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Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 02:43

C'est un livre que Broots, un ami, m'a conseillé. Il faut dire que nous avons à peu près les mêmes goûts littéraires puisque ce n'est pas la première fois que nous nous échangeons nos livres. Je n'ai qu'un mot à lui dire : MERCI. Ce thriller est vraiment surprenant !

Quatrième de couverture : Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante. Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu. Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne. Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.

C'est difficile de parler de cette histoire sans finalement trop en dévoiler. Commençons par ce qui est déjà évoqué ci-dessus, Alex est donc kidnappée un soir alors qu'elle rentrait chez elle à pied. Son agresseur lui fait subir des supplices sincèrement horribles, terriblement douloureux mais elle s'accroche et refuse de baisser les bras. C'est son courage et sa détermination qui seront son salut et la sauvera.

Elle s'enfuit mais craint toujours pour sa vie. Aussi prend-elle toutes les précautions nécessaires pour que son bourreau ne remette pas la main sur elle. Elle change de nom, déménage et part à l'aventure.

Voilà, ça c'est le premier tiers du roman et je ne vous en dirai pas plus, c'est impossible car je gâcherais tout l'intérêt de ce thriller. Il est tellement chargé de surprises, de rebondissements qu'on ne peut pas en parler davantage. Je ne peux que vous conseiller vivement de vous laisser tenter car j'en suis sûre vous ne serez jamais autant promenés par un auteur. Tout au long du roman, Pierre Lemaître vous tient par la main et vous emmène là où il le veut quand il le souhaite sans que vous puissiez vous douter de quoi que ce soit. Et vous allez le laisser vous perdre avec bonheur, enthousiasme, gourmandise car les pages vous allez les dévorer.

Etonnement sur étonnement, c'est cela qui vous attend alors courez l'acheter !

Extrait : Au cours de la nuit suivante, Alex est tombée dans une sorte de coma. Son esprit ne se fixait sur rien, elle avait l'impression que toute sa masse musculaire avait fondu, qu'elle n'était plus que des os, qu'elle était réduite à un raidissement total, une immense contracture des pieds à la tête. Jusqu'ici, elle était parvenue à se tenir une discipline, des exercices minuscules qu'elle renouvelait à peu près toutes les heures. Bouger d'abord les doigts des pieds, puis les chevilles, les tourner dans un sens, trois fois, puis dans l'autre, trois fois aussi, remonter, les mollets, serrer les mollets, les détendre, resserrer, de chaque côté, étirer la jambe droite le plus loin possible, la ramener, recommencer, trois fois, etc. Mais maintenant, elle ne sait plus si elle a rêvé ses exercices où si elle les a fait vraiment. Ce qui l'a réveillée, ce sont ses gémissements. Au point qu'elle a pensé que c'était quelqu'un d'autre, une voix extérieure à elle. Des petits râles qui venaient du ventre, des sonorités qu'elle ne connaissait pas.

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 00:07

Un nouvel extrait à nouveau très long mais ce poème est d'une telle force qu'il ne pouvait être coupé davantage... Bonne lecture

Nox

[...]

Le coup d'Etat qui sort flamboyant de la forge !
Les tribuns pour le droit luttent : qu'on les égorge !
Routiers, condottieri , vendus, prostitués,
Frappez ! tuez Baudin ! tuez Dussoubs ! tuez !
Que fait hors des maisons ce peuple ? Qu'il s'en aille !
Soldats, mitraillez-moi toute cette canaille !
Feu ! feu ! tu voteras ensuite, ô peuple roi !
Sabrez le droit, sabrez l'honneur, sabrez la loi !
Que sur les boulevards le sang coule en rivières !
Du vin plein les bidons ! des morts plein les civières !
Qui veut de l'eau-de-vie ? En ce temps pluvieux
Il faut boire. Soldats, fusillez-moi ce vieux,
Tuez-moi cet enfant. Qu'est-ce que cette femme ?
C'est la mère ? tuez. Que tout ce peuple infâme
Tremble, et que les pavés rougissent ses talons !
Ce Paris odieux bouge et résiste. Allons !
Qu'il sente le mépris, sombre et plein de vengeance,
Que nous, la force, avons pour lui, l'intelligence !
L'étranger respecta Paris ; soyons nouveaux !
Traînons-le dans la boue aux crins de nos chevaux !
Qu'il meure ! qu'on le broie et l'écrase et l'efface !
Noirs canons, crachez-lui vos boulets à la face !

[...]

Les vainqueurs en hurlant dansent sur les décombres.

Des tas de corps saignants gisent dans les coins sombres.

Le soldat, gai, féroce, ivre, complice obscur,

Chancelle, et, de la main dont il s'appuie au mur,

Achève d'écraser quelque cervelle humaine.

On boit, on rit, on chante, on ripaille, on amène,

Des vaincus qu'on fusille, hommes, femmes, enfants,

Les généraux dorés galopent triomphants,

Regardés par les morts tombés à la renverse.

Bravo ! César a pris le chemin de la traverse !

Courons féliciter l'Elysée à présent.

Du sang dans les maisons, dans les ruisseaux du sang,

Partout ! Pour enjamber ces effroyables mares,

Les juges lestement retroussent leurs simarres,

Et l'église joyeuse en emporte un caillot

Tout fumant, pour servir d'écritoire à Veuillot.

Oui, c'est bien vous qu'hier, riant de vos férules,

Un caporal chassa de vos chaises curules,

Magistrats ! Maintenant que, reprenant du coeur,

Vous êtes bien certains que Mandrin est vainqueur,

Que vous ne serez pas obligés d'être intègres,

Que c'est lui qui paîra désormais, et très bien,

Qu'il a pris le budget, que vous ne risquez rien,

Qu'il a bien étranglé la loi, qu'elle est bien morte,

Et que vous trouverez ce cadavre à la porte,

Accourez, acclamez, et chantez hosanna !

