Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Satine
  • : Ecoutez les battements de mon coeur, laissez-vous bercer par sa musique et partagez ma passion pour la poésie.
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Référencement

PageRank Actuel
Actualité blog 

Archives

Bienvenue

Coucher-de-soleil.jpg
Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.
  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…
  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 08:27

Un premier poème totalement poignant dont la fin ne vous laissera pas de marbre, donc même si la tristesse s'empare de vous, trouvez le courage de le lire jusqu'au bout... Le second est plus subtil. Bonne lecture !

 

 

Le revenant

 

Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus. 
Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus, 
Parfois au même nid rend la même colombe. 
Ô mères ! le berceau communique à la tombe. 
L'éternité contient plus d'un divin secret. 

La mère dont je vais vous parler demeurait 
À Blois ; je l'ai connue en un temps plus prospère ; 
Et sa maison touchait à celle de mon père. 
Elle avait tous les biens que Dieu donne ou permet. 
On l'avait mariée à l'homme qu'elle aimait. 
Elle eut un fils ; ce fut une ineffable joie. 

Ce premier-né couchait dans un berceau de soie ; 
Sa mère l'allaitait ; il faisait un doux bruit 
À côté du chevet nuptial ; et, la nuit, 
La mère ouvrait son âme aux chimères sans nombre, 
Pauvre mère, et ses yeux resplendissaient dans l'ombre 
Quand, sans souffle, sans voix, renonçant au sommeil, 
Penchée, elle écoutait dormir l'enfant vermeil. 
Dès l'aube, elle chantait, ravie et toute fière. 

Elle se renversait sur sa chaise en arrière, 
Son fichu laissant voir son sein gonflé de lait, 
Et souriait au faible enfant, et l'appelait 
Ange, trésor, amour ; et mille folles choses. 
Oh ! comme elle baisait ces beaux petits pieds roses ! 
Comme elle leur parlait ! L'enfant, charmant et nu, 
Riait, et par se mains sous les bras soutenu, 
Joyeux, de ses genoux montait jusqu'à sa bouche. 

Tremblant comme le daim qu'une feuille effarouche, 
Il grandit. Pour l'enfant, grandir, c'est chanceler. 
Il se mit à marcher, il se mit à parler. 
Il eut trois ans ; doux âge, où déjà la parole, 
Comme le jeune oiseau, bat de l'aile et s'envole. 
Et la disait :  Mon fils ! - et reprenait : 
- Voyez comme il est grand ! Il apprend ; il connaît 
Ses lettres. C'est un diable ! Il veut que je l'habille 
En homme ; il ne veut plus de ses robes de fille. 
C'est déjà très méchant, ces petits hommes-là ! 
C'est égal, il lit bien ; il ira loin ; il a 
De l'esprit ; je lui fais épeler l'Évangile.- 
Et ses yeux adoraient cette tête fragile, 
Et, femme heureuse, et mère au regard triomphant, 
Elle sentait son coeur battre dans son enfant. 

Un jour, - nous avons tous de ces dates funèbres ! - 
Le croup, monstre hideux, épervier des ténèbres, 
Sur la blanche maison brusquement s'abattit, 
Horrible, et, se ruant sur le pauvre petit, 
Le saisit à la gorge. O noire maladie ! 
De l'air par qui l'on vit sinistre perfidie ! 
Qui n'a vu se débattre, hélas, ces doux enfants 
Qu'étreint le croup féroce en ses doigts étouffants ! 
Ils luttent ; l'ombre emplit lentement leurs yeux d'ange, 
Et de leur bouche froide il sort un râle étrange, 
Et si mystérieux, qu'il semble qu'on entend, 
Dans leur poitrine, où meurt le souffle haletant, 
L'affreux coq du tombeau chanter son aube obscure. 
Tel qu'un fruit qui du givre a senti la piqûre, 
L'enfant mourut. La mort entra comme un voleur 
Et le prit. - Une mère, un père, la douleur, 
Le noir cercueil, le front qui se heurte aux murailles, 
Les lugubres sanglots qui sortent des entrailles, 
Oh ! la parole expire où commence le cri ; 
Silence aux mots humains ! 

