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Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 19:53

Déplaçons-nous maintenant autour de Londres pour découvrir Slough et Newbury sous le regard taquin de John Betjeman... Bonne visite !

Slough

Allez-y, bombes bienfaisantes, sur Slough, il faut vous déverser

Cette terre ne convient plus aux hommes désormais,

Plus le moindre brin d’herbe en pâture à brouter

Répandez-vous, Trépas !

Allez-y, bombes, en mille morceaux pulvérisez-les

Ces cantines climatisées immaculées,

Ces fruits en boîte, viande en boîte, lait en boîte, haricots en boîte

Consciences en boîte, respiration en boîte.

Ruinez les ruines de ce qu’on prétend appeler une cité –

Pour une maison, quatre-vingt-dix-sept livres à débourser

Puis une fois par semaine, sur vingt années,

Une demi couronne,

Et visez bien cet homme au menton gras

Qui toujours trichera et toujours gagnera,

Qui lave sa peau dégoûtante de pacha

Dans les larmes des femmes,

Feu sur son bureau en chêne astiqué

Feu sur ses mains qui savent tout caresser

Faites taire son assommante blague d’obsédé

Faites-le hurler de douleur.

Mais épargnez les jeunes employés aux crânes luisants

Chargés d’additionner les profits de ce mufle puant ;

Ce n’est pas de leur faute s’ils ont l’esprit chancelant,

Ils ont goûté à l’Enfer.

Ce n’est pas de leur faute si le chant des oiseaux,

Ils n’ont pas pu l’apprendre à la radio,

Ce n’est pas de leur faute s’ils ont souvent les beaux

A Maidenhead.

S’ils parlent marques de voitures et sport

Dans différents pubs soi-disant Tudor

S’ils rotent plutôt que d’oser regarder dehors

Tout là-haut vers les étoiles.

Méticuleusement, dans des intérieurs toutes commodités,

Leurs femmes mettent en plis des cheveux oxygénés

Et à l’air synthétique les font sécher

En vernissant leurs ongles.

Tombez sur Slough, bienfaisantes bombes, allez-y !

Pour que la charrue y soit accueillie.

La récolte est pour aujourd’hui ;

La terre expire.

Jeux d’intérieur près de Newbury

Au milieu des bouleaux argentés serpente le macadam des petites routes tortueuses

Et les panneaux pour Bussock Bottom, Tussock Wood et Windy Brake,

Les pavillons à pignon, les églises aux tuiles bien accrochées, capturent les lumières de notre Lagonda

En route pour la fête de Wendy, la crème de citron et le Christmas cake.

Large gamme de moteurs vrombissants,

Une fois passée la pinède en ronronnant

Allez-y, Hupmobile, Delage !

Rapide le voyage avec vos chauffeurs,

Faisant crisser le gravier des demeures

A la sortie de leur confortable garage.

Oh Wendy, au moment où le tapis s’écrasait sous mes chaussons

Tu apparaissais là, dans la rivière de tes cheveux dorés,

Ravissante dans la lumière brillante de l’entrée

Tu te tenais là et aussitôt tu m’entraînais dans un jeu de clumps

Puis le nouveau Victrola se mettait à jouer

Et ton original d’oncle à annoncer

« Choisissez vos partenaires pour un fox-trot ! Dansez jusqu’à l’heure du thé !

Allez, jeunesse, et que ça swing ! »

Etait-ce la chance qui nous réunissait avec adresse,

Moi, qui t’aimais de toute ma tendresse,

Toi, qui me serrais tout contre toi, bien fort contre ta robe de soirée ?

« Rejoins-moi après le goûter ! » Ainsi nous rejoignions-nous et personne ne nous trouvait.

Oh ce placard sombre et douillet pendant que les autres jouaient à cache-cache !

Mains jointes dans le silence de la chambre autour de nous, nos deux cœurs qui battaient,

Mains jointes et entendant à peine les pas soudains, le bruit assourdi et les cris perçants.

Amour trop profondément enraciné pour s’embrasser –

« Où est Wendy ? Wendy nous a quittés ! »

Amour si pur qu’il ne pouvait durer ainsi,

Amour si puissant que, de peur, je demeurai transi

Quand tu serrais si fort mes doigts sans répit

Et murmurais dans ton étreinte « je suis ton amie ».

Good-bye Wendy ! Fées, elfes des pins et gnomes des mélèzes, à vous de jouer,

Les étoiles aux yeux de paillettes jettent de furtifs éclats

Sur le parcours glissé de la luxueuse Lagonda

Qui redescend les chemins sinueux du bitume vers les carreaux éclairés du foyer.

Là, au milieu des bouleaux argentés,

Toutes les cloches de tous les clochers

Ont retenti dans le reste du bain se vidant dans le frimas.

Wendy qui m’a fait me déshabiller à toute vitesse,

Wendy qui du drap devient la caresse

Wendy inclinée qui me bénit avec tendresse,

M’accompagne comme je dérive au pays des songes, sain et sauf dans mon pyjama.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 06:42

Voilà, un chapitre se tourne, c'est le dernier extrait, pour autant ne vous inquiétez pas, d'autres extraits des Châtiments d'Hugo suivront... Faites-moi confiance...