Oubliez le soufflet qu'hier il vous donna,

Et puisqu'il a tué vieillards, mères et filles,

Puisqu'il est dans le meurtre entré jusqu'aux chevilles,

Prosternez-vous devant l'assassin tout-puissant,

Et léchez-lui les pieds pour effacer le sang !

[...]

Où sont-ils ? Sur les quais, dans les cours, sous les ponts,
Dans l’égout, dont Maupas fait lever les tampons,
Dans la fosse commune affreusement accrue,
Sur le trottoir, au coin des portes, dans la rue,
Pêle-mêle entassés, partout ; dans les fourgons
Que vers la nuit tombante escortent les dragons,
Convoi hideux qui vient du Champ de Mars, et passe,
Et dont Paris tremblant s’entretient à voix basse.
Ô vieux mont des martyrs, hélas, garde ton nom !
Les morts, sabrés, hachés, broyés par le canon,
Dans ce champ que la tombe emplit de son mystère,
Etaient ensevelis la tête hors de terre.
Cet homme les avait lui-même ainsi placés,
Et n’avait pas eu peur de tous ces fronts glacés.
Ils étaient là, sanglants, froids, la bouche entr'ouverte,
La face vers le ciel, blêmes dans l’herbe verte,
Effroyables à voir dans leur tranquillité,
Eventrés, balafrés, le visage fouetté
Par la ronce qui tremble au vent du crépuscule ;
Tous, l’homme du faubourg qui jamais ne recule,
Le riche à la main blanche et le pauvre au bras fort,
La mère qui semblait montrer son enfant mort,
Cheveux blancs, tête blonde, au milieu des squelettes,
La belle jeune fille aux lèvres violettes,

Côte à côte rangés dans l’ombre au pied des ifs,
Livides, stupéfaits, immobiles, pensifs,
Spectres du même crime et des mêmes désastres,
De leur œil fixe et vide ils regardaient les astres.
Dès l’aube, on s’en venait chercher dans ce gazon
L’absent qui n’était pas rentré dans la maison ;
Le peuple contemplait ces têtes effarées ;
La nuit, qui de décembre abrège les soirées,
Pudique, les couvrait du moins de son linceul.
Le soir, le vieux gardien des tombes, resté seul,
Hâtait le pas parmi les pierres sépulcrales,
Frémissant d’entrevoir toutes ces faces pâles ;
Et tandis qu’on pleurait dans les maisons en deuil,
L’âpre bise soufflait sur ces fronts sans cercueil,
L’ombre froide emplissait l’enclos aux murs funèbres.
Ô morts, que disiez-vous à Dieu dans ces ténèbres ?

On eût dit, en voyant ces morts mystérieux
Le cou hors de la terre et le regard aux cieux,
Que, dans le cimetière où le cyprès frissonne,
Entendant le clairon du jugement qui sonne,
Tous ces assassinés s’éveillaient brusquement,
Qu’ils voyaient, Bonaparte, au seuil du firmament
Amener devant Dieu ton âme horrible et fausse,
Et que, pour témoigner, ils sortaient de leur fosse.

Montmartre ! enclos fatal ! quand vient le soir obscur
Aujourd’hui le passant évite encor ce mur.

16 - 22 novembre. Jersey.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 17:17

Il y a des instants marquants,

Des moments forts en émotion

Qui perdurent à travers le temps

Au point qu'on en perd la notion.

Cette journée a été magique,

Nos invités ont joué le jeu,

Leurs costumes étaient magnifiques,

On en prit plein les yeux.

Merci à vous tous chers amis

De soutenir notre délire,

Merci à nos deux familles

Pour leur bonne humeur, leurs rires.

Quant à toi, mon tendre époux,

Merci pour nos épousailles,

C'était un projet un peu fou

Qui méritait qu'on l'assaille.

Un dépaysement total,

Une incursion dans le passé,

Une décoration médiévale

A la lumière des chandeliers.

Une musique d'un autre siècle

Accompagnait nos victuailles,

Alors que sur la piste en cercle

Nos corps dansant livraient bataille.

Les surprises étaient inévitables :

Une pièce de théâtre comique,

Une danse vraiment inoubliable,

Une chanson, un poème lyrique.

Tout était réuni pour que ce jour

Reste à jamais gravé dans nos esprits,

Merci aux seigneurs, dames et troubadours

D'avoir fait rimer amour et magie.

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Published by Satine - dans Amour
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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 17:04
Mauvaise étoile de R.J Ellory

Je connaissais R.J Ellory grâce à son roman les Anonymes dont je vous ai déjà parlé. J'avais apprécié l'intrigue, le style de l'écrivain alors autant renouveler l'expérience. Pas de déception à nouveau. Cette histoire est totalement différente puisqu'elle est centrée sur des adolescents et non sur la CIA, la mafia ou NYPD.

A l'origine, il s'agit de deux frères Clarence dit Clay et Elliott dit Digger qui ont eu la malchance de naître dans une mauvaise famille. Après avoir vu un de leur père tuer leur mère, ils sont placés dans des maisons de correction où ils vont subir les méchancetés des autres enfants mais aussi des responsables de l'institution. Ce qui les sauve, c'est l'amour qu'ils se portent tous les deux. En effet, Digger, l'aîné, protège son frère sans relâche et Clay considère son grand frère comme un héros.

Tout bascule le jour où Sheridan, un psychopathe cruel, violent, un meurtrier sans scrupule va les prendre en otage et les emmener avec lui en cavale.

