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Oh toi visiteur, amateur de poésie,

Que ta curiosité a mené jusqu’ici,
Laisse-toi naviguer au gré de tes envies
Parcours tout ce qui gravite autour de ma vie.

  Ce ne sont que des essais couchés sur papier,
Une partie de moi qui voulait s’exprimer,
Des mots que je ne pouvais laisser enfermés,
C’est tellement beau de les entendre chanter…

  Flotte sur les méandres de mes sentiments,
Partage rires et peines, vole à mes vents,
Vogue sur mes larmes lourdes comme une enclume
  Pour que ton cœur palpite au rythme de ma plume.


1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 00:07

Un nouvel extrait à nouveau très long mais ce poème est d'une telle force qu'il ne pouvait être coupé davantage... Bonne lecture

Nox

[...]

Le coup d'Etat qui sort flamboyant de la forge !
Les tribuns pour le droit luttent : qu'on les égorge !
Routiers, condottieri , vendus, prostitués,
Frappez ! tuez Baudin ! tuez Dussoubs ! tuez !
Que fait hors des maisons ce peuple ? Qu'il s'en aille !
Soldats, mitraillez-moi toute cette canaille !
Feu ! feu ! tu voteras ensuite, ô peuple roi !
Sabrez le droit, sabrez l'honneur, sabrez la loi !
Que sur les boulevards le sang coule en rivières !
Du vin plein les bidons ! des morts plein les civières !
Qui veut de l'eau-de-vie ? En ce temps pluvieux
Il faut boire. Soldats, fusillez-moi ce vieux,
Tuez-moi cet enfant. Qu'est-ce que cette femme ?
C'est la mère ? tuez. Que tout ce peuple infâme
Tremble, et que les pavés rougissent ses talons !
Ce Paris odieux bouge et résiste. Allons !
Qu'il sente le mépris, sombre et plein de vengeance,
Que nous, la force, avons pour lui, l'intelligence !
L'étranger respecta Paris ; soyons nouveaux !
Traînons-le dans la boue aux crins de nos chevaux !
Qu'il meure ! qu'on le broie et l'écrase et l'efface !
Noirs canons, crachez-lui vos boulets à la face !

[...]

Les vainqueurs en hurlant dansent sur les décombres.

Des tas de corps saignants gisent dans les coins sombres.

Le soldat, gai, féroce, ivre, complice obscur,

Chancelle, et, de la main dont il s'appuie au mur,

Achève d'écraser quelque cervelle humaine.

On boit, on rit, on chante, on ripaille, on amène,

Des vaincus qu'on fusille, hommes, femmes, enfants,

Les généraux dorés galopent triomphants,

Regardés par les morts tombés à la renverse.

Bravo ! César a pris le chemin de la traverse !

Courons féliciter l'Elysée à présent.

Du sang dans les maisons, dans les ruisseaux du sang,

Partout ! Pour enjamber ces effroyables mares,

Les juges lestement retroussent leurs simarres,

Et l'église joyeuse en emporte un caillot

Tout fumant, pour servir d'écritoire à Veuillot.

Oui, c'est bien vous qu'hier, riant de vos férules,

Un caporal chassa de vos chaises curules,

Magistrats ! Maintenant que, reprenant du coeur,

Vous êtes bien certains que Mandrin est vainqueur,

Que vous ne serez pas obligés d'être intègres,

Que c'est lui qui paîra désormais, et très bien,

Qu'il a pris le budget, que vous ne risquez rien,

Qu'il a bien étranglé la loi, qu'elle est bien morte,

Et que vous trouverez ce cadavre à la porte,

Accourez, acclamez, et chantez hosanna !

Oubliez le soufflet qu'hier il vous donna,

Et puisqu'il a tué vieillards, mères et filles,

Puisqu'il est dans le meurtre entré jusqu'aux chevilles,

Prosternez-vous devant l'assassin tout-puissant,

Et léchez-lui les pieds pour effacer le sang !

[...]

Où sont-ils ? Sur les quais, dans les cours, sous les ponts,
Dans l’égout, dont Maupas fait lever les tampons,
Dans la fosse commune affreusement accrue,
Sur le trottoir, au coin des portes, dans la rue,
Pêle-mêle entassés, partout ; dans les fourgons
Que vers la nuit tombante escortent les dragons,
Convoi hideux qui vient du Champ de Mars, et passe,
Et dont Paris tremblant s’entretient à voix basse.
Ô vieux mont des martyrs, hélas, garde ton nom !
Les morts, sabrés, hachés, broyés par le canon,
Dans ce champ que la tombe emplit de son mystère,
Etaient ensevelis la tête hors de terre.
Cet homme les avait lui-même ainsi placés,
Et n’avait pas eu peur de tous ces fronts glacés.
Ils étaient là, sanglants, froids, la bouche entr'ouverte,
La face vers le ciel, blêmes dans l’herbe verte,
Effroyables à voir dans leur tranquillité,
Eventrés, balafrés, le visage fouetté
Par la ronce qui tremble au vent du crépuscule ;
Tous, l’homme du faubourg qui jamais ne recule,
Le riche à la main blanche et le pauvre au bras fort,
La mère qui semblait montrer son enfant mort,
Cheveux blancs, tête blonde, au milieu des squelettes,
La belle jeune fille aux lèvres violettes,

Côte à côte rangés dans l’ombre au pied des ifs,
Livides, stupéfaits, immobiles, pensifs,
Spectres du même crime et des mêmes désastres,
De leur œil fixe et vide ils regardaient les astres.
Dès l’aube, on s’en venait chercher dans ce gazon
L’absent qui n’était pas rentré dans la maison ;
Le peuple contemplait ces têtes effarées ;
La nuit, qui de décembre abrège les soirées,
Pudique, les couvrait du moins de son linceul.
Le soir, le vieux gardien des tombes, resté seul,
Hâtait le pas parmi les pierres sépulcrales,
Frémissant d’entrevoir toutes ces faces pâles ;
Et tandis qu’on pleurait dans les maisons en deuil,
L’âpre bise soufflait sur ces fronts sans cercueil,
L’ombre froide emplissait l’enclos aux murs funèbres.
Ô morts, que disiez-vous à Dieu dans ces ténèbres ?

On eût dit, en voyant ces morts mystérieux
Le cou hors de la terre et le regard aux cieux,
Que, dans le cimetière où le cyprès frissonne,
Entendant le clairon du jugement qui sonne,
Tous ces assassinés s’éveillaient brusquement,
Qu’ils voyaient, Bonaparte, au seuil du firmament
Amener devant Dieu ton âme horrible et fausse,
Et que, pour témoigner, ils sortaient de leur fosse.

Montmartre ! enclos fatal ! quand vient le soir obscur
Aujourd’hui le passant évite encor ce mur.

16 - 22 novembre. Jersey.

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Published by Satine - dans Victor Hugo
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commentaires

Satine 01/09/2015 17:44

En effet Maria et quelle façon sublime de le dire ! Chacun de ses mots fait réfléchir, c'est passionnant.
Amitiés poétiques

Maria 01/09/2015 17:09

Tout simplement déchirant et lugubre.... C'est Victor Hugo comme je l'aimes ! Il osait dire ce qu'il pensait même si cela lui a valu bien des déboires. Merci pour ressurgir ce verbe, ces mots.....Amitié