Bonne lecture !

XXX

[...]

Puisqu'un Dieu saigne au calvaire,

Ne nous plaignons pas, crois-moi.

Souffrons ! c'est la loi sévère.

Aimons ! c'est la douce loi.

Aimons ! soyons deux ! Le sage

N'est pas seul dans son vaisseau.

Les deux yeux font le visage ;

Les deux ailes font l'oiseau.

Soyons deux ! - Tout nous convie

A nous aimer jusqu'au soir.

N'ayons à deux qu'une vie !

N'ayons à deux qu'un espoir !

Dans ce monde de mensonges,

Moi, j'aimerai mes douleurs,

Si mes rêves sont tes songes,

Si mes larmes sont tes pleurs !

20 mai 1838

Caeruleum mare

Quand je rêve sur la falaise,
Ou dans les bois, les soirs d'été,
Sachant que la vie est mauvaise,
Je contemple l'éternité.

A travers mon sort mêlé d'ombres,
J'aperçois Dieu distinctement,
Comme à travers des branches sombres
On entrevoit le firmament !

Le firmament ! où les faux sages
Cherchent comme nous des conseils !
Le firmament plein de nuages,
Le firmament plein de soleils !

Un souffle épure notre fange.
Le monde est à Dieu, je le sens.
Toute fleur est une louange,
Et tout parfum est un encens.

La nuit, on croit sentir Dieu même
Penché sur l'homme palpitant.
La terre prie et le ciel aime.
Quelqu'un parle et quelqu'un entend.

Pourtant, toujours à notre extase,
Ô Seigneur, tu te dérobas !
Hélas ! tu mets là-haut le vase,
Et tu laisses l
a lèvre en bas !

Mais un jour ton œuvre profonde,
Nous la saurons, Dieu redouté !
Nous irons voir de monde en monde
S'épanouir ton unité !

[...]


Nous pourrons comparer, poëtes,
Penseurs croyant en nos raisons,
A tous les mondes que vous faites
Tous les rêves que nous faisons !

En attendant, sur cette terre,
Nous errons, troupeau désuni,
Portant en nous ce grand mystèr
e :
Œil borné, regard infini.

[...]


Hélas ! tout penseur semble avide
D'épouvanter l'homme orphelin :
Le savant dit : Le ciel est vide !
Le prêtre dit : L'enfe
r est plein !

[...]

Il faut aimer ! l'ombre en vain couvre
L'œil de notre esprit, quel qu'il soit.
Croyez, et la paupière s'ouvre !
Aimez, et la prun
elle voit !

[...]


La nuit, nul regard ne sait lire
Aux seuls feux des astres vermeils ;
Mais l'amour près de nous vient luire.
Une lampe aide
les soleils.

[...]


Aimez donc ! car tout le proclame,
Car l'esprit seul éclaire peu,
Et souvent le cœur d'une femme
Est l'explic
ation de Dieu !

[...]
25 mars 183
9.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 18:32

Poursuivons et finissons notre visite de Londres avec cet humour so british ! Enjoy

Dans l’abbaye de Westminster

Laisse-moi ôter mon autre gant

Tandis que la vox humana s’amplifie,

Et que les prairies enchanteresses de l’Eden

Se prélassent au soleil sous les cloches de l’abbaye.

Ici, où gisent les grands hommes d’Angleterre,

Ecoute d’une femme distinguée la prière.

Seigneur plein de grâce, oh bombarde les Allemands.

Epargne leurs femmes au nom de Ta Charité,

Et si cela pose trop de difficultés

Tes Erreurs seront pardonnées.

Mais, Seigneur plein de Grâce, quoi qu’il en soit,

Ne laisse aucune bombe tomber sur moi.

Conserve intact notre Empire

Que Ta Main conduise nos Drapeaux,

Les vaillants noirs de la lointaine Jamaïque,

Du Honduras et du Togo ;

Protège-les, Seigneur, sous le feu,

Et protège les blancs encore mieux.

Pense à ce que notre Nation représente,

Les livres de chez Boots, les petits chemins ruraux,

La liberté de parole, les forfaits de transport, la distinction sociale,

La démocratie et un réseau d’eaux usées comme il faut.

Seigneur, mets sous Ta protection toute particulière

Le cent-quatre-vingt-neuf, Cadogan Square.

Seigneur aimé, j’ai commis des péchés,

Cependant aucun crime très important ;

Désormais je me rendrai à l’Office du Soir

Dès que j’en aurai le temps.

Aussi, mets-moi de côté une couronne, Seigneur très bon.

Et ne laisse pas descendre le cours de mes actions.

Je travaillerai dur pour Ton Royaume,

J’aiderai nos gars à l’emporter par les armes,

J’enverrai des plumes blanches aux mauviettes

Je m’engagerai dans le corps d’armée des Femmes,

Et les Marches de Ton Trône, je les rendrai belles

Dans la Zone de Sécurité Eternelle.