Quatrième de couverture : Texas, 1964. Après l'assassinat de leur mère, Elliott et Clarence ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maison de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otage pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, les deux adolescents se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier. Alors que Sheridan sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes. Loin de se douter de la complexité de celle-ci, les policiers, lancés à leurs trousses, et en particulier l'inspecteur Cassidy, ne sont pas au bout de leurs surprises.

Sheridan va être l'élément déclencheur de la cruauté, de la haine, d'un besoin irrépressible de vengeance de Digger. Cette malheureuse coopération va le faire totalement basculer dans une folie meurtrière viscérale de plus en plus sombre. Clay va perdre le frère, le protecteur qu'il a toujours connu et encensé. Il sera complètement perdu et effrayé, terriblement seul.

Heureusement pour lui, une autre rencontre va le faire renaître. L'histoire va alors s'imbriquer autour de trois protagonistes principaux : Digger et sa folie, Clay et sa survie, les policiers et leurs enquêtes.

R.J Ellory parvient sans mal à nous attendrir avec Clay, à nous horrifier avec les pensées lugubres et violentes de Digger et Sheridan et à nous captiver avec les éléments des enquêtes de Cassidy, du FBI et des policiers des petites villes ensanglantées. C'est un véritable thriller sombre qui nous tient en haleine, nous surprend et nous enchante. A lire absolument !

Extrait : Ses mains éclaboussées de sang serraient le volant de toutes leurs forces, ses lèvres retroussées laissaient voir ses dents, son corps était tendu comme un ressort.

Digger se tourna vers Clay. Clay ne croisa pas son regard. Il tentait d'être invisible.

"T'aurais dû voir ça, dit Digger d'un ton excité, les mots franchissant ses lèvres à toute allure. T'aurais dû voir ça... il pissait le sang. Le gros porc... il pissait le sang..."

Il se mit à rire comme un dément, regarda Earl, la route. C'est alors qu'il prit conscience de son odeur, de l'urine qui avait imprégné son pantalon. Digger baissa la tête, puis il regarda Clay, et il y avait quelque chose de terrifiant dans son regard. Comme s'il avait désormais peur de lui-même mais était allé trop loin pour faire machine arrière.

Clay tendit la main vers l'épaule de son frêre. Digger la repoussa d'une gifle.

"Fous-moi la paix, dit-il. Fous-moi la paix, Clay..."

Clay fixa Digger du regard comme pour lui faire passer un message. Tu as le choix. Il n'est pas trop tard. On peut s'en sortir. On a survécu à tout jusqu'à maintenant. Laisse-moi t'aider. Ne fais pas ça, Digger... ne fais pas ça...

Mais Digger ne l'entendit pas.

Il se contenta de lancer à son frère un regard à la fois honteux et haineux... un regard mauvais.

Quelque chose s'était produit en Digger et Clay ne le reconnaissait plus.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 10:21

On ne peut parler de ce livre sans évoquer la préface suivante datant de 1853. Elle résume parfaitement l'état d'esprit dans lequel se trouve Victor Hugo à cette époque. On ne peut d'ailleurs qu'être d'accord avec ses pensées :

Il a été publié à Bruxelles une édition tronquée de ce livre, précédée de lignes que voici :

"Le faux serment est un crime.

Le guet-apens est un crime.

La séquestration arbitraire est un crime.

La subornation de fonctionnaires publics est un crime.

La subornation de juges est un crime.

Ce sera un des plus douloureux étonnements de l'avenir que, dans de nobles pays qui, au milieu de la prostration de l'Europe, avaient maintenu leur constitution et semblaient être les derniers et sacrés asiles de la probité et de la liberté, ce sera, disons-nous, l'étonnement de l'avenir que dans ces pays-là il ait été fait des lois pour protéger ce que toutes les lois humaines, d'accord avec toutes les lois divines, ont dans tous les temps appelé crime.

L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal.

Pourtant, que les patriotes qui défendent la liberté, que les généreux peuples auxquels la force voudrait imposer l'immoralité, ne désespèrent pas ; que, d'un autre côté, les coupables, en apparence tout-puissants, ne se hâtent pas trop de triompher en voyant les pages tronquées de ce livre.

Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres du peuple et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier.

La toute-puissance du mal n'a jamais abouti qu'à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l'étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression ; elle se réfugie d'une forme dans l'autre. Le flambeau rayonne ; si on l'éteint, si on l'engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l'on ne bâillonne pas la lumière.

Rien ne dompte la conscience de l'homme, car la conscience de l'homme, c'est la pensée de Dieu."

"Les quelques lignes qu'on vient de lire, préface d'un livre mutilé, contenaient l'engagement de publier le livre complet. Cet engagement, nous le tenons aujourd'hui."

Victor Hugo, Jersey

Au moment de rentrer en France (31 août 1870)

Qui peut, en ce instant où Dieu peut-être échoue,
Deviner
Si c'est du côté sombre ou joyeux que la roue
Va tourner ?

Qu'est-ce qui va sortir de ta main qui se voile,
Ô destin ?
Sera-ce l'ombre infâme et sinistre, ou l'étoile
Du matin ?

Je vois en même temps le meilleur et le pire ;
Noir tableau !
Car la France mérite Austerlitz, et l'empire
Waterloo.

J'irai, je rentrerai dans ta muraille sainte,
Ô Paris !
Je te rapporterai l'âme jamais éteinte
Des proscrits.

Puisque c'est l'heure où tous doivent se mettre à l'oeuvre,
Fiers, ardents,
Écraser au dehors le tigre, et la couleuvre
Au dedans ;

Puisque l'idéal pur, n'ayant pu nous convaincre,
S'engloutit ;
Puisque nul n'est trop grand pour mourir, ni pour vaincre
Trop petit ;

Puisqu'on voit dans les cieux poindre l'aurore noire
Du plus fort ;
Puisque tout devant nous maintenant est la gloire
Ou la mort ;

Puisqu'en ce jour le sang ruisselle, les toits brûlent,
Jour sacré !
Puisque c'est le moment où les lâches reculent,
J'accourrai.

