.
Une lampe aide
les soleils.

[...]


Aimez donc ! car tout le proclame,
Car l'esprit seul éclaire peu,
Et souvent le cœur d'une femme
Est l'explic
ation de Dieu !

[...]
25 mars 183
9.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 18:32

Poursuivons et finissons notre visite de Londres avec cet humour so british ! Enjoy

Dans l’abbaye de Westminster

Laisse-moi ôter mon autre gant

Tandis que la vox humana s’amplifie,

Et que les prairies enchanteresses de l’Eden

Se prélassent au soleil sous les cloches de l’abbaye.

Ici, où gisent les grands hommes d’Angleterre,

Ecoute d’une femme distinguée la prière.

Seigneur plein de grâce, oh bombarde les Allemands.

Epargne leurs femmes au nom de Ta Charité,

Et si cela pose trop de difficultés

Tes Erreurs seront pardonnées.

Mais, Seigneur plein de Grâce, quoi qu’il en soit,

Ne laisse aucune bombe tomber sur moi.

Conserve intact notre Empire

Que Ta Main conduise nos Drapeaux,

Les vaillants noirs de la lointaine Jamaïque,

Du Honduras et du Togo ;

Protège-les, Seigneur, sous le feu,

Et protège les blancs encore mieux.

Pense à ce que notre Nation représente,

Les livres de chez Boots, les petits chemins ruraux,

La liberté de parole, les forfaits de transport, la distinction sociale,

La démocratie et un réseau d’eaux usées comme il faut.

Seigneur, mets sous Ta protection toute particulière

Le cent-quatre-vingt-neuf, Cadogan Square.

Seigneur aimé, j’ai commis des péchés,

Cependant aucun crime très important ;

Désormais je me rendrai à l’Office du Soir

Dès que j’en aurai le temps.

Aussi, mets-moi de côté une couronne, Seigneur très bon.

Et ne laisse pas descendre le cours de mes actions.

Je travaillerai dur pour Ton Royaume,

J’aiderai nos gars à l’emporter par les armes,

J’enverrai des plumes blanches aux mauviettes

Je m’engagerai dans le corps d’armée des Femmes,

Et les Marches de Ton Trône, je les rendrai belles

Dans la Zone de Sécurité Eternelle.

Je me sens un peu mieux à présent,

Quelle récompense d’entendre une Parole de Toi,

Ici où les ossements d’importants chefs d’Etat,

Ont été ensevelis tant de fois.

Et maintenant, Seigneur aimé, je dois y aller

Car j’ai rendez-vous pour déjeuner.

N.W.5 & N.6

Les falaises rouges se dressent. Et vers leurs sommets, les monte-charges

S’élancent avec les provisions à des hauteurs argentées.

Lissenden Mansions. Et ma mémoire retrouve

Des lis dans les éclairages électriques semblables à des lis

Et des odeurs d’Irish stew dans l’odeur des prunus

Et des tumultes marins dans ceux des tramways londoniens.

Parmi tous ces souvenirs, ma mémoire ressuscite le calme

De cette haie de troènes sombre aux joies intarissables,

Ici en premier lieu, absorbée par son régime de feuilles,

Je regardais se nourrir la chenille ondulante

Et la voyais suspendue en une écume collante

Jusqu’au jaillissement du phalène hors de la chrysalide, après des semaines d’attente.

Je vois les branches noires d’un chêne se découper sur le ciel,

Des écureuils rouges sur le Burdett-Coutts estate.

Je pose à ma nurse la question « est-ce que je mourrai ? »

Au moment où les cloches de la triste Sainte-Anne retentissent si tard,

« Et si je meurs vraiment, irai-je au Paradis ? »

Highgate entre chien et loup. Mille neuf cent onze.

« Tu iras. Pas moi. » De la part de cette piètre bonne d’enfants,

Sadique et puritaine comme je m’en aperçois aujourd’hui,

J’ai d’abord appris ce qu’était la peur,

Nourri de force, étalé en travers sus ses genoux,

Enfermé dans des placards, à longueur de jour abandonné,

« Pour les siècles des siècles ». Terribles mots sur lesquels prier.

« Pour les siècles des siècles ». Ce n’est pas tant ce qu’elle ferait

Qui me terrifiait à ce point mais sa propre peur

Et sa culpabilité devant ce qui n’aurait pas de fin. Moi aussi je les ai attrapées,

Moi qui ai horreur de penser à la succession des sphères

Dans l’éternité et l’implacable volonté de Dieu.

J’ai attrapé sa terreur à cette époque. Je l’ai toujours.

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 18:06

Il y a des poèmes comme celui que je vous ai choisi aujourd'hui qui méritent d'être lus dans leur intégralité. La longueur ici n'est pas un obstacle, bien au contraire, il rend hommage à son auteur car chaque vers, chaque rime, chaque quatrain sont d'une pure beauté.

Un seul poème donc à apprécier à sa juste valeur.

Bonne découverte.

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l'herbe assises,
Et dans l'ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L'heure où son étoile paisible
Va s'épanouir, fleur de feu,
Au bout d'une tige invisible.

Regarde-les. Regarde encor
Comme la vierge, fille d'Eve,
Jette en courant dans les blés d'or,
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l'écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant, quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux, si joyeux le soir,
Les arbres pleins d'éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s'élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprits dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Ses enfants, cœurs sans ombre encor,
Vases que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l'affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu'on voit pour tous varie ;
– L'un a : Gloire ! l'autre a : Bonheur !
L'un dit : Vertu ! l'autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même,
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c'est le mot suprême !

C'est le mot qui peut assoupir
L'ennui du front le plus morose !
C'est le mystérieux soupir
Qu'à toute heure fait toute chose !

C'est le mot d'où les autres mots
Sortent comme d'un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C'est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu'on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C'est le nœud des prés et des eaux !
C'est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C'est l'hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C'est le mystère de la mer,
Et c'est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C'est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c'est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c'est comprendre les cieux.
C'est mettre, qu'on dorme ou qu'on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C'est se chauffer à ce qui bout !
C'est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m'accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l'amour
Les vérités paraissent toutes !

L'homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d'apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l'un pour l'autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu'on ne peut voir
Une lumineu
se figure.

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L'été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr'ouverts,
L'onde s'épanche et l'herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L'amour, qu'il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.
23 mai 1839.

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