Je me sens un peu mieux à présent,

Quelle récompense d’entendre une Parole de Toi,

Ici où les ossements d’importants chefs d’Etat,

Ont été ensevelis tant de fois.

Et maintenant, Seigneur aimé, je dois y aller

Car j’ai rendez-vous pour déjeuner.

N.W.5 & N.6

Les falaises rouges se dressent. Et vers leurs sommets, les monte-charges

S’élancent avec les provisions à des hauteurs argentées.

Lissenden Mansions. Et ma mémoire retrouve

Des lis dans les éclairages électriques semblables à des lis

Et des odeurs d’Irish stew dans l’odeur des prunus

Et des tumultes marins dans ceux des tramways londoniens.

Parmi tous ces souvenirs, ma mémoire ressuscite le calme

De cette haie de troènes sombre aux joies intarissables,

Ici en premier lieu, absorbée par son régime de feuilles,

Je regardais se nourrir la chenille ondulante

Et la voyais suspendue en une écume collante

Jusqu’au jaillissement du phalène hors de la chrysalide, après des semaines d’attente.

Je vois les branches noires d’un chêne se découper sur le ciel,

Des écureuils rouges sur le Burdett-Coutts estate.

Je pose à ma nurse la question « est-ce que je mourrai ? »

Au moment où les cloches de la triste Sainte-Anne retentissent si tard,

« Et si je meurs vraiment, irai-je au Paradis ? »

Highgate entre chien et loup. Mille neuf cent onze.

« Tu iras. Pas moi. » De la part de cette piètre bonne d’enfants,

Sadique et puritaine comme je m’en aperçois aujourd’hui,

J’ai d’abord appris ce qu’était la peur,

Nourri de force, étalé en travers sus ses genoux,

Enfermé dans des placards, à longueur de jour abandonné,

« Pour les siècles des siècles ». Terribles mots sur lesquels prier.

« Pour les siècles des siècles ». Ce n’est pas tant ce qu’elle ferait

Qui me terrifiait à ce point mais sa propre peur

Et sa culpabilité devant ce qui n’aurait pas de fin. Moi aussi je les ai attrapées,

Moi qui ai horreur de penser à la succession des sphères

Dans l’éternité et l’implacable volonté de Dieu.

J’ai attrapé sa terreur à cette époque. Je l’ai toujours.

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Published by Satine
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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 18:06

Il y a des poèmes comme celui que je vous ai choisi aujourd'hui qui méritent d'être lus dans leur intégralité. La longueur ici n'est pas un obstacle, bien au contraire, il rend hommage à son auteur car chaque vers, chaque rime, chaque quatrain sont d'une pure beauté.

Un seul poème donc à apprécier à sa juste valeur.

Bonne découverte.

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l'herbe assises,
Et dans l'ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L'heure où son étoile paisible
Va s'épanouir, fleur de feu,
Au bout d'une tige invisible.

Regarde-les. Regarde encor
Comme la vierge, fille d'Eve,
Jette en courant dans les blés d'or,
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l'écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant, quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux, si joyeux le soir,
Les arbres pleins d'éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s'élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprits dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Ses enfants, cœurs sans ombre encor,
Vases que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l'affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu'on voit pour tous varie ;
– L'un a : Gloire ! l'autre a : Bonheur !
L'un dit : Vertu ! l'autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même,
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c'est le mot suprême !

C'est le mot qui peut assoupir
L'ennui du front le plus morose !
C'est le mystérieux soupir
Qu'à toute heure fait toute chose !

C'est le mot d'où les autres mots
Sortent comme d'un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C'est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu'on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C'est le nœud des prés et des eaux !
C'est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C'est l'hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C'est le mystère de la mer,
Et c'est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C'est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c'est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c'est comprendre les cieux.
C'est mettre, qu'on dorme ou qu'on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C'est se chauffer à ce qui bout !
C'est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m'accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l'amour
Les vérités paraissent toutes !

L'homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d'apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l'un pour l'autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu'on ne peut voir
Une lumineu
se figure.

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L'été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr'ouverts,
L'onde s'épanche et l'herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L'amour, qu'il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.
23 mai 1839.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 20:28

Certains pourraient se demander qui est cet homme. Il n’y a pas de honte à cela, moi-même quand j’ai choisi ce livre dans le masse critique de Babelio, j’avoue que je ne savais pas de qui il s’agissait.