Et mon ambition, quand vient sur la frontière
L'étranger,
La voici : Part aucune au pouvoir, part entière
Au danger.

Puisque ces ennemis, hier encor nos hôtes,
Sont chez nous,
J'irai, je me mettrai, France, devant tes fautes
À genoux !

J'insulterai leurs chants, leurs aigles noirs, leurs serres,
Leurs défis ;
Je te demanderai ma part de tes misères,
Moi ton fils.

Farouche, vénérant, sous leurs affronts infâmes,
Tes malheurs,
Je baiserai tes pieds, France, l'oeil plein de flammes
Et de pleurs.

France, tu verras bien qu'humble tête éclipsée
J'avais foi,
Et que je n'eus jamais dans l'âme une pensée
Que pour toi.

Tu me permettras d'être en sortant des ténèbres
Ton enfant ;
Et tandis que rira ce tas d'hommes funèbres
Triomphant,

Tu ne trouveras pas mauvais que je t'adore,
En priant,
Ébloui par ton front invincible, que dore
L'Orient.

Naguère, aux jours d'orgie où l'homme joyeux brille,
Et croit peu,
Pareil aux durs sarments desséchés où pétille
Un grand feu,

Quand, ivre de splendeur, de triomphe et de songes,
Tu dansais
Et tu chantais, en proie aux éclatants mensonges
Du succès,

Alors qu'on entendait ta fanfare de fête
Retentir,
Ô Paris, je t'ai fui comme le noir prophète
Fuyait Tyr.

Quand l'empire en Gomorrhe avait changé Lutèce,
Morne, amer,
Je me suis envolé dans la grande tristesse
De la mer.

Là, tragique, écoutant ta chanson, ton délire,
Bruits confus,
J'opposais à ton luxe, à ton rêve, à ton rire,
Un refus.

Mais aujourd'hui qu'arrive avec sa sombre foule
Attila,
Aujourd'hui que le monde autour de toi s'écroule,
Me voilà.

France, être sur ta claie à l'heure où l'on te traîne
Aux cheveux,
Ô ma mère, et porter mon anneau de ta chaîne,
Je le veux !

J'accours, puisque sur toi la bombe et la mitraille
Ont craché ;
Tu me regarderas debout sur ta muraille,
Ou couché.

Et peut-être, en ta terre où brille l'espérance,
Pur flambeau,
Pour prix de mon exil, tu m'accorderas, France,
Un tombeau.
Bruxelles, 31 août 1870.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 19:47

Epoustouflant ! Ce roman est absolument à lire.

C'est une descente dans l'esprit tortueux et machiavéliques de plusieurs individus assoiffés de meurtre, mais aussi une immersion dans les techniques d'investigation de plusieurs policiers, spécialistes des tueurs en série. C'est à vous retourner la tête tant tout paraît si réel, si cruel, si humain... Comme cela est précisé sur la quatrième de couverture, l'auteur a d'ailleurs été mis en examen par le FBI pour qu'il livre les sources lui ayant permis d'être aussi proche de la réalité. Ces problèmes judiciaires sont la raison pour laquelle ce livre est culte aux Etats-Unis.

Quatrième de couverture : « La plupart des tueurs en série n’ont rien à voir avec les mythes qu’ils ont engendrés. Ils ne vivent pas isolés, au milieu des bois ou au fin fond d’un asile. Ce sont vos propres voisins. Comme Bundy, Statler, Gacey, Williams, Merrin et des centaines d’autres sur cette liste, ce sont des individus que vous croisez aux réunions de parents d’élèves ou aux matchs de base-ball, ils prennent le bus avec vous, leurs enfants jouent avec les vôtres, et ils récitent peut-être même le Notre Père avec vous, lors de vos réunions de famille.» Ainsi parle Jack Scott, directeur du département fédéral en charge des crimes violents et spécialiste des serial killers. Lorsqu’une mère et ses deux filles sont sauvagement assassinées dans une mise en scène macabre, c’est le début d’une chasse à l’homme impitoyable. Jack, qui pensait avoir tout enduré, va entreprendre la chasse à l'homme la plus délicate, et la plus perverse, de sa longue carrière.

Ainsi commence ce roman. Nous vivons en direct les pensées, les envies, les idées lugubres du meurtrier de cette famille. Et ça glace, ça révulse, c'est inimaginable d'être aussi pervers. Puis ce sera le tour d'une autre famille dont la petite fille a disparu. Puis encore deux autres jeunes filles qui se feront kidnapper par deux hommes, deux amis aux besoins irrépressibles de meurtre. Où va le monde ? Que faire ? Doit-on nous enfermer chez nous, priver nos enfants de sortir ?

C'est impossible bien évidemment. Comme le précise à de nombreuses reprises Jack Scott, les tueurs en série sont inidentifiables, ils peuvent être n'importe qui. Heureusement que des hommes comme lui existent vraiment. Ces hommes sacrifient leur vie, leur santé mentale, leurs nuits devenues des cauchemars par toutes les horreurs qu'ils ont vu, entendu. Ils sont souvent à bout, exténués, fatigués de courir après tant de cruauté, de subir les peines atroces des familles des victimes, d'être le bouc émissaire sur lequel ces familles vont se défouler par nécessité car ils n'ont aucune autre alternative que d'attendre, d'espérer.

Cette prise en compte de la difficulté du métier de policier ou de spécialiste en criminologie est brillamment mise en lumière ici. On nous montre comment deux policiers opposés par leur âge, leurs expériences du terrain réagissent face aux crimes, aux familles des victimes, aux recherches pour coincer le coupable. C'est vraiment très intéressant surtout quand ces deux hommes vont tenter ensemble de résoudre les enquêtes.

