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Cette pièce aurait été composée en quatorze jours à la demande de la reine Elisabeth, qui, apparemment, se serait prise d’affection
pour le personnage de Falstaff dans Henri IV et aurait fait la requête à Shakespeare de le faire revenir dans une pièce où il tomberait amoureux.
Résumé : Cette comédie parle évidemment d’amour mais place cette fois-ci la jalousie et l’avidité au premier plan. Deux familles vont se côtoyer et les épouses auront du fil à retordre pour contrecarrer les élans vils et vicieux de Falstaff. En effet, Mistress Page et Mistress Gué se rendent compte qu’elles ont reçu chacune une lettre d’amour absolument identique de ce gros personnage répugnant. Gué étant d’une jalousie maladive, les deux femmes décident de lui tendre des pièges afin de remettre Falstaff à sa place et de calmer le comportement abusif de Gué. En parallèle à cette histoire, il y aura aussi la question du mariage forcé qui sera soulevée avec la fille Page en première ligne.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette comédie où le personnage de Falstaff est vraiment tourné en ridicule, les mistresses lui font passer de mauvais moments et la jalousie de Gué est tellement disproportionnée qu’elle le fait passer pour un sot. Je vous recommande vivement cette comédie qui ne vous laissera pas de marbre même si le verbe de Shakespeare est moins mis en avant ici.
Sans attendre quelques extraits :
Acte II Scène 2 :
Gué se faisant passer pour Monsieur Fontaine amoureux éperdu de Mistress Gué : Je l’aime depuis longtemps, et je vous proteste que j’ai beaucoup fait pour elle : je l’ai suivie avec l’assiduité la plus passionnée ; j’ai saisi tous les moyens favorables pour la rencontrer ; j’ai payé chèrement la plus mince occasion de l’entrevoir, fût-ce un instant. Non seulement j’ai acheté pour elle bien des présents, mais j’ai donné beaucoup à bien des gens pour savoir quels dons elle pouvait souhaiter. Bref, je l’ai poursuivie, comme l’amour me poursuivait moi-même, c’est-à-dire sur les ailes de toute occasion. Mais, quoi que j’aie pu mériter, soit par mes sentiments, soit par mes procédés, je suis bien sûr de n’en avoir retiré aucun bénéfice, à moins que l’expérience ne soit un trésor ; pour celui-là, je l’ai acheté à un taux exorbitant, et c’est ce qui m’a appris à dire ceci : « l’amour fuit comme une ombre d’amour réel qui le poursuit, poursuivant qui le fuit, fuyant qui le poursuit. »
Falstaff : N’avez-vous reçu d’elle aucune promesse encourageante ?
Gué : Aucune.
Falstaff : L’avez-vous pressée à cet effet ?
Gué : Jamais.
Falstaff : De quelle nature était donc votre amour ?
Gué : Comme une belle maison bâtie sur le terrain d’un autre. En sorte que j’ai perdu l’édifice pour m’être trompé d’emplacement.
Acte III Scène 2 :
L’Hôte (par la ruse a permis l’évitement d’un duel entre le docteur français Caïus et le prêtre Sir Hugh Evans) : Paix, dis-je ! Ecoutez mon hôte de la Jarretière. Suis-je politique ? Suis-je subtil ? Suis-je un Machiavel ? Voudrais-je perdre mon docteur ? Non : il me donne des potions et des lotions. Voudrais-je perdre mon pasteur ? mon prêtre ? mon Sir Hugh ? Non : il me donne le verbe et les proverbes… Donne-moi ta main, savant terrestre… Donne-moi ta main, savant céleste. Ainsi, ainsi ! Enfants de la science, je vous ai trompé tous deux : je vous ai indiqué des rendez-vous différents. Vos cœurs sont grands, vos peaux sont intactes ; que le vin chaud termine cette affaire ! Allons mettre leurs épées en gage… Suis-moi, gars de paix ! Suivez, suivez, suivez !
Acte III Scène 5 :
Falstaff : […] Les marauds m’ont versé dans la rivière avec aussi peu de remords que s’ils avaient noyé les quinze aveugles petits d’une chienne ! Et vous pouvez voir par ma corpulence que j’ai une certaine propension à enfoncer ; quand le fond eût atteint jusqu’à l’enfer, j’y serais dégringolé. J’aurais été noyé si la rivière n’avait été basse et pleine d’écueils… Une mort que j’abhorre ! car l’eau enfle un homme. Et quelle figure j’aurais faite, ainsi enfilé ! J’aurais été une momie-montagne.
[…]
Allons ! versons un peu de vin dans l’eau de la Tamise. J’ai le ventre glacé comme si j’avais avalé des boules de neige en guise de pilules pour me rafraîchir les entrailles…
[ …]
Mistress Gué ! J’en ai eu assez, de gué ! J’ai été jeté dans le gué ! J’ai du gué plein le ventre !
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