S’il n’est pas très connu en France, en Angleterre, c’est un héros, en tout cas l’un des poètes les plus appréciés. En effet, ce personnage met en vers tout l’amour qu’il a pour sa patrie. Il dépeint l’Angleterre comme nul autre avec justesse, délicatesse mais aussi avec humour. L’avant-propos précise d’ailleurs que quand le projet de traduire les poèmes en français a vu le jour, les Anglais se sont écriés : « Mais John Betjeman est intraduisible ! ». Pour conclure, la traductrice Anne Guerber va jusqu’à écrire : « Betjeman est à lui seul tout l’esprit anglais. »

Certes il n’a pas la beauté éblouissante de Shakespeare, ni la fougue ou la passion dévorante de Hugo dont chacun des vers est parfait en tout point, n’y cherchez pas des styles poétiques qui vous laissent cois car vous seriez un peu déçus. Par contre, laissez-vous bercer par ses rimes, par ses voyages aux quatre coins de sa contrée, ses descriptions pointilleuses vous dépayseront sans conteste et ses portraits « so british » vous feront sourire à coup sûr…

En tout cas, j’ai passé un bon moment à ses côtés sans en tomber follement amoureuse, mais j’avoue qu’il m’a donné envie de découvrir l’Angleterre si splendide à ses yeux et de prendre un thé avec ses habitants distingués…

 

Le livre est vraiment très agréable, le papier est d’une grande qualité, il y a des photographies de Betjeman, une carte pour suivre ses voyages et se repérer et des notes à la fin pour expliquer certaines expressions ou pour donner des informations supplémentaires. Le livre est découpé en fonction des régions-villes qu’il a décrites, la page de gauche est le texte original, la page de droite la traduction française, ce qui nous permet si on le souhaite de tester ses connaissances en anglais…

Enjoy ! 

betjeman.jpg

On va commencer par la ville de Londres qui sera découpée en deux parties puis viendront d'autres villes les unes après les autres. Bon dépaysement my friends !

 

1) Londres :

Noël

[…]

Et est-ce vrai ? Et est-ce vrai,

Ce conte de tous le plus incroyable,

Vu sur un vitrail coloré ;

Un nouveau-né dans une étable ?

Le Créateur des étoiles et des mers

Devenu Enfant pour moi sur terre ?

 

Et est-ce vrai ? Car si c’est vrai,

Aucun doigt affectueux nouant les liens

Autour de ces babioles emballées,

Les douceurs de Noël et les petits riens,

Les sels de bain et le parfum bon marché

Et l’hideuse cravate si tendrement adressée,

 

Aucun amour au cœur d’une famille niché,

Aucun chant de Noël réjouissant l’air glacé,

Ni aucune cloche faisant trembler les clochers

Ne peut se comparer à cette seule Vérité –

Que Dieu se fit Homme en Palestine

Et vit aujourd’hui dans le Pain et le Vin de la vigne.

 

 

A propos du portrait d’un sourd (une référence à la mort de son père)

Le vieux visage affable, la tête en forme d’œuf,

La cravate discrètement tape-à-l’œil,

Les habits de chasse un peu flottants,

Et si bien ajusté, un linceul.

 

Il aimait les vieilles salles à manger de la City,

Les pommes de terre en robe des champs,

Mais sa bouche n’est désormais ouverte

Que pour laisser la glaise de Londres entrer dedans.

 

Il m’emmenait pour de longues et silencieuses balades

Par des chemins de campagne, lorsqu’il était moins âgé,

Il connaissait le nom de chaque oiseau

Mais pas le chant qu’il chantait.

 

Quand mes paroles lui échappaient

Il souriait et semblait si majestueux

Que je préfère ne pas penser

Aux asticots dans ses yeux.

 

Il aimait l’air délavé de Cornouailles,

L’odeur de la terre labourée,

Il aimait un paysage nu à perte de vue

Et à l’huile il le peignait.

 

Mais moins que tout il aimait cet endroit

A la colline de Highgate Hill accroché

Terre mouillée couverte de marbre de Carrare

Où les Londoniens viennent s’entasser.

Il aurait aimé dire au revoir,

Serrer les mains de ses nombreux amis,

Mais à Highgate désormais les os de ses doigts

Du bout de ses mains sont sortis.

 

Toi, Dieu, qui le traite de la sorte,

Tu dis «  Sauvez son âme et priez ».

Tu me demandes de Te croire quand

 

Je ne vois que fumier.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 17:57

Encore deux poèmes avant le bouquet final... Bonne lecture.

 

Au statuaire David

 

[...]

Les grands hommes, héros ou penseurs, - demi-dieux !

Tour à tour sur le peuple ont passé radieux,

Les uns armés d'un glaive et les autres d'un livre,

Ceux-ci montrant du doigt la route qu'il faut suivre,

Ceux-là forçant la cause à sortir de l'effet ;

L'artiste ayant un rêve et le savant un fait ;

L'un a trouvé l'aimant, la presse, la boussole,

L'autre un monde où l'on va, l'autre un vers qui console.

[...]

- Le sculpteur ébloui contemple ces figures ! -

Il songe à la patrie, aux tombeaux solennels,

Aux cités à remplir d'exemples éternels ;

Et voici que déjà, vision magnifique !

Mollement éclairés d'un reflet pacifique,

Grandissant hors du sol de moment en moment,

De vagues bas-reliefs chargés confusément,

Au fond de son esprit, que la pensée encombre,

Les énormes frontons apparaissent dans l'ombre !

 

N'est-ce pas ? c'est ainsi qu'en ton cerveau, sans bruit,

L'édifice s'ébauche et l'oeuvre se construit ?

C'est là ce qui se passe en ta grande âme émue

Quand tout un panthéon ténébreux s'y remue ?

C'est ainsi, n'est-ce pas, ô maître ? que s'unit

L'homme à l'architecture et l'idée au granit ?