Extrait 1 : Il traversa la pelouse, toujours confiant, toujours à l'aise. Il aperçut le crachotement muet d'une télévision projetant son halo, des hommes comme des papillons de nuit collés à une ampoule électrique, songea-t-il, des existences vides papillonnant de stupidité.

Et il les connaissait tous par leurs noms. En passant de maison en maison, rangée par rangée, il était capable d'énumérer leurs problèmes les plus intimes. Un couple avait un idiot de village pour fils. Un autre un épagneul affligé d'indigestion. Une femme s'était fait violer dans sa jeunesse. Une autre était sur le point de prendre sa retraite.

Marchant d'un pas nonchalant, flanquant un coup de pied dans un amas de feuilles, il se sentait comme un roi, comme si c'était son village, comme s'ils étaient ses sujets.

Extrait 2 : "En 1985, 14516 meurtres ont été commis en Amérique, classés Sans mobile apparent, autrement dit, il s'agit là d'homicides perpétrés par de complets inconnus, des individus qui n'en retirent rien, si ce n'est le meurtre en soi et pour soi. Pour répondre à ces meurtres, seuls seize suspects ont pu être appréhendés. Neuf ont été condamnés et, comme je suis convaincu qu'aucun de nous ici ce soir ne s'imagine que neuf hommes aient pu accomplir autant de forfaits en aussi peu de temps, on en tirera les conclusions qui s'imposent. Notons également que ce chiffre n'inclut pas les cinq mille cadavres supplémentaires qui relèvent chaque année de la catégorie des Personnes non identifiées, et il s'agit apparemment là de victimes de meurtres. Il convient donc de noter que ce sont là des estimations prudentes."

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 20:01

Finissons en beauté les poèmes de Mister Betjeman, il y a encore des étendues britanniques à visiter... Bon voyage avant un doux retour chez vous.

4) L’Est : Norfolk – Cambridge – Westgate on Sea

5) L’Ouest : de la Cornouailles en remontant jusqu’à Dawley

Golf en bord de mer

Comme elle a volé bien droit, comme elle a volé longtemps,

Elle a franchi la piste extérieure

Et s’élevant dans les airs, elle a disparu loin devant

Bien au-delà de la zone du bunker –

Un drive glorieux, toutes voiles dehors, et bondissant,

Qui m’a rendu heureux d’avoir été vivant.

Et au bout du fairway, là-bas au loin

Elle luisait dans sa blancheur nue ;

J’ai joué un fer puissant et serein

Et l’ai projetée hors de ma vue,

Et malgré les talus herbeux qui nous séparaient

Je savais que, sur le green, je la retrouverais.

Et c’est ce qui arriva. Elle reposait satisfaite

A deux pas du drapeau ;

Un putt régulier et sur ces entrefaites

Oh, la voilà définitivement entrée.

Le gazon lui-même s’est réjoui en voyant

Ce trois presque sans précédent.

Ah ! les grottes sablonneuses aux odeurs de varech

Les bouffées de brume et de serpolet,

La marée montante, les vagues de l’Atlantique

Giflant les falaises ensoleillées,

Le chant de l’alouette et les bruits de la mer

Et la splendeur, en tout lieu la splendeur.

5) Des femmes

6) Nostalgie

Floraison tardive du désir

Dégarnie est ma tête, fétide est mon haleine,

Mon menton n’est pas rasé,

Je n’ai plus aujourd’hui les joies qui furent miennes

Quand j’étais novice dans le péché.

Je fais courir mes doigts sur ta robe tout du long

Sous influence certaine du brandy

Et à ma caresse tu réponds

Et peut-être ressens-tu la même chose aussi.

Mais j’ai une image ne tête

De cette assemblée en soirée,

Où l’on voit deux squelettes

L’un contre l’autre serrés ;

Obscures, les orbites fixent la vacuité

Qui fut un jour regard aimant,

La bouche qui s’ouvre pour le baiser

N’a plus de langue dedans.

Je m’accroche à toi, par la crainte attisé

Comme désormais tu t’accroches à moi,

Je sens en toi, ma chère, tant de fragilité

Et me demande ce qui adviendra –

Combien encore ? Une semaine ou vingt ans ?

Et ensuite – quel genre de disparition ?

Un combat perdu d’avance dans un terrible tourment

Ou une lutte suffocante pour chaque respiration ?

Trop longtemps, nous avons laissé s’accrocher nos corps,

Du dégoût nous ne pouvons plus nous départir

Devant toutes les pensées que nous sentons éclore

Sous l’effet de cette floraison tardive du désir.

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 18:28
La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

Quatrième de couverture : Les femmes pressentent toujours ces choses-là. Lorsque Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, découvre qu'elle peut désormais s'offrir tout ce qu'elle veut, elle se pose la question : n'y a-t-il pas beaucoup plus à perdre ?

Idéal pour les vacances, ce roman est court, seulement 190 pages en livre de poche. C'est une amie Cathy qui me l'a prêté en me disant : "Tu verras il se lit vite et il est génial." Je confirme. L'écriture est tout ce que j'aime : pas de chichi, pas de fioriture, juste l'essentiel livré avec beaucoup de tendresse pour son héroïne Jocelyne. Et cette Jocelyne ! Une femme tout ce qu'il y a de plus ordinaire, elle pourrait être moi, toi, nous toutes car on se reconnaît en elle forcément, pas dans son intégralité certes mais il y a des passages où toute femme doit s'identifier à elle inéluctablement. Et c'est ça qui plaît. Dès les premières pages, cette Jocelyne on l'aime car elle nous ressemble et parce que c'est une femme bien, une épouse aimante, une mère dévouée, une femme simple qui tient une mercerie et qui vit dans une petite maison.