                                   La mère au coeur meurtri, 
Pendant qu'à ses côtés pleurait le père sombre, 
Resta trois mois sinistre, immobile dans l'ombre, 
L'oeil fixe, murmurant on ne sait quoi d'obscur, 
Et regardant toujours le même angle du mur. 
Elle ne mangeait pas ; sa vie était sa fièvre ; 
Elle ne répondait à personne ; sa lèvre 
Tremblait ; on l'entendait, avec un morne effroi, 
Qui disait à voix basse à quelqu'un : Rends-le moi ! 
Et le médecin dit au père : Il faut distraire 
Ce coeur triste, et donner à l'enfant mort un frère.-
Le temps passa ; les jours, les semaines, les mois. 

Elle se sentit mère une seconde fois. 

Devant le berceau froid de son ange éphémère, 
Se rappelant l'accent dont il disait : - Ma mère,-
Elle songeait, muette, assise sur son lit. 
Le jour où, tout à coup, dans son flanc tressaillit 
L'être inconnu promis à notre aube mortelle, 
Elle pâlit. - Quel est cet étranger ? dit-elle. 
Puis elle cria, sombre et tombant à genoux : 
- Non, non, je ne veux pas ! non ! tu serais jaloux ! 
Ô mon doux endormi, toi que la terre glace, 
Tu dirais : On m'oublie ; un autre a pris ma place ; 
Ma mère l'aime, et rit ; elle le trouve beau, 
Elle l'embrasse, et, moi, je suis dans mon tombeau ! 
Non, non !-

                        Ainsi pleurait cette douleur profonde. 

Le jour vint ; elle mit un autre enfant au monde, 
Et le père joyeux cria : C'est un garçon. 
Mais le père était seul joyeux dans la maison ; 
La mère restait morne, et la pâle accouchée, 
Sur l'ancien souvenir tout entière penchée, 
Rêvait ; on lui porta l'enfant sur un coussin ; 
Elle se laissa faire et lui donna le sein ; 
Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée, 
Pensant au fils nouveau moins qu'à l'âme envolée, 
Hélas ! et songeant moins aux anges qu'au linceul, 
Elle disait : Cet ange en son sépulcre est seul ! 
- Ô doux miracle ! ô mère au bonheur revenue !- 
Elle entendit, avec une voix bien connue, 
Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras, 
Et tout bas murmurer : C'est moi. Ne le dis pas.

                                   Août 1843

 

 

I

Pure Innocence ! Vertu sainte !

O les deux sommets d'ici-bas !

Où croissent, sans ombre et sans crainte,

Les deux palmes des deux combats !

 

Palme du combat Ignorance !

Palme du combat Vérité !

L'âme, à travers sa transparence,

Voit trembler leur double clarté.

 

Innocence ! Vertu ! sublimes

Même pour l'oeil mort du méchant !

On voit dans l'azur ces deux cimes,

L'une au levant, l'autre au couchant.

 

Elles guident la nef qui sombre ;

L'une est phare, et l'autre est flambeau ;

L'une a le berceau dans son ombre,

L'autre en son ombre a le tombeau.

 

C'est sous la terre infortunée

Que commence, obscure à nos yeux,

La ligne de la destinée ;

Elles l'achèvent dans les cieux.

 

Elles montrent, malgré les voiles

Et l'ombre du fatal milieu,

Nos âmes touchant les étoiles

Et la candeur mêlée au bleu.

 

Elles éclairent les problèmes ;

Elles disent le lendemain ;

Elles sont les blancheurs suprêmes

De tout le sombre gouffre humain.

 

L'archange effleure de son aile

Ce faîte où Jéhovah s'assied ;

Et sur cette neige éternelle

On voit l'empreinte d'un seul pied.

 

Cette trace qui nous enseigne,

Ce pied blanc, ce pied fait de jour,

Ce pied rose, hélas ! car il saigne,

Ce pied nu, c'est le tien, amour !

                                   Janvier 1843.

Partager cet article
Repost0

commentaires