Oh ! qu'en ces instants-là ta fonction est haute !

Au seuil de ton fronton tu reçois comme un hôte

Ces hommes plus qu'humains. Sur un bloc de Paros

Tu t'assieds face à face avec tous ces héros.

Et là, devant tes yeux qui jamais ne défaillent,

Ces ombres, qui seront bronze et marbre, tressaillent.

L'avenir est à toi, ce but de tous les voeux,

Et tu peux le donner, ô maître, à qui tu veux !

Toi, répandant sur tous ton équité complète,

Prêtre autant que sculpteur, juge autant que poëte,

Accueillant celui-ci, rejetant celui-là,

Louant Napoléon, gourmandant Attila,

Parfois grandissant l'un par le contact de l'autre,

Dérangeant le guerrier pour mieux placer l'apôtre,

Tu fais des Dieux ! - tu dis, abaissant ta hauteur,

Au pauvre vieux soldat, à l'humble vieux pasteur :

- Entrez ; je vous connais. Vos couronnes sont prêtes.

Et tu dis à des rois : - Je ne sais qui vous êtes.

 

Car il ne suffit point d'avoir été des rois,

D'avoir porté le sceptre, et le globe, et la croix,

Pour que le fier poëte et l'altier statuaire

Etoilent dans sa nuit votre drap mortuaire,

Et des hauts panthéons vous ouvrent les chemins.

 

C'est vous-mêmes, ô rois, qui de vos propres mains

Bâtissez sur vos noms ou la gloire ou la honte !

[...]

Les actions qu'on fait ont des lèvres d'airain.

 

[...]

Maintenant, toi qui vas hors des routes tracées,

O pétrisseur de bronze, ô mouleur de pensées,

Considère combien les hommes sont petits,

Et maintiens-toi superbe au-dessus des partis.

Garde la dignité de ton ciseau sublime.

Ne laisse pas toucher ton marbre par la lime

Des sombres passions qui rongent tant d'esprits.

Michel-Ange avait Rome et David a Paris.

Donne donc à ta ville, ami, ce grand exemple

Que, si les marchands vils n'entrent pas dans le temple,

Les fureurs des tribuns et leur songe abhorré

N'entrent pas dans le coeur de l'artiste sacré !

Refuse aux cours ton art, donne au peuple tes veilles,

C'est bien, ô mon sculpteur ! mais loin de tes oreilles

Chasse ceux qui s'en vont flattant les carrefours,

Toi, dans ton atelier tu dois rêver toujours,

Et, de tout vice humain écrasant la couleuvre,

Toi-même par degrés t'éblouir de ton oeuvre !

Ce que ces hommes-là font dans l'ombre ou défont

Ne vaut pas ton regard levé vers le plafond

Cherchant la beauté pure et le grand et le juste.

Leur mission est basse et la tienne est auguste.

Et qui donc oserait mêler un seul moment

Aux mêmes visions, au même aveuglement,

Aux mêmes voeux haineux, insensés ou féroces,

Eux, esclaves des nains, toi, père des colosses !

                                   avril 1840

 

XXIV

 

Quand tu me parles de gloire,

Je souris amèrement.

Cette voix que tu veux croire,

Moi, je sais bien qu'elle ment.

 

La gloire est vite abattue.

L'envie au sanglant flambeau

N'épargne cette statue

Qu'assise au seuil d'un tombeau.

 

La prospérité s'envole,

Le pouvoir tombe et s'enfuit.

Un peu d'amour qui console

Vaut mieux et fait moins de bruit.

 

Je ne veux pas d'autres choses

Que ton sourire et ta voix,

De l'air, de l'ombre et des roses,

Et des rayons dans les bois !

 

Je ne veux, moi qui me voile

Dans la joie ou la douleur,

Que ton regard, mon étoile !

Que ton haleine, ô ma fleur !

 

Sous ta paupière vermeille

Qu'inonde un céleste jour,

Tout un univers sommeille.

Je n'y cherche que l'amour !

 

Ma pensée, urne profonde,

Vase à la douce liqueur,

Qui pourrait emplir le monde,

Ne veut emplir que ton coeur !

 

Chante ! en moi l'extase coule.

Ris-moi ! c'est mon seul besoin.

Que m'importe cette foule

Qui fait sa rumeur au loin !

 

Dans l'ivresse où tu me plonges,

En vain, pour briser nos noeuds,

Je vois passer dans mes songes

Les poëtes lumineux !

 

Je veux, quoi qu'ils me conseillent,

Préférer, jusqu'à la mort,

Aux fanfares qui m'éveillent

Ta chanson qui me rendort.

 

Je veux, dût mon nom suprême

Au front des cieux s'allumer,

Qu'une moitié de moi-même

Reste ici-bas pour t'aimer !

 

Laisse-moi t'aimer dans l'ombre,

Triste, ou du moins sérieux.

La tristesse est un lieu sombre

Où l'amour rayonne mieux.

 

Ange aux yeux pleins d'étincelles,

Femme aux jours de pleurs noyés,

Prends mon âme sur tes ailes,

Laisse mon coeur à tes pieds !