L'auteur va d'abord nous la présenter dans le présent puis dans le passé en nous racontant son enfance, sa rencontre avec Jocelyn, l'amour de sa vie, la naissance de leurs enfants... Alors on s'attache à elle encore davantage car comme nous toutes, elle a vécu des hauts et des bas, des orages parfois violents avec son époux, des moments de profonde solitude, des périodes qui sont douloureuses même pour nous simples lecteurs, mais elle a tenu bon. Elle s'est battue, n'a jamais renoncé pour son couple et ses enfants, c'est une femme forte alors même qu'elle nous paraît si sensible.

Puis arrive le jour J. Un jour que l'on attend peut-être tous mais que l'on craint aussi : elle va gagner une grosse somme d'argent au loto. D'où le titre. Que faire de tout cet argent ? Il y en a trop ! Alors elle fait une liste très simple, trop même et ça nous fait sourire. Elle y inscrit bien évidemment des choses pour elle mais surtout pour les autres car c'est une femme bonne et généreuse. Pourtant malgré ses petites envies, elle a peur de cette fortune et décide d'aller chercher le chèque le dernier jour et de ne pas l'encaisser tout de suite, ça l'effraie. Comment les autres vont-ils la percevoir ? Sera-t-elle à jamais sollicitée ? Les sentiments à son égard vont-ils changer ? Et son mari, comment va-t-il le prendre ? L'aimera-t-il plus pour son argent que pour elle ? Va-t-il tout dilapider sans compter ? Devra-t-elle changer de maison, de train de vie ? Tout cela elle ne le souhaite pas, elle aime sa petite vie comme elle est. Jusqu'au jour où... Chut, pas un mot de plus, juste une consigne :

LISEZ-LE AU PLUS VITE !

C'est bien la première fois que je vais écrire cela mais je tiens à remercier l'auteur. Un homme, que j'ai longtemps cru être une femme dissimulée, un pseudo pour masquer la vérité, mais la postface m'a convaincue que j'avais tort, c'est bien un homme. Mais alors comment peut-il si bien nous connaître ? Si bien nous mettre en valeur, nous comprendre, nous toucher ? Ce livre est un petit bijou pour nous autres demoiselles, on s'y sent bien, vraiment. Cette question, je ne suis apparemment pas la seule à me l'avoir posée puisqu'il répond dans sa postface qu'il nous aime parce qu'il est entouré de femmes dans sa vie et qu'il leur doit beaucoup... Cette Jocelyne est donc un hommage à sa mère tout simplement, un très bel, doux et tendre hommage à partager absolument.

Extrait : Je suis heureuse avec Jo. Il n'oublie aucun de nos anniversaires. Le week-end, il aime bricoler au garage. Il fabrique des petits meubles que nous vendons dans les brocantes. Il y a trois mois, il a installé le wifi parce que j'avais décidé d'écrire un blog sur mes tricots. Parfois, après avoir mangé, il me pince la joue en disant, t'es gentille toi Jo, t'es une bonne petite. Je sais. Ca peut vous sembler un brin machiste, mais ça vient de son coeur. Il est comme ça, Jo. La finesse, la légèreté, la subtilité des mots, il ne connaît pas bien. Il n'a pas lu beaucoup de livres ; il préfère les résumés aux raisonnements ; les images aux légendes. Il aimait bien les épisodes de Columbo parce que dès le début, on connaissait l'assassin.

Moi, les mots, j'aime bien. J'aime bien les phrases longues, les soupirs qui s'éternisent. J'aime bien quand les mots cachent parfois ce qu'ils disent ; ou le disent d'une manière nouvelle.

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 20:28

Avant dernière escale au côté de notre auteur so english, direction le Sud mes amis, un peu de soleil et de plaisir, ça vous tente ?

3) Le Sud : Le Dorset, le Hampshire et le Sussex

Cadre

Je suis un jeune cadre. Sans rival pour la propreté de mes poignets de chemise ;

J’ai un porte-documents Slimline et je roule dans la Cortina de l’entreprise.

D’ici à Burgess Hill, dans toutes les auberges au bord des routes

Les maîtres d’hôtel me connaissent tous et me laissent signer la note.

Vous me demandez quelle est mon activité. Et bien, concrètement, je m’explique,

Je suis un peu homme de liaison, un peu chargé de relations publiques

Principalement, j’assure la campagne export actuellement en vigueur

Et fondamentalement je suis opérationnel de dix heures jusqu’à cinq heures.

Pour les à-côtés fondamentaux – ce qui revient à parler transport –

J’ai une Aston-Martin écarlate – A-t-elle du punch ? Elle a le diable au corps !

Les piétons, les chats, les chiens – on les inscrit au carnage.

Je possède également un hors-bord, qui n’a jamais vu la plage.

Il est en fibres de verre, évidemment. Je l’ai appelé « Mandy Jane »,

Souvenir d’une oiselle que je fréquentais – Pur, s’il vous plait, sans soda –

Et comment l’ai-je acquis ? pour vous en faire la causette

Et vous en brosser le portrait, je dois changer la casquette.

Je suis un promoteur. Les sites que je recherche

Sont des bourgs de campagne tranquilles plutôt dans la dèche.

Un déjeuner et un ou deux verres, un peu de savoir-faire –

Et je mets dans la poche le responsable de l’urbanisme, le secrétaire de mairie et le maire.

Pour le cas où quelques défenseurs de l’environnement essaieraient d’interférer

Un arrêté de « péril en la demeure » du service technique de la municipalité

Viendra, en cas de problème, régler toute question de bâtiment –

Le style moderne, monsieur, sauf votre respect, s’implantera durablement.