 

                                   12 octobre 1837

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 20:07

Que l'an 2015 vous apporte de la joie,

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beaucoup de bonheur,

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et de prospérité,

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que des chemins inattendus 

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vous offre beaucoup d'amour

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et des amitiés sincères...

amitié

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:00

Voici deux nouveaux extraits, le deuxième est particulièrement touchant puisqu'il raconte une période de la jeunesse de Victor Hugo au côté de sa mère. Bonne lecture.

 

 

Dans le cimetière de * * *

La foule des vivants rit et suit sa folie, 
Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ; 
Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie, 
Moi, rêveur, je me sens regardé fixement.

Ils savent que je suis l'homme des solitudes, 
Le promeneur pensif sous les arbres épais, 
L'esprit qui trouve, ayant ses douleurs pour études, 
Au seuil de tout le trouble, au fond de tout la paix !

Ils savent l'attitude attentive et penchée 
Que j'ai parmi les buis, les fosses et les croix ; 
Ils m'entendent marcher sur la feuille séchée ; 
Ils m'ont vu contempler des ombres dans les bois.

Ils comprennent ma voix, sur le monde épanchée, 
Mieux que vous, ô vivants, bruyants et querelleurs ! 
Les hymnes de la lyre en mon âme cachée, 
Pour vous ce sont des chants, pour eux ce sont des pleurs.

Oubliés des vivants, la nature leur reste.
Dans le jardin des morts, où nous dormirons tous,
L'aube jette un regard plus calme et plus céleste,
Le lys semble plus pur, l'oiseau semble plus doux.

Moi, c'est là que je vis ! — Cueillant les roses blanches, 
Consolant les tombeaux délaissés trop longtemps, 
Je passe et je reviens, je dérange les branches, 
Je fais du bruit dans l'herbe, et les morts sont contents.

Là je rêve ! et, rôdant dans le champ léthargique, 
Je vois, avec des yeux dans ma pensée ouverts, 
Se transformer mon âme en un monde magique, 
Miroir mystérieux du visible univers.

Regardant sans les voir de vagues scarabées, 
Des rameaux indistincts, des formes, des couleurs, 
Là, j'ai dans l'ombre, assis sur des pierres tombées, 
Des éblouissements de rayons et de fleurs.

Là, le songe idéal qui remplit ma paupière 
Flotte, lumineux voile, entre la terre et nous ; 
Là, mes doutes ingrats se fondent en prière ; 
Je commence debout et j'achève à genoux.

Comme au creux du rocher vole l'humble colombe, 
Cherchant la goutte d'eau qui tombe avant le jour, 
Mon esprit altéré, dans l'ombre de la tombe, 
Va boire un peu de foi, d'espérance et d'amour !

                                   13 mars 1840

 

Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813

 

[...]
L'homme congédié, de ses discours frappée,
Ma mère demeura triste et préoccupée.
Que faire ? que vouloir ? qui donc avait raison :
Ou le morne collège, ou l'heureuse maison ?
Qui sait mieux de la vie accomplir l'oeuvre austère :
L'écolier turbulent, ou l'enfant solitaire ?
Problèmes ! questions ! elle hésitait beaucoup.
L'affaire était bien grave. Humble femme après tout,
Ame par le destin, non par les livres faite,
De quel front repousser ce tragique prophète,
Au ton si magistral, aux gestes si certains,
Qui lui parlait au nom des grecs et des latins ?
Le prêtre était savant sans doute : mais, que sais-je ?
Apprend-on par le maître ou bien par le collège ?
Et puis enfin, - souvent ainsi nous triomphons ! -
L'homme le plus vulgaire a de grands mots profonds :
- "Il est indispensable ! - il convient ! - il importe ! "
Qui troublent quelques fois la femme la plus forte.
Pauvre mère ! lequel choisir des deux chemins ?
Tout le sort de son fils se pesait dans ses mains.
Tremblante, elle tenait cette lourde balance,
Et croyait bien la voir par moments en silence
Pencher vers le collège, hélas ! en opposant
Mon bonheur à venir à mon bonheur présent.

 

Elle songeait ainsi sans sommeil et sans trêve.

 

[...]
C'est dans ces moments-là, comme je vous dis,
Que tout ce beau jardin, radieux paradis,
Tous ces vieux murs croulants, toutes ces jeunes roses,
Tous ces objets pensifs, toutes ces douces choses,
Parlèrent à ma mère avec l'onde et le vent,
Et lui dirent tout bas : "Laisse-nous cet enfant !