Soleil et plaisir (chanson d’une propriétaire de night-club)

J’ai fait quelques pas dans le night-club ce matin ;

La poignée de porte et ses traces de Kummel,

Les cendriers qui n’étaient pas vidés,

Le ménage auquel on n’avait pas touché,

Et un sandwich à la tomate écrasé sur le sol.

J’ai ramené sur les côtés les épais rideaux magenta

Tellement Régence, tellement Régence, ma chère –

Et toute une meute de petites araignées

A fait la course entre les cidres embouteillés

Jusqu’à une caisse de mini Pollies près des bières.

Oh, dans l’été qui défile, soleil sur la rocade

Où tout se précipite vers la mer,

Et, chose par-dessus tout extraordinaire,

Ici où les camions font un bruit de tonnerre

Le soleil qui parvient à filtrer jusqu’à moi.

Quand Boris me rendait visite dans sa Sedanca,

Quand Teddy m’emmenait dans sa propriété

Quand mon nez inspirait la passion

Quand je suivais la mode de ma génération,

Quand je faisais attendre mes beaux tant que je voulais,

Il y avait suffisamment de soleil pour paresser sur le sable,

Il y avait suffisamment de plaisir jusque tard dans la nuit.

Mais aujourd’hui je meurs et mes jours sont comptés,

A quoi donc a servi ce bon temps dépensé ?

Me voilà vieille, malade, terrifiée et cuite.

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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 19:44
Petit dictionnaire amoureux des chats

L'auteur Frédéric Vitoux est né en 1944, romancier, essayiste et chroniqueur littéraire au Nouvel Observateur, il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels figurent Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline (1976), La Comédie de Terracina (1994), Grand Prix du roman de l'Académie française, Chats (2007) ou encore Clarisse (2008). En 2001, il a été élu à l'Académie française.

 

Frédéric Vitoux est un passionné des chats, d'ailleurs il dédie son livre de la façon suivante : "A la mémoire des cinq ou six chattes sauvages de l'espèce Felis silvestris libyca - elles n'étaient pas plus nombreuses ! - qui, il y a dix mille ans environ, décidèrent pour la première fois de se rapprocher des hommes devenus depuis peu sédentaires, quelque part au Moyen-Orient, et de vivre en bonne intelligence auprès d'eux... Avec ma reconnaissance un peu émerveillée. Et à Zelda..."

 

Avant de vous livrer quelques extraits de ce livre offert par une de mes amies (merci Marie-France), autant préciser son fonctionnement... Comme tout dictionnaire qui se respecte, il y a un ordre alphabétique. Pour chaque lettre, l'auteur aborde plusieurs thèmes : une race de chat, un titre de livre ou de film, un personnage célèbre, un comportement, une émotion, une fête, une ville... Ce dictionnaire traite donc du sujet "chat" dans toute sa splendeur, dans toute son immensité et nous révèle tant de mystères qu'on s'y love avec bonheur. Quand par chance en lisant cet ouvrage, on a notre propre chat qui ronronne à nos côtés sous nos caresses agiles, on est vraiment au paradis de nos amis mini-félins... En résumé c'est un livre très intéressant pour ceux qui aiment les chats, on y apprend vraiment beaucoup de choses dans plein de domaines différents mais surtout la relation homme-chat est mise à l'honneur avec beaucoup d'amour, de sincérité, de tendresse.

 

Bébert

Adopté tout d'abord par Robert le Vigan, fils de vétérinaire, qui parlait chat avec lui, Bébert souffrit des disputes entre Robert et sa compagne Tinou à tel point qu'il grossissait ou maigrissait à vue d'oeil en fonction des humeurs du couple. A leur séparation, Lucette, l'épouse de Louis-Ferdinand Céline recueillit le chat contre l'avis de son mari. Mais elle tint bon et quelques jours plus tard, le chat devint l'indispensable compagnon de l'écrivain. [...]

Bébert a été le compagnon de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894 - 1961). Il l'a escorté dans les épisodes les plus mouvementés de sa vie. Avec lui et avec son épouse Lucette, il a partagé la bohème de Montmartre, tutoyé l'écrivain Marcel Aymé, le peintre Gen Paul et l'acteur Robbert le Vigan, il a connu l'exode, il a observé l'Allemagne hitlérienne noyée sous les bombes et les incendies dans les derniers mois de la guerre, il a pris le train, il a déraillé, il a toisé des officiers supérieurs de la Wehrmacht et le maréchal Pétain dans les coulisses du château de Sigmarigen, il s'est réfugié au Danemark, il s'est caché... dans une prison, il a trempé ses pattes dans l'eau peu clémente de la Baltique, il a connu l'exil, il a pris l'avion, il a retrouvé la France en juillet 1951, il a villégiaturé à Menton, sur la Riviera, avant de finir ses jours dans le pavillon du Bas-Meudon, route des Gardes, où ils s'installèrent à la fin de cette année-là. C'est un destin. Ou, mieux, une odyssée.

 

Cabaret du Chat noir

Je tiens à ce Chat noir-là, qui fut bien plus qu'un cabaret mais devint une légende, un lieu emblématique de la bohème des années 1880-1900 à Paris et même, soyons plus précis, à Montmartre.

L'établissement ouvrit ses portes en 1881. Maurice Donnay, dramaturge et académicien français en écrivait : "La mode était alors aux cabarets artistiques et le Chat noir avait un air de "vieux Paris" grâce à des vitraux de couleurs, grâce à des pots d'étain, des vaisseaux de cuivre, des bancs et des chaises de bois massif, le tout du plus pur style Louis XIII. [...] Chaque soir on se réunissait, on récitait des vers, on chantait des chansons ; la renommée des ces fêtes étonnantes se répandit bientôt dans Paris ; bientôt la grosse finance, la politique nantie, la noce dorée vinrent rendre visite à l'insouciante bohème et, le vendredi surtout qui devint le jour chic, on vit au Chat noir des femmes de l'aristocratie, de la grande bourgeoisie et aussi des horizontales, comme on disait en ces temps verticaux..."

L'enseigne du Chat noir représentant l'animal dans un croissant de lune fut peinte par Adolphe Willette. Que de monde a pu défiler dessous ! [...] Ce qui n'empêchait pas d'y rencontrer aussi le vieux Paul Verlaine qui évoquait, entre deux absinthes, Arthur Rimbaud "Il est parti pour des Egyptes ! " s'écriait-il avec une gravité désolée. Claude Debussy dirigeait les choeurs des convives pour des chansons... peu debussyennes ! [...] Un nom n'a été cité qu'en passant, celui d'Aristide Bruant. [...] Il n'empêche que son morceau le plus connu reste bien la Ballade du Chat noir, créée en 1884 : "Je cherche fortune, Autour du Chat noir, Au clair de la lue, A Montmartre le soir."

[...]

Une question se pose, par laquelle, à vrai dire on aurait dû commencer cet article : pourquoi "Le Chat noir', pourquoi le chat de ce nom et de cette enseigne adoptés par Rodolphe Salis ? Je n'ai pas trouvé de réponses explicites. Mieux vaut donc en revenir au vraisemblable, à l'image symbolique véhiculée par cet animal, ce chat diabolique et nocturne dont le Moyen Age avait popularisé l'image, ce chat chargé de tous les défauts du monde, l'hypocrisie, la ruse, le vol, la sexualité débridée, la lubricité, la gloutonnerie. Au XIXème siècle, tout basculait. Le chat redevenait à la mode, un peu pour ces mêmes raisons. Déjà, au tout début des années 1820, le romantisme s'était tourné vers l'époque médiévale pour mieux rompre avec le classicisme. Que vive donc le chat noir comme emblème provocateur, ce chat noir censé porté malheur et que Rodolphe Salis affichait à la porte de son cabaret en signe de complicité affectueuse et insolente !

 

Citations

Chaque chat est un chef-d'oeuvre, Léonard de Vinci

Ne jamais laisser seuls un chaton et un arbre de Noël que l'on vient de décorer. Dave Atkins

Il n'y a pas de condition si humble et si vile qui arrive à le dégrader, parce qu'il n'y consent pas et qu'il garde toujours la seule liberté qui puisse être accordée aux créatures, c'est-à-dire la volonté et la résolution arrêtée d'être libre. Théodore de Banville

Le chat est beau ; il révèle des idées de luxe, de propreté, de volupté... Chat séraphique, chat étrange, en qui tout est, comme en en un ange, aussi subtil qu'harmonieux. Charles Baudelaire

Vous direz, un chat c'est une peau ! Pas du tout ! Un chat c'est l'ensorcellement même, le tact en ondes. Louis-Ferdinand Céline

Parfois il lui arrive de tenir en l'air une patte molle et de la contempler d'un air pensif. Ma femme pense que c'est parce qu'elle voudrait qu'on lui achète une montre-bracelet ; elle n'en a pas un besoin particulier - elle devine l'heure mieux que moi - mais il faut bien avoir quelques bijoux. Raymond Chandler

Même le chat le plus stupide semble en savoir plus long que n'importe quel chien. Eleanor Clark

Il n'y a pas de chats ordinaires. Colette

Le chat est une bête philosophique, rangée, tranquille, tenant à ses habitudes, amie de l'ordre et de la propreté et qui ne place pas ses affections à l'étourdie : il veut bien être votre ami si vous en êtes digne, mais non pas votre esclave. Théophile Gautier

Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. Alberto Giacometti

Dès qu'on a commencé à caresser le dos d'un chat, on n'a pas le droit de s'arrêter. Witold Gombrowicz

Faire la preuve que le chat a trois queues. Réponse : Aucun chat n'a deux queues. Un chat a une queue de plus qu'un aucun chat. Donc un chat a trois queues. Darwin A. Hindman

Le chat signe chacune de ses pensées avec sa queue. Ramon Gomez de la Serna

Tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat. Eugène Ionesco

Le chat est le seul animal qui soit arrivé à domestiquer l'homme. Marcel Mauss

Dieu a fait le chat pour donner à l'homme le plaisir de caresser le tigre. Joseph Méry

Les chats sont incompris parce qu'ils dédaignent de s'expliquer ; ils ne sont énigmatiques que pour ceux qui ignorent le pouvoir expressif du silence. Paul Morand

Chat échaudé craint l'eau chaude, ceux qui ébouillantent les chats devraient être refroidis. Jacques Prévert

L'idéal du calme est dans un chat assis. Jules Renard

Le chat ne nous caresse pas, il se caresse à nous. Antoine de Rivard

Il y a deux moyens d'oublier les tracas de la vie : la musique et les chats. Albert Schweitzer

J'ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure. Hippolyte Taine

Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j'en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage. Jules Verne

 

Lovecraft

"A la lumière de cette révélation, nous contemplons désormais dans toute sa splendeur une idole dressée sur un trône idéal de soie et d'or recouvert par un dôme chryséléphantin. Cette idole à la grâce immortelle dont les pauvres humains n'ont pas toujours su reconnaître les qualités, cet être majestueux, insoumis, mystérieux, voluptueux, babylonien, détaché, cet éternel compagnon des artistes supérieurs, ce parangon de beauté, ce frère de la poésie, doux, sérieux, au caractère de patricien : le chat."

Pour de telles lignes, comment ne pas rendre le plus vibrant des hommages à Howard Philips Lovecraft ?

 

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