 

Laisse-nous cet enfant, pauvre mère troublée !
Cette prunelle ardente, ingénue, étoilée,
Cette tête au front pur qu'aucun deuil ne voila,
Cette âme neuve encor, mère, laisse-nous-la !
Ne va pas la jeter au hasard dans la foule.
La foule est un torrent qui brise ce qui roule.
Ainsi que les oiseaux les enfants ont leurs peurs.
Laisse à notre air limpide, à nos moites vapeurs,
A nos soupirs, légers comme l'aile d'un songe,
Cette bouche où jamais n'a passé le mensonge,
Ce sourire naïf que sa candeur défend.
O mère au coeur profond, laisse-nous cet enfant !
Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées ;
Nous changerons en jours ses lueurs commencées ;
Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés ;
Car nous sommes les fleurs, les rameaux, les clartés,
Nous sommes la nature et la source éternelle
Où toute soif s'étanche, où se lave toute aile ;
Et les bois, et les champs, du sage seul compris,
Font l'éducation de tous les grands esprits !
Laisse croître l'enfant parmi nos bruits sublimes.
Nous le pénètrerons de ces parfums intimes,
Nés du souffle céleste épars dans tout beau lieu,
Qui font sortir de l'homme et monter jusqu'à Dieu,
Comme le chant d'un luth, comme l'encens d'un vase,
L'espérance, l'amour, la prière et l'extase !
Nous pencherons ses yeux vers l'ombre d'ici-bas,
Vers le secret de tout entr'ouvert sous ses pas.
D'enfant nous le ferons homme, et d'homme poëte.
Pour former de ses sens la corolle inquiète,
C'est nous qu'il faut choisir ; et nous lui montrerons
Comment, de l'aube au soir, du chêne aux moucherons,
Emplissant tout, reflets, couleurs, brumes, haleines,
La vie aux mille aspects rit dans les vertes plaines.
Nous te le rendrons simple et des cieux ébloui ;
Et nous ferons germer de toutes parts en lui
Pour l'homme, triste effet perdu sous tant de causes,
Cette pitié qui naît du spectacle des choses !
Laisse-nous cet enfant ! nous lui ferons un coeur
Qui comprendra la femme ; un esprit non moqueur,
Où naîtront aisément le songe et la chimère,
Qui prendra Dieu pour livre et les champs pour grammaire ;
Une âme, pur foyer de secrètes faveurs,
Qui luira doucement sur tous les fronts rêveurs,
Et, comme le soleil dans les fleurs fécondées,
Jettera des rayons sur toutes les idées !"

 

Ainsi parlaient, à l'heure où la ville se tait,
L'astre, la plante et l'arbre, - et ma mère écoutait.

 

Enfants ! ont-ils tenu leur promesse sacrée ?
Je ne sais. Mais je sais que ma mère adorée
Les crut, et, m'épargnant d'ennuyeuses prisons,
Confia ma jeune âme à leurs douces leçons.
[...]
                                   31 mai 1839
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 17:11

Une petite parodie à l'occasion des 60 ans de mes parents qui avaient convié pour ce jour tous leurs amis et familles. J'avais choisi la chanson de Tino Rossi : "la vie commence à 60 ans" car les refrains étaient vraiment superbes. J'ai juste changé les strophes pour rendre la chanson plus personnelle et appropriée à mes parents. Bonne lecture.

 

Ces 60 années que vous fêtez

Est-c' la réalité ?

Le temps n'a pas de prise sur vous,

Nous en sommes jaloux.

Où sont les rid' qu'on essaie de cacher,

Les cheveux poivrés-salés ?

Quelle potion avez-vous bu ?

On est sur le cul !


 

Refrain :

La vie commence à 60 ans

Quand on la connaît mieux qu'avant

Et que l'on a appris par coeur

Tous les raccourcis du bonheur.

La vie commence à 60 ans

Quand on peut prendr' enfin le temps

De répondr' aux questions qu'on pos',

De s'approcher plus près des chos'.


 

C'est une chanc' que nous avons eu

D'vous avoir comm' parent,

Les soirées tarot, whist et barbu

Ont marqué notre temps.

Vous nous avez tant appris, tant donné,

On ne veut rien oublier,

Doux papa, tendre maman,

On vous aime tant.


 

Refrain 2 :

La vie commence à 60 ans

Quand on se réveill' en chantant

Avec une voix toute neuv'

Et un moral à tout' épreuv',

Quand on a encore tout à fair'

Cueillir ses ros', être grands-parents

Chaqu' instant a un commenc'ment

 

La vie commenc' à 60 ans.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 10:27

Poursuivons la lecture de ce formidable ouvrage :


Fiat voluntas

 

Pauvre femme ! son lait à sa tête est monté.
Et, dans ses froids salons, le monde a répété,
Parmi les vains propos que chaque jour emporte,
Hier, qu'elle était folle, aujourd'hui, qu'elle est morte ;
Et, seul au champ des morts, je foule ce gazon,
Cette tombe où sa vie a suivi sa raison !

Folle ! morte ! pourquoi ? Mon Dieu ! pour peu de chose !
Pour un fragile enfant dont la paupière est close,
Pour un doux nouveau-né, tête aux fraîches couleurs,
Qui naguère à son sein, comme une mouche aux fleurs,
Pendait, riait, pleurait, et, malgré ses prières,
Troublant tout leur sommeil pendant des nuits entières,
Faisait mille discours, pauvre petit ami !
Et qui ne dit plus rien, car il est endormi.

Quand elle vit son fils, le soir d'un jour bien sombre,
Car elle l'appelait son fils, cette vaine ombre !
Quand elle vit l'enfant glacé dans sa pâleur,
– Oh ! ne consolez point une telle douleur ! –
Elle ne pleura pas. Le lait avec la fièvre
Soudain troubla sa tête et fit trembler sa lèvre ;
Et depuis ce jour-là, sans voir et sans parler,
Elle allait devant elle et regardait aller.
Elle cherchait dans l'ombre une chose perdue,
Son enfant disparu dans la vague étendue ;
Et par moments penchait son oreille en marchant,
Comme si sous la terre elle entendait un chant !

Une femme du peuple, un jour que dans la rue
Se pressait sur ses pas une foule accourue,
Rien qu'à la voir souffrir devina son malheur.
Les hommes, en voyant ce beau front sans couleur,
Et cet œil froid toujours suivant une chimère,
S'écriaient : Pauvre folle ! Elle dit : Pauvre mère !

Pauvre mère, en effet ! Un soupir étouffant
Parfois coupait sa voix qui murmurait : L'enfant !
Parfois elle semblait, dans la cendre enfouie,
Chercher une lueur au ciel évanouie ;
Car la jeune âme enfuie, hélas ! de sa maison,
Avait en s'en allant emporté sa raison !

On avait beau lui dire, en parlant à voix basse,
Que la vie est ainsi, que tout meurt, que tout passe ;
Et qu'il est des enfants, – mères, sachez-le bien ! –

Que Dieu, qui prête tout et qui ne donne rien,
Pour rafraîchir nos fronts avec leurs ailes blanches,
Met comme des oiseaux pour un jour sur nos branches !
On avait beau lui dire, elle n'entendait pas.
L'œil fixe, elle voyait toujours devant ses pas
S'ouvrir les bras charmants de l'enfant qui l'appelle.
Elle avait des hochets fait une humble chapelle.
C’est ainsi qu’elle est morte – en deux mois, sans efforts.

Car rien n'est plus puissant que ces petits bras morts
Pour tirer promptement les mères dans la tombe.
Où l'enfant est tombé bientôt la femme tombe.
Qu'est-ce qu'une maison dont le seuil est désert ?
Qu'un lit sans un berceau ? Dieu clément ! à quoi sert
Le regard maternel sans l'enfant qui repose ?
A quoi bon ce sein blanc sans cette bouche rose ?
[…]

17 février 1837

 

A Laure, Duchesse d’A.

 

Puisqu'ils n'ont pas compris, dans leur étroite sphère, 
Qu'après tant de splendeur, de puissance et d'orgueil, 
Il était grand et beau que la France dût faire 
L'aumône d'une fosse à ton noble cercueil ;

Puisqu'ils n'ont pas senti que celle qui sans crainte 
Toujours loua la gloire et flétrit les bourreaux 
A le droit de dormir sur la colline sainte, 
A le droit de dormir à l'ombre des héros ;

Puisque le souvenir de nos grandes batailles 
Ne brûle pas en eux comme un sacré flambeau ; 
Puisqu'ils n'ont pas de cœur ; puisqu'ils n'ont point d'entrailles ;
Puisqu'ils t'ont refusé la pierre d'un tombeau ;

C'est à nous de chanter un chant expiatoire ! 
C'est à nous de t'offrir notre deuil à genoux ! 
C'est à nous, c'est à nous de prendre ta mémoire 
Et de l'ensevelir dans un vers triste et doux !

C'est à nous cette fois de garder, de défendre 
La mort contre l'oubli, son pâle compagnon ; 
C'est à nous d'effeuiller des roses sur ta cendre ;
C'est à nous de jeter des lauriers sur ton nom !

Puisqu'un stupide affront, pauvre femme endormie, 
Monte jusqu'à ton front que César étoila, 
C'est à moi, dont ta main pressa la main amie, 
De te dire tout bas : Ne crains rien ! je suis là !

Car j'ai ma mission ; car, armé d'une lyre, 
Plein d'hymnes irrités ardents à s'épancher, 
Je garde le trésor des gloires de l'empire ; 
Je n'ai jamais souffert qu'on osât y toucher !

Car ton cœur abondait en souvenirs fidèles ! 
Dans notre ciel sinistre et sur nos tristes jours, 
Ton noble esprit planait avec de nobles ailes, 
Comme un aigle souvent, comme un ange toujours !

Car, forte pour tes maux et bonne pour les nôtres, 
Livrée à la tempête et femme en proie au sort, 
Jamais tu n'imitas l'exemple de tant d'autres, 
Et d'une lâcheté tu ne te fis un port !

Car, toi la muse illustre, et moi l'obscur apôtre, 
Nous avons dans ce monde eu le même mandat, 
Et c'est un nœud profond qui nous joint l'un à l'autre, 
Toi, veuve d'un héros, et moi, fils d'un soldat !

Aussi, sans me lasser, dans celte Babylone, 
Des drapeaux insultés baisant chaque lambeau, 
J'ai dit pour l'empereur : Rendez-lui sa colonne ! 
Et je dirai pour toi : Donnez-lui son tombeau !

 

                                   12 mars